
La visite officielle en France du dirigeant vietnamien Tô Lâm, les 10 et 11 septembre, a débouché sur une série d’accords dans l’aéronautique, le spatial, la défense, les transports, la santé et les matières premières. Un bilan substantiel, même si plusieurs projets restent au stade du protocole d’accord ou doivent encore être concrétisés.
À l’Élysée, Tô Lâm et Emmanuel Macron ont assisté à l’échange de plusieurs documents de coopération. Les deux pays ont également adopté un plan d’action bilatéral pour 2026-2028, destiné à accélérer la mise en œuvre du partenariat stratégique global établi en octobre 2024.
Cette nouvelle étape intervient moins d’un an et demi après la visite d’État d’Emmanuel Macron au Vietnam, en mai 2025. Paris et Hanoï cherchent désormais à donner un contenu industriel et économique plus concret à leur rapprochement politique.
55 Airbus dans les accords aéronautiques
L’aéronautique concentre certaines des annonces les plus importantes. Vietnam Airlines a signé avec Airbus un protocole d’accord portant sur cinq A350-900, avec des livraisons envisagées en 2033 et 2034. La compagnie nationale vietnamienne, qui exploite déjà des A350, prépare plus largement le renouvellement et l’extension de sa flotte long-courrier après 2030.
Vietravel Airlines a, de son côté, conclu avec Airbus un accord portant sur 50 appareils : 20 A220 et 30 avions de la famille A321, avec de premières livraisons prévues à partir de 2029.
Les annonces concernent donc au total 55 Airbus. Leur degré d’engagement n’est toutefois pas identique : le projet de Vietnam Airlines reste encadré par un protocole d’accord, tandis que Vietravel Airlines et Airbus présentent leur texte comme un accord portant sur l’acquisition de 50 appareils.
Emmanuel Macron a lui-même placé l’aéronautique parmi les secteurs illustrant l’approfondissement des coopérations industrielles franco-vietnamiennes.
Des moteurs bientôt entretenus au Vietnam ?
Vietjet et CFM International, société commune au français Safran Aircraft Engines et à l’américain GE Aerospace, veulent parallèlement étudier le développement au Vietnam d’une capacité locale de maintenance, de réparation et de révision des moteurs LEAP. CFM doit notamment apporter son expertise sur les infrastructures, les équipements, les compétences techniques et la formation nécessaires à une telle activité.
L’enjeu dépasse la seule maintenance de la flotte de Vietjet. Le Vietnam cherche à développer une industrie aéronautique à plus forte valeur ajoutée et à ne plus se limiter à l’achat et à l’exploitation d’appareils étrangers. La coopération entre Vietjet et CFM est déjà ancienne : la compagnie vietnamienne a notamment passé d’importantes commandes de moteurs LEAP destinés à ses Boeing 737 MAX.
Un nouveau satellite d’observation de la Terre
Le spatial constitue l’autre volet majeur de la visite. La France doit accompagner le Vietnam dans l’acquisition de VNREDSat-2, un nouveau satellite d’observation de la Terre. Paris prévoit de mobiliser ses instruments financiers pour soutenir le projet. Le satellite doit renforcer les capacités vietnamiennes d’observation du territoire et de surveillance environnementale.
La coopération s’inscrit dans la continuité de VNREDSat-1, premier satellite vietnamien d’observation de la Terre, développé par Airbus et lancé en 2013.
Tô Lâm s’est également rendu au CEA de Paris-Saclay et dans un centre de recherche de Thales. Les discussions ont porté sur plusieurs technologies stratégiques, notamment l’intelligence artificielle, le quantique et la formation scientifique.
Terres rares et minerais critiques
Paris et Hanoï ont également signé une lettre d’intention sur les minerais critiques, dont les terres rares. La coopération doit notamment associer le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), l’Agence française de développement et les services géologiques vietnamiens. Elle vise à améliorer la connaissance des ressources du pays et à développer leur exploitation dans des conditions plus durables.
Pour la France, l’intérêt est également stratégique. Le développement de nouvelles filières au Vietnam pourrait contribuer, à terme, à diversifier des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques aujourd’hui fortement dépendantes de la Chine.
