
Nous avons publié une recension du livre de l’historienne Anne Tan sur le photographe français Félix Agassiz qui documenta le trafic de teck à l’époque coloniale. Elle a accepté d’aller plus loin pour Gavroche.
Comment avez-vous commencé à vous intéresser à ces photographies et à leur auteur ?
Mon beau-père, aujourd’hui décédé, était un comprador baba pour la Danish East Asiatic Company à Penang, en Malaisie, de 1928 à 1953. Fascinée par ce lien entre l’Europe et une famille peranakan — celle dans laquelle je suis entrée par mariage —, j’ai commencé à étudier l’histoire et les activités commerciales de cette compagnie.
La pandémie de Covid-19 ayant rendu les voyages impossibles, je n’avais aucune possibilité de consulter les archives de l’entreprise aux Archives nationales danoises. Un chercheur thaïlandais, dont la thèse portait sur l’industrie du teck au Siam entre les années 1880 et 1932, m’a alors orientée vers les archives d’albums photographiques et mise en contact avec l’archiviste responsable de cette collection.
Dès que j’ai découvert ces images fascinantes, j’ai su que je voulais explorer plus profondément ces archives photographiques.
Comment avez-vous procédé pour identifier le photographe ?
J’ai d’abord mené une recherche exhaustive sur les premiers photographes coloniaux en Asie du Sud-Est, en recherchant des similitudes stylistiques et des attributions manuscrites. Le champ était immense, avec une multitude déconcertante de pistes possibles, dispersées dans des bases de données et des collections en ligne, généralement dans des langues que je ne parle pas !
Au cours de mes recherches, j’ai découvert Jules Claine, un autre photographe français qui avait beaucoup voyagé au Siam et en Malaisie, photographiant ces régions et publiant dans le Journal des Voyages. Cela a donné naissance à un autre projet de recherche, tout aussi passionnant.
L’archiviste que j’ai mentionné s’est intéressé au sujet avec autant d’enthousiasme que moi. Lorsque j’ai remarqué qu’une photographie prise dans un temple était décrite comme représentant un « groupe d’Européens », il m’est immédiatement apparu que le personnage central n’était pas européen, mais probablement thaïlandais, et qu’il portait un uniforme très officiel. L’archiviste a alors modifié la légende afin de corriger cette identification.
Plus tard, il m’a signalé les travaux d’un autre chercheur qui tentait lui aussi de retrouver la trace de ce mystérieux photographe, ainsi qu’un livre écrit par la petite-fille de Peter Hauff. Ces deux références ont eu une influence considérable sur mes recherches.
Que sait-on aujourd’hui de la vie et des voyages de Félix Agassiz en Asie du Sud-Est ?
Mes recherches sur Félix Agassiz se poursuivent. Des documents écrits indiquent qu’il était passager d’un navire reliant Rotterdam aux Indes orientales néerlandaises en 1881. Il est ensuite attesté comme photographe établi à Singapour entre environ 1890 et 1905. Son décès est enregistré le 11 février 1907 à Rhio (Riau), en Indonésie, directement au sud de Singapour.
À ce jour, je n’ai connaissance d’aucun autre document retraçant ses voyages en Asie du Sud-Est. Je poursuis donc mes recherches.
Dans quel contexte économique et colonial les activités liées au teck se développaient-elles au Siam ?
Même si le contexte politique général n’a pas constitué le cœur de mes recherches, la majeure partie des investissements dans le teck était réalisée par des entreprises et des ressortissants britanniques.
En 1902, la Danish East Asiatic Company détenait une concession de teck, tandis que les Britanniques en détenaient 59, les Siamois ou les Chinois établis au Siam 22, et une société néerlandaise une seule.
En 1905, la French East Asiatic a acquis une concession et, en 1927, elle est recensée comme en détenant trois.
Comment avez vous procédé pour les recherches ?
Puis-je préciser d’emblée qu’au cours de mes recherches, j’ai bénéficié de l’aide et des réponses bienveillantes de nombreux autres chercheurs ? Ce domaine de l’histoire culturelle suscite aujourd’hui beaucoup d’intérêt auprès de chercheurs issus de nombreuses disciplines. Deux articles consacrés à mes premières recherches, publiés dans ScandAsia, ont d’ailleurs révélé un intérêt encourageant pour ce sujet.
Dans mon livre, je propose une bibliographie détaillée qui mentionne et référence tous ceux qui ont contribué, d’une manière ou d’une autre, à ce travail. Je joins également un lien vers l’ouvrage, que j’aimerais beaucoup voir figurer avec mes réponses : A lire: Emerald Empire – Amazon
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