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BIRMANIE – POLITIQUE : Le verrouillage politique des militaires est total

Journaliste : François Guilbert Date de publication : 03/08/2026
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Une chronique birmane de François Guilbert

 

Le général-président Min Aung Hlaing se présente comme l’homme ayant rétabli la démocratie après que Daw Aung San Suu Kyi et son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), ont, selon lui, cherché à se maintenir au pouvoir en 2021 à la faveur d’élections frauduleuses. Il se veut un dirigeant posant « dans les deux ans les bases d’une nouvelle nation » et s’affiche en chef d’État « civil », respectueux du Parlement, de ses procédures et de ses décisions.

 

Les assemblées installées après les élections générales de décembre 2025-janvier 2026 ont pourtant un bilan bien maigre après près de six mois d’activité. Elles se sont contentées d’élire le chef de l’État, leurs présidents, de mettre sur pied leurs commissions permanentes et de poser à quelques ministres des questions peu embarrassantes. Les 96,25 % de parlementaires présents lors du premier bilan de l’action gouvernementale du général Min Aung Hlaing, le 31 juillet, lui ont unanimement exprimé leur satisfecit. Les débats sont d’autant moins clivés que les travaux parlementaires sont conduits de manière opaque. Ainsi, le général-président affirme avoir transmis 43 propositions d’amendements constitutionnels au Parlement sans jamais les avoir détaillées ni rendues publiques.

 

Deux sessions parlementaires et douze séances plénières, mais peu de résultats concrets

 

Deux débats ont toutefois retenu l’attention des observateurs : l’adoption d’une motion d’urgence demandant au gouvernement de s’opposer au Consensus en cinq points adopté par l’ASEAN en avril 2021 pour favoriser une sortie négociée de la crise, et le vote à l’unanimité d’une loi – la seule adoptée jusqu’à présent par cette législature – introduisant la peine capitale dans la lutte contre les centres d’escroquerie en ligne. Une fois encore, la réponse à un problème politique et social consiste à recourir à la force. Dans ce contexte, l’annonce de la création de nouvelles milices populaires placées sous le commandement de l’armée suscite de vives inquiétudes.

 

La première mesure a irrité les pays d’Asie du Sud-Est, tant le général Min Aung Hlaing fait peu de cas des attentes exprimées par ses homologues de l’ASEAN depuis cinq ans. La seconde satisfait davantage la Chine, les États-Unis et la Thaïlande, qui pressent Nay Pyi Taw de lutter contre la criminalité transnationale. Cependant, ce nouveau dispositif législatif a peu de chances d’être efficace. Dans les faits, les autorités de la Tatmadaw entretiennent depuis longtemps des relations étroites avec ces réseaux mafieux. L’Union européenne en a d’ailleurs tiré les conséquences en sanctionnant, le 30 juillet, le groupe armé DKBA.

 

Le Parlement, simple chambre d’écho des décisions du général Min Aung Hlaing

 

Le discours prononcé le 31 juillet, à l’occasion du millième jour de sa présidence, en a apporté une nouvelle illustration. Le général-président y présente sa politique étrangère comme dictée par les exigences de souveraineté exprimées par les « élus du peuple » et laisse entendre que, faute de reconnaissance internationale, la Birmanie pourrait réduire sa participation à l’ASEAN. Derrière cette rhétorique se cache surtout une volonté de faire pression sur la Thaïlande, où il doit effectuer sa première visite officielle les 6 et 7 août à l’invitation du Premier ministre Anutin Charnvirakul.

 

Auprès des autorités thaïlandaises, l’ancien commandant en chef cherchera à apparaître comme un partenaire incontournable dans la lutte contre les mafias transnationales et la stabilisation de son pays. Il mettra en avant les treize séries de discussions engagées avec certains groupes de résistance depuis plus de trois ans. Toutefois, ces échanges n’ont concerné qu’un nombre limité d’acteurs, dont plusieurs n’affrontent plus la Tatmadaw et vivent désormais de trafics divers. Qu’importe : le général-président poursuit son récit d’un retour progressif à la démocratie, appelé selon lui à s’accélérer au cours des trois dernières années de son mandat.