Le ferroviaire français veut revenir dans la course
Le transport ferroviaire occupe également une place importante dans les accords. La coopération prévoit notamment la création au Vietnam d’une structure consacrée aux technologies et à la formation ferroviaires, avec l’appui français.
La déclaration conjointe mentionne aussi une coopération avec Systra pour la rénovation de la ligne Hanoï-Haïphong, tandis qu’Alstom poursuit son rapprochement avec le groupe vietnamien Vingroup.
La France souhaite surtout se positionner sur les considérables investissements ferroviaires que prépare le Vietnam : métros urbains, modernisation du réseau existant et future ligne à grande vitesse entre Hanoï et Hô-Chi-Minh-Ville. Aucun marché ferme concernant cette future LGV n’a toutefois été annoncé pendant la visite.
Défense : trois NH90 toujours en discussion
Paris et Hanoï veulent également faire de la défense l’un des piliers de leur partenariat stratégique global. Les deux pays renforcent leur coopération en matière de sécurité maritime, de formation et d’opérations de maintien de la paix des Nations unies. Ils souhaitent aussi approfondir les relations entre leurs industries de défense.
Emmanuel Macron a surtout évoqué « l’aboutissement prochain » du projet vietnamien d’acquisition de trois hélicoptères NH90 auprès d’Airbus Helicopters. L’opération repose sur une lettre d’intention signée en 2025 et n’a donc pas encore été présentée comme un contrat définitif.
Une déclaration conjointe entre le ministère vietnamien de la Sécurité publique et le ministère français de l’Intérieur porte par ailleurs sur la sécurité civile et le renforcement des capacités opérationnelles.
Des vaccins français produits au Vietnam
La santé constitue un autre axe du partenariat. Sanofi et le groupe vietnamien VNVC poursuivent leur projet de transfert de technologie pour produire des vaccins au Vietnam. Contrairement à ce que pourrait laisser penser le calendrier de la visite, cette coopération n’est pas nouvelle : elle était déjà engagée auparavant et faisait notamment l’objet de discussions avec le ministère vietnamien de la Santé au printemps 2026.
Le projet doit permettre au Vietnam de produire localement des vaccins selon les technologies transférées par le groupe français et de renforcer progressivement son autonomie dans ce secteur.
Nucléaire : Paris veut devenir un partenaire de référence
La France et le Vietnam veulent enfin renforcer leur coopération dans le nucléaire civil, au moment où Hanoï relance son programme électronucléaire. Le sujet concerne aussi bien les technologies et l’industrie que la sûreté nucléaire et la formation des personnels.
Emmanuel Macron a clairement affiché l’ambition française en déclarant souhaiter que la France devienne « un partenaire de référence » du programme électronucléaire vietnamien. Aucun contrat portant sur la construction d’un réacteur n’a cependant été annoncé pendant la visite.
La coopération environnementale se poursuit également. L’Agence française de développement participe notamment à un projet de gestion intégrée des ressources en eau dans la province de Diên Biên. Paris et Hanoï réaffirment parallèlement leur coopération dans le cadre de la transition énergétique vietnamienne et de la réduction progressive de la dépendance du pays au charbon.
Une feuille de route plus qu’une addition de contrats
Le bilan de la visite de Tô Lâm ne peut donc pas se résumer à une valeur commerciale globale. Les montants de nombreux accords n’ont pas été rendus publics et plusieurs annonces devront encore déboucher sur des contrats ou des investissements effectifs.
Le principal résultat est ailleurs : la relation franco-vietnamienne s’étend désormais à des secteurs considérés comme stratégiques par les deux pays — aéronautique, spatial, minerais critiques, ferroviaire, nucléaire, défense, santé et technologies avancées.
Pour Paris, l’enjeu consiste à prendre position sur les immenses besoins d’investissement d’un Vietnam qui accélère la modernisation de ses infrastructures et de son industrie. Pour Hanoï, la France représente à la fois une source de technologies, de financements et de compétences permettant de diversifier ses partenariats internationaux.
Le plan d’action 2026-2028 donnera désormais la mesure des résultats. Les deux prochaines années permettront surtout de voir combien des protocoles, lettres d’intention et projets annoncés à Paris se transformeront en commandes, financements et réalisations industrielles.
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