
Après s’être imposée comme la première économie d’Asie du Sud-Est, l’Indonésie affiche une nouvelle ambition : se doter d’une place financière de rang international. Le Parlement a adopté une loi ouvrant la voie à la création de centres financiers internationaux destinés à attirer les grandes banques, les investisseurs et les gestionnaires de patrimoine du monde entier.
Au-delà d’une réforme financière, Jakarta cherche à accompagner la transformation de son économie et à renforcer son attractivité auprès des capitaux internationaux. Cette stratégie intervient alors que le gouvernement souhaite accélérer la croissance et faire évoluer le pays vers des activités à plus forte valeur ajoutée.
Une économie qui veut changer de dimension
Avec plus de 280 millions d’habitants, l’Indonésie est le quatrième pays le plus peuplé du monde, la première économie de l’ASEAN et l’un des membres du G20. Ces dernières années, le pays a attiré d’importants investissements dans les minerais stratégiques, les batteries, les véhicules électriques et les infrastructures.
Pour le gouvernement du président Prabowo Subianto, le développement du secteur financier doit désormais accompagner cette montée en puissance industrielle. Le ministre des Finances, Purbaya Yudhi Sadewa, estime que l’Indonésie doit disposer de son propre centre financier « crédible, indépendant et compétitif à l’échelle mondiale ».
Le futur Centre financier international indonésien (PFII) est présenté comme un « double moteur » de l’économie : attirer davantage de capitaux étrangers tout en facilitant le financement de l’économie réelle.
Une ambition face à une forte concurrence régionale
Aujourd’hui, Singapour domine largement les services financiers en Asie du Sud-Est. Hong Kong demeure une porte d’entrée privilégiée vers les marchés chinois, tandis que Dubaï s’est imposée comme un carrefour financier entre l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient.
En créant son propre centre financier international, Jakarta espère, à terme, capter une partie de ces flux d’investissements. L’objectif est de financer plus facilement les infrastructures, les projets stratégiques nationaux, la transition énergétique, l’économie verte, l’économie bleue et le développement des technologies financières.
Le gouvernement souhaite également faire de ces futurs centres un levier de développement des compétences locales, en favorisant le transfert de technologies, la création d’emplois qualifiés et l’émergence d’un écosystème financier plus innovant.
Des avantages fiscaux et administratifs très attractifs
Pour convaincre les acteurs internationaux de s’implanter en Indonésie, la loi prévoit un ensemble d’incitations particulièrement généreuses.
Les investisseurs éligibles pourront bénéficier d’une exonération de l’impôt sur les sociétés pouvant atteindre cinquante ans, ainsi que d’allégements sur la TVA, certaines taxes spécifiques et les droits de douane.
Le gouvernement prévoit également des golden visas, des procédures d’immigration simplifiées, un assouplissement des règles applicables au recrutement de personnels étrangers et une accélération des démarches administratives pour les entreprises.
Ces mesures doivent attirer des banques d’investissement, des sociétés de gestion de patrimoine, des entreprises spécialisées dans les services financiers, la finance numérique ou encore le crédit-bail aéronautique et maritime.
Un cadre inspiré des standards internationaux
La réforme introduit plusieurs dispositions inédites en Indonésie. Les transactions réalisées dans ces futurs centres financiers pourront être effectuées en devises étrangères, alors que la roupie demeure aujourd’hui la seule monnaie ayant cours légal pour les transactions nationales.
L’anglais deviendra la langue de travail de ces zones financières. Le cadre juridique pourra s’inspirer des principes du droit commercial international et des meilleures pratiques appliquées dans les grands centres financiers mondiaux, tout en restant intégré au système juridique indonésien.
Une autorité de supervision, un organisme d’arbitrage indépendant et un tribunal spécialisé seront également créés afin de renforcer la sécurité juridique des investisseurs.
Bali parmi les sites envisagés
Le gouvernement n’a pas encore arrêté le choix du premier centre financier international, même si Bali figure parmi les sites évoqués. Les autorités estiment que ce premier projet pourrait attirer jusqu’à 500 000 milliards de roupies, soit près de 28 milliards de dollars d’investissements.
Le fonds souverain Danantara apportera les premiers financements destinés à lancer l’organisme chargé de gérer ces futurs centres.
Une ambition qui devra convaincre les marchés
L’adoption de cette loi marque un changement d’ambition plus qu’un changement de statut. L’Indonésie veut compléter son modèle de développement, longtemps fondé sur les ressources naturelles, l’industrie manufacturière et les grands projets d’infrastructures, en bâtissant un secteur financier plus international.
Cette stratégie s’inscrit toutefois dans un contexte où les investisseurs restent attentifs à la stabilité et à la prévisibilité des politiques économiques. Il y a quelques jours, l’agence de notation Standard & Poor’s a confirmé la note souveraine de l’Indonésie tout en rappelant que la poursuite des réformes, la discipline budgétaire et la qualité de leur mise en œuvre demeureront essentielles pour renforcer durablement la confiance des marchés.
Face à des places financières solidement établies comme Singapour, Hong Kong ou Dubaï, Jakarta devra désormais démontrer que son nouveau cadre fiscal, réglementaire et juridique constitue une alternative crédible. L’adoption de la loi ouvre cette nouvelle étape, mais sa réussite dépendra désormais de sa mise en œuvre et de la capacité du pays à convaincre les investisseurs sur le long terme.
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