
Chaque semaine, Richard Werly, conseiller éditorial de Gavroche et correspondant international reconnu, livre son regard sur la France dans les colonnes du média suisse Blick.
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Les primaires, en version française, ont mauvaise réputation. Pourquoi accepter le vote des militants, ou des sympathisants de son parti, alors que la tentation du suffrage universel est si grisante ? Édouard Philippe, alias « Doudou le vacancier » (depuis qu’il vient de proposer une transition de quelques semaines avant l’investiture, pour un éventuel congé pré-présidentiel), a même avancé une autre idée : départager les candidats en fonction des sondages.
Le fait qu’il soit en tête des enquêtes d’opinion, dans son camp centriste-libéral-conservateur, explique évidemment sa proposition. En oubliant au passage que le préféré des sondeurs finit rarement comme le meilleur présidentiable, une fois la bataille engagée. Édouard Balladur et Alain Juppé à droite, ou Anne Hidalgo à gauche, en firent l’amère expérience dans les urnes…
Les primaires sont-elles vraiment bonnes à jeter ? Trop peu démocratiques ? Trop dominées par l’arithmétique interne aux partis ? Trop souvent remportées par les candidats radicaux et plus véhéments plutôt que par les plus raisonnables ? La décision des socialistes français d’en organiser une les 9 et 10 octobre (1er tour), puis les 16 et 17 octobre (second tour) sera, dans ce contexte, à surveiller de près. Imaginez que le très médiatique Raphaël Glucksmann se fasse renvoyer dans les cordes par la revenante Ségolène Royal, bien plus en prise que lui avec les derniers dinosaures-électeurs du PS ? Ou bien qu’Olivier Faure, le patron du parti, soit de nouveau accusé de magouilles électorales par ses adversaires ?
J’avoue que les primaires ont quand même une vertu. Elles obligent les candidats à se positionner. Elles permettent aux électeurs de renifler ceux qui les sollicitent pour diriger l’État. Elles sont aussi une épreuve physique, avec leur lot d’improvisation, de surprises et d’incertitude. Elles cassent le mythe de l’homme ou de la femme providentielle. Leurs défauts, en revanche, sont connus. Elles peuvent laminer les meilleurs. Elles accordent une prime aux fins connaisseurs des arcanes du parti. Elles s’interposent entre les candidats et la nation.
Alors, primaires ou pas primaires ?
Bonne lecture, en rêvant de changer la vie !
(Pour débattre : richard.werly@ringier.ch)
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