
Bangkok accélère sa reprise en main de Phuket. Deux jours seulement après le remplacement du gouverneur de l’île, le ministère de l’Intérieur a ordonné un durcissement des contrôles contre les montages de prête-noms étrangers et les activités touristiques opérant en dehors du cadre légal.
Les autorités ont également donné jusqu’au 2 juillet à plus de 4 000 hôtels, établissements de divertissement et autres entreprises touristiques non enregistrées pour se mettre en conformité et intégrer officiellement l’économie légale.
L’annonce n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une séquence politique plus large qui témoigne de la volonté du gouvernement de reprendre le contrôle de l’une des provinces les plus stratégiques du royaume.
Le signal envoyé par Bangkok
Le 16 juin, le Conseil des ministres approuvait le transfert du gouverneur de Phuket, Nirat Pongsittithavorn, vers un poste au ministère de l’Intérieur. Officiellement présentée comme une promotion, cette décision intervenait dans un contexte de critiques croissantes concernant la gestion de plusieurs dossiers sensibles sur l’île.
Le ministre de l’Intérieur et vice-Premier ministre Anutin Charnvirakul avait alors publiquement exprimé son impatience face à la lenteur de certaines enquêtes touchant aux conflits fonciers, aux constructions illégales, à l’occupation du littoral ou encore à l’influence de réseaux d’affaires locaux.
Le remplacement du gouverneur, accompagné de mutations au sein de l’administration provinciale, apparaissait déjà comme le signe d’une volonté politique de relancer plusieurs dossiers bloqués depuis des années. Les nouvelles mesures annoncées cette semaine confirment cette analyse.
Les prête-noms étrangers dans le viseur
Lors d’une visite à Phuket le 18 juin, les vice-ministres de l’Intérieur Polpheer Suwannachee et Worasit Liangprasit ont demandé aux administrations locales de renforcer les enquêtes sur les acquisitions foncières illégales et les sociétés utilisant des prête-noms thaïlandais pour contourner la législation.
La question est particulièrement sensible à Phuket. L’île attire depuis des années des investisseurs étrangers séduits par le dynamisme du marché immobilier local. Or la législation thaïlandaise interdit aux étrangers de posséder directement des terrains.
Cette contrainte a favorisé le développement de montages juridiques complexes reposant sur des sociétés thaïlandaises dont les actionnaires locaux ne sont parfois que des prête-noms destinés à masquer le contrôle réel exercé par des investisseurs étrangers.
Les autorités affirment vouloir identifier ces structures, récupérer les terrains acquis illégalement et accélérer le traitement des dossiers en attente.
Plus de 4 000 entreprises invitées à se régulariser
Parallèlement, Bangkok lance une vaste opération de régularisation dans le secteur touristique. Selon le ministère de l’Intérieur, plus de 4 000 hôtels, établissements de divertissement et autres opérateurs touristiques exercent sans licence ou dans une situation administrative incomplète.
Les autorités leur accordent jusqu’au 2 juillet pour déposer une demande d’autorisation. Pour faciliter cette transition, une cellule spéciale d’assistance a été créée afin d’accompagner les professionnels dans leurs démarches et de résoudre certains obstacles réglementaires.
Le gouvernement affirme vouloir distinguer les entreprises de bonne foi souhaitant se mettre en conformité des opérateurs qui choisissent délibérément de rester en dehors du cadre légal.
Phuket, laboratoire des tensions thaïlandaises
Cette offensive illustre les défis auxquels Phuket est confrontée depuis plusieurs années. Avec plusieurs millions de visiteurs internationaux chaque année, un marché immobilier en pleine expansion et des investissements étrangers considérables, l’île est devenue l’un des moteurs économiques du royaume.
Mais cette prospérité s’accompagne également de nombreuses tensions : spéculation foncière, constructions irrégulières, accès aux plages, concurrence déloyale et développement d’activités échappant parfois au contrôle des autorités.
Pour Bangkok, il ne s’agit plus seulement d’appliquer la réglementation. L’enjeu est également politique. Phuket constitue l’une des vitrines internationales de la Thaïlande. Le gouvernement entend montrer qu’aucune administration locale, aucun groupe d’influence ni aucun montage juridique ne doit faire obstacle à l’autorité de l’État.
Le changement de gouverneur, suivi de cette campagne contre les prête-noms et les activités illégales, marque ainsi le début d’une nouvelle phase : celle d’une reprise en main assumée de la plus importante destination touristique du pays.
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