
Le magazine Otomo passe à table, une chronique culinaire de François Guilbert.
Tout fan de pop culture japonaise peut se référer depuis une décennie au magazine Otomo. Dans ses vingt-six numéros parus jusqu’ici — le n° 27 est attendu début octobre —, on a parlé cinéma, jeux vidéo, mangas, musique, Pokémon et de bien d’autres choses encore.
Mais, dans cette plongée en profondeur dans l’archipel nippon, les nourritures populaires et réconfortantes n’ont pas manqué à l’appel. Aujourd’hui, un ouvrage à plusieurs voix leur est intégralement consacré.
On s’y promène dans le monde savoureux des assiettes du quotidien et des plats qui réveillent les souvenirs d’enfance. Les yeux pétillent aussi devant les publicités illustrées : des images gaies, dynamiques, chatoyantes, voire franchement kitsch pour certaines.
Un livre de cuisine qui n’en est pas vraiment un
Ce livre de cuisine n’est vraiment pas comme les autres. Il se lit comme le magazine. Les contributions sont courtes, percutantes et agrémentées de témoignages bien sentis. Certaines s’apparentent à de minutieuses enquêtes. Toutes rendent compte avec délicatesse des atmosphères intimistes des lieux du boire et du manger.
On y trouve également des recettes, bien évidemment — une demi-douzaine, à vrai dire —, mais ce n’est pas le plus important. Une dizaine de journalistes invitent surtout le lecteur à partager des découvertes insolites.
Cela commence par un article passionnant sur les représentations en trompe-l’œil des plats (sampuru) que l’on trouve communément dans les devantures des restaurants japonais. Suivent des reportages sur les bars à musique — classique ou jazz —, une rencontre avec un barman créatif de Kobe, un exposé sur la cuisine servie dans les dessins animés de Hayao Miyazaki ou encore une invitation à se délecter des « ramens western ».
À moins que l’on ne préfère s’envoyer quelques godets dans les izakaya, ces établissements où l’on boit — bière, chuhai, highball, hoppy, nihonshu — entre amis, entre collègues ou pour faire connaissance dans les aiseki izakaya.
Un Japon métissé et délicieusement rétro
Le ton est léger. Les propos sont une invitation au voyage.
C’est toutefois dans un Japon métissé, parfois désuet, que s’aventure le lecteur. C’est vrai musicalement et plus encore en matière culinaire. On vagabonde des troquets d’un autre temps, les kissaten, aux konbini de quartier.
Mais l’exploration principale reste la cuisine yōshoku, celle qui fusionne ingrédients et techniques occidentaux dans un style nippon. Ainsi part-on à la découverte de l’histoire de la mayonnaise Kewpie, des interprétations des spaghettis et udon Naporitan, ou encore de l’épopée, depuis 1971, des nouilles instantanées en gobelet.
Ce parti pris correspond bien à celui revendiqué par l’ouvrage, qui se présente moins comme un livre de recettes ou un guide gastronomique classique que comme une exploration culturelle et visuelle du Japon contemporain et de son héritage de l’ère Shōwa.
Boire, manger et raconter des vies
Toutes ces histoires ont pour trait commun de parler de convivialité, de maîtres des lieux de restauration et de leurs clients. Un triptyque qui n’est pas sans rappeler les chroniques de la gargote de Yarō Abe, La Cantine de minuit.
Pour ceux qui, comme nous, aiment ces tranches de vie caractérisant le Japon contemporain, rendez-vous leur est donné au chapitre final de ce volume très réussi des éditions Otomo.
François Guilbert
Référence : Bon appétit Japon ! Otomo passe à table, Otomo hors-série, Rockyvision/Otomo, 2026, 192 p., 14,90 €. ISBN 978-2-492095-73-3.
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