 

Des électeurs seront appelés aux urnes en 2027

 

Preuve, selon le régime militaire, du retour progressif à la normale, le général-président a annoncé aux parlementaires son intention d’organiser des élections partielles l’année prochaine. Il s’agira de pourvoir les sièges restés vacants en raison des affrontements armés lors des élections générales de 2025-2026. Selon ses annonces, 172 circonscriptions réparties dans 109 des 330 townships du pays seraient concernées. Ainsi, 89 nouveaux élus rejoindraient la chambre basse, 15 la chambre haute et 68 les parlements provinciaux.

 

Les 172 parlementaires seraient élus au scrutin uninominal majoritaire à un tour. Mais derrière ces chiffres prometteurs subsistent de nombreuses zones d’ombre. La Constitution de 2008 autorise bien l’organisation d’élections partielles un an après le précédent scrutin, soit à partir de la fin janvier 2027. Encore faudrait-il que les circonscriptions concernées ne soient plus placées sous le régime de la loi martiale. Or, fin juin, cinquante townships répartis dans huit États et régions demeuraient sous état d’urgence prolongé pour trois mois supplémentaires. Sans levée de ces mesures d’exception, aucun scrutin ne pourra être organisé. Le général Min Aung Hlaing s’est donc gardé de préciser où et quand ces élections pourraient effectivement se tenir.

 

Comme en 2025, Nay Pyi Taw entend faire de la communication électorale un instrument destiné à convaincre l’étranger des prétendues avancées démocratiques du pays. Pour donner de la crédibilité à ce récit, le général-président a annoncé le déploiement en cours de machines de vote électronique. En revanche, il n’a fourni aucune précision sur le calendrier électoral, les modalités de dépôt des candidatures ou l’enregistrement de nouvelles formations politiques par la Commission électorale de l’Union (UEC).

 

Il est probable que le régime cherche à limiter l’élargissement du paysage partisan, notamment à des partis ou candidats susceptibles d’être perçus comme proches de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) ou d’Aung San Suu Kyi. Cette stratégie de verrouillage apparaît d’autant plus essentielle que plusieurs membres de l’ASEAN, ainsi qu’une grande partie de la communauté internationale, continuent de réclamer la libération de l’ancienne cheffe du gouvernement. Le ministre japonais des Affaires étrangères a d’ailleurs rappelé publiquement qu’une telle mesure constitue une condition préalable à une normalisation des relations entre Tokyo et Nay Pyi Taw.

 

En pratique, Nay Pyi Taw multiplie les obstacles au retour d’Aung San Suu Kyi

 

Le général Min Aung Hlaing souhaite être reconnu par la communauté internationale comme le chef de l’État légitime et tirer sa légitimité des élections générales organisées sous son autorité. Plus encore, il entend éviter de revivre la situation connue par le général Thein Sein, contraint de cohabiter avec une Aung San Suu Kyi redevenue libre, triomphalement élue en 2012 puis victorieuse lors des élections de 2015 et de 2020. Pour le régime, il est donc essentiel qu’elle demeure aussi longtemps que possible incommunicado et inéligible.

 

Conscient des pressions exercées par plusieurs dirigeants de l’ASEAN pour rencontrer Aung San Suu Kyi, le pouvoir pourrait consentir, à terme, à une brève entrevue destinée à prouver qu’elle est toujours en vie. En revanche, il n’entend lui accorder ni espace politique ni rôle dans un éventuel processus de sortie de crise. L’objectif reste de l’écarter durablement de la vie publique en multipliant les obstacles administratifs et juridiques. La communauté internationale devrait donc exiger non seulement des preuves de vie et sa libération inconditionnelle, mais aussi le rétablissement immédiat de l’ensemble de ses droits civiques.

 

Le général-président sait que plusieurs dispositions constitutionnelles limitaient déjà l’accès d’Aung San Suu Kyi à la présidence, sans avoir empêché son accession à la tête du gouvernement en 2016. Depuis deux ans, la justice et la Commission électorale de l’Union ont donc multiplié les entraves : longues peines de prison, dissolution de fait de la NLD, puis nouvelle exigence selon laquelle les futurs parlementaires devront désormais être titulaires d’un diplôme universitaire birman. Diplômée des universités de New Delhi et d’Oxford, Aung San Suu Kyi se trouve ainsi directement visée par cette nouvelle règle. Cette mesure discriminatoire touchera également une partie des futures élites birmanes contraintes de poursuivre leurs études à l’étranger pour échapper à la conscription ou accéder à un enseignement supérieur de qualité. Elle illustre l’obsession persistante du régime militaire de neutraliser durablement la figure politique la plus populaire du pays.

 

François Guilbert

 

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