Home Asie Asean ASIE DU SUD-EST – DIPLOMATIE : Focus sur l’ASEAN, pour mieux comprendre cette organisation régionale

ASIE DU SUD-EST – DIPLOMATIE : Focus sur l’ASEAN, pour mieux comprendre cette organisation régionale

Date de publication : 24/08/2026
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ASEAN flags

 

Nos amis du Policy Centre for new south viennent de publier un dossier spécial sur la Chine. Ils ont aussi brossé pour l’occasion le portrait de l’ASEAN. Un portrait assez complet que nous reproduisons.

 

L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN)

 

L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) a été fondée en 1967 par l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande. En 1999, elle comptait dix États membres, après l’adhésion du Brunei, du Cambodge, du Laos, de la Birmanie et du Vietnam.

 

En 1992, les dirigeants de l’ASEAN ont décidé de créer une zone de libre-échange de l’ASEAN (ASEAN Free Trade Area), avec pour objectif d’éliminer les barrières tarifaires entre les États membres. Cette démarche a été renforcée en 1997 avec l’adoption de l’ASEAN Vision 2020, qui envisageait une région permettant la libre circulation des biens, des services, des investissements et de la main-d’œuvre qualifiée. L’objectif ultime était de créer une base unique de production et de consommation, favorisant une croissance équitable et inclusive.

 

En 2003, les dirigeants ont annoncé leur volonté de créer une Communauté économique de l’ASEAN (AEC) poursuivant ces objectifs. Initialement prévue pour 2020, sa mise en œuvre a ensuite été avancée à 2015. Elle a été suivie par l’AEC Blueprint 2025, dont l’ambition était de créer une économie régionale « intégrée, cohérente, compétitive, innovante et dynamique ».

 

Une première évaluation de l’AEC Blueprint 2025 suggère que des progrès importants ont été accomplis au cours des dix dernières années, même si plusieurs difficultés devront encore être traitées après 2025.

Une intégration très différente du modèle européen

 

Même si l’AEC poursuit des objectifs comparables à ceux de l’Union européenne en matière de libre circulation des biens, des services, des investissements et de la main-d’œuvre qualifiée, elle a choisi une démarche beaucoup plus progressive, flexible et pragmatique.

 

Plutôt que de chercher à établir successivement un marché commun, une union douanière, un marché unique puis une union monétaire, l’ASEAN a privilégié la création d’une série de dispositifs sans les inscrire dans une architecture institutionnelle rigide susceptible d’être perçue comme une contrainte par les États membres souverains — comme cela peut être le cas dans la zone euro.

 

Parmi ces dispositifs figurent notamment :

 

– l’ASEAN Trade in Goods Agreement (ATIGA), consacré au commerce des marchandises ;
– l’ASEAN Comprehensive Investment Agreement (ACIA), concernant les investissements ;
– l’ASEAN Trade in Services Agreement (ATISA), pour les échanges de services ;
– les Mutual Recognition Agreements (MRA), accords de reconnaissance mutuelle destinés à faciliter la mobilité des professionnels et des travailleurs qualifiés.

 

Des échanges intra-ASEAN qui restent limités

 

Si l’AEC a contribué à la croissance soutenue de l’économie de l’ASEAN au cours des dernières décennies, le bilan de l’intégration économique est plus nuancé.

 

La part du commerce intra-ASEAN dans le commerce total des pays membres stagne autour de 21 à 22 %. Cela s’explique principalement par la présence, dans les pays membres, d’un nombre important d’entreprises issues des investissements directs étrangers (IDE), qui utilisent ces pays comme bases de production pour exporter leurs marchandises vers le reste du monde.

 

Par ailleurs, le commerce au sein des économies émergentes d’Asie de l’Est — hors Chine — est passé de 3 % du PIB de l’ASEAN en 2000 à 3,5 % en 2020.

 

L’intégration est beaucoup plus prononcée à l’échelle de l’Asie de l’Est émergente lorsque la Chine est incluse. Les exportations internes à cet ensemble sont passées de 12 % du total des exportations en 2000 à 31 % en 2020, reflétant notamment une forte progression des échanges de biens intermédiaires.

 

Cette évolution est principalement liée à la Chine, dont la part dans les échanges est passée de 1,6 % du PIB de la région à 5,4 %.

 

Cette forme d’intégration économique a des conséquences contrastées pour l’ASEAN. Elle offre des opportunités, grâce à l’exposition des économies de l’ASEAN au dynamisme de l’Asie, mais elle crée également une vulnérabilité, en raison d’une dépendance accrue vis-à-vis de la Chine, notamment pour les importations de biens intermédiaires.

 

Favoriser les monnaies locales plutôt que créer une monnaie unique

 

S’appuyant sur les progrès réalisés en matière économique, l’ASEAN a lancé en 2023 l’initiative Local Currency Transaction (LCT).

 

Six pays sont concernés : l’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande, Singapour et les Philippines, le Vietnam devant rejoindre le dispositif.

 

Un Local Currency Transaction Framework (LCTF) a également été adopté afin de mettre en œuvre ce projet. Il vise à renforcer la coordination des politiques publiques et à développer les infrastructures nécessaires pour promouvoir l’utilisation des monnaies locales dans les échanges commerciaux bilatéraux et intrarégionaux ainsi que dans les opérations d’investissement direct.

 

Des systèmes modernes de paiement et de règlement ont notamment été développés conformément à la norme internationale ISO 20022, afin de faciliter leur interopérabilité.

 

Il s’agit de mesures pragmatiques que les gouvernements des États membres peuvent mettre en œuvre et qui permettent, à elles seules, d’améliorer l’efficacité des systèmes nationaux de paiement.

 

Mais elles jouent également un rôle essentiel dans la préparation d’une intégration régionale plus poussée : ces infrastructures reposent sur des standards communs actualisés, fonctionnent en temps réel et sont conçues pour pouvoir devenir interopérables.

 

Une Communauté économique construite progressivement

 

En résumé, l’ASEAN a progressivement étendu sa coopération à un nombre croissant de domaines, conduisant au lancement de la Communauté économique de l’ASEAN (AEC) en 2007, avec l’objectif de créer un marché et une base de production unifiés permettant de bénéficier d’économies d’échelle.

 

Les pays membres ont notamment choisi de promouvoir l’utilisation de leurs monnaies nationales, en développant des infrastructures compatibles de compensation et de paiement reposant sur des technologies avancées, plutôt que de s’engager prématurément dans la création d’une monnaie commune qui imposerait des contraintes aux États membres.

 

Cette approche pragmatique adoptée en Asie a contribué à une croissance relativement régulière au cours des dernières décennies. Elle pourrait offrir des enseignements intéressants à l’Afrique et à l’Amérique latine.

 

Une « quasi-économie commune » asiatique

 

Le modèle asiatique d’intégration régionale peut ainsi être considéré comme une forme de « quasi-économie commune » : il évite une intégration politique ou monétaire formelle, tout en parvenant à produire des résultats comparables grâce à une forte intégration physique et à des chaînes de production et de services réparties entre plusieurs pays (Canuto et Sharma, 2011).

 

Dans la section suivante, les efforts d’intégration régionale de l’Amérique du Sud seront comparés à ce modèle afin de montrer en quoi celui-ci pourrait être mieux adapté à la région qu’un processus d’intégration large, principalement guidé par des considérations politiques et inspiré du modèle européen.

 

Retrouvez l’article original (en anglais) ici.

 

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