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THAÏLANDE – ÉCONOMIE : Cette nouvelle route sera l’alternative thaïlandaise au détroit de Malacca

Date de publication : 21/06/2026
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Land Bridge

 

Bangkok relance un gigantesque projet de corridor logistique destiné à relier le golfe de Thaïlande à la mer d’Andaman. Estimé à près de 30 milliards de dollars, le « Land Bridge » ambitionne de capter une partie du trafic maritime entre l’océan Indien et le Pacifique.

 

Depuis des décennies, la Thaïlande rêve de devenir un carrefour majeur du commerce maritime mondial. Avec son projet de Land Bridge, Bangkok veut franchir une nouvelle étape : offrir une alternative partielle au détroit de Malacca, l’un des passages maritimes les plus fréquentés de la planète.

 

Le projet, estimé à près de 1 000 milliards de bahts, soit environ 30 milliards de dollars, prévoit de relier les deux façades maritimes du pays grâce à un vaste corridor logistique traversant la péninsule thaïlandaise.

 

Concrètement, deux ports en eau profonde seraient construits : l’un à Chumphon, sur le golfe de Thaïlande, l’autre à Ranong, sur la mer d’Andaman. Ils seraient reliés par une ligne ferroviaire, des routes et des infrastructures logistiques sur environ 90 kilomètres.

 

L’objectif est simple : permettre à certaines marchandises d’être déchargées d’un côté de la péninsule, transportées par voie terrestre, puis rechargées sur un navire de l’autre côté, sans passer par le détroit de Malacca.

 

Un projet relancé par les tensions sur les routes maritimes

 

La relance du Land Bridge intervient dans un contexte international favorable à ce type de réflexion stratégique. Les attaques en mer Rouge, les tensions autour du détroit d’Ormuz et la congestion persistante du détroit de Malacca ont rappelé la vulnérabilité des grandes routes maritimes mondiales.

 

Pour Bangkok, cette situation représente une opportunité. En proposant une route terrestre entre l’océan Indien et le Pacifique, la Thaïlande espère renforcer son rôle dans les chaînes logistiques régionales et attirer de nouveaux investissements.

 

Les autorités affirment que le corridor pourrait réduire les délais et les coûts de transport sur certaines liaisons entre l’Asie du Sud, le Moyen-Orient, le sud de la Chine et l’Asie du Sud-Est.

 

Une alternative partielle, pas un remplacement

 

Le Land Bridge ne vise toutefois pas à remplacer totalement le détroit de Malacca. Les plus grands porte-conteneurs continueront probablement à privilégier les routes maritimes classiques, plus directes et plus adaptées aux volumes massifs. Le projet thaïlandais cible plutôt les navires de taille moyenne, les flux régionaux et certaines opérations de transbordement.

 

C’est sur ce point que repose une grande partie du débat économique. Pour que le projet soit rentable, les opérateurs devront accepter de décharger leurs marchandises dans un port thaïlandais, de les transporter par train ou camion sur une centaine de kilomètres, puis de les recharger sur un autre navire.

 

Cette double manutention pourrait réduire l’avantage compétitif du corridor face à une route maritime continue par Malacca.

 

Des investisseurs encore prudents

 

Le coût du projet constitue un autre défi majeur. Bangkok compte principalement sur des capitaux privés et cherche à attirer compagnies maritimes, opérateurs portuaires, institutions financières et investisseurs internationaux.

 

Mais l’ampleur de l’investissement, les incertitudes réglementaires et les changements de politique observés au fil des années incitent plusieurs acteurs à la prudence.

 

Le Land Bridge n’est pas une idée nouvelle. Depuis plus de vingt ans, différents gouvernements thaïlandais ont envisagé une liaison trans-péninsulaire sans parvenir à la concrétiser.

 

La version actuelle se veut plus concentrée sur les infrastructures de transport que sur les grands complexes industriels lourds, qui avaient suscité de fortes oppositions locales dans le passé.

 

Enjeux environnementaux et souveraineté économique

 

Les autorités thaïlandaises ont demandé une nouvelle évaluation environnementale et sanitaire après la publication d’études présentant des conclusions divergentes sur la richesse des écosystèmes marins autour des futurs ports.

 

Par ailleurs, le recours à des investisseurs étrangers, notamment dans l’exploitation des infrastructures, pourrait alimenter un débat sensible en Thaïlande sur le contrôle des actifs stratégiques.

 

Pour ses promoteurs, le Land Bridge pourrait permettre au royaume de renforcer sa place dans le commerce maritime mondial. Pour ses détracteurs, il reste à démontrer que les bénéfices économiques justifient un investissement aussi considérable et les impacts potentiels sur les territoires concernés.

 

Entre ambition logistique, rivalités maritimes et prudence des investisseurs, le projet s’annonce déjà comme l’un des grands débats économiques des prochaines années en Thaïlande.

 

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