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FRANCE – POLITIQUE : Vue d’ailleurs, des sondages et des urnes

Journaliste : Richard Werly Date de publication : 15/09/2026

 

Chaque semaine, Richard Werly, conseiller éditorial de Gavroche et correspondant international reconnu, livre son regard sur la France dans les colonnes du média suisse Blick.

 

Nous vous proposons ci-dessous son dernier éditorial. Pour découvrir l’intégralité de sa newsletter, Republick, cliquez ici.

 

 

Les primaires, en version française, ont mauvaise réputation. Pourquoi accepter le vote des militants, ou des sympathisants de son parti, alors que la tentation du suffrage universel est si grisante ? Édouard Philippe, alias « Doudou le vacancier » (depuis qu’il vient de proposer une transition de quelques semaines avant l’investiture, pour un éventuel congé pré-présidentiel), a même avancé une autre idée : départager les candidats en fonction des sondages.

 

Le fait qu’il soit en tête des enquêtes d’opinion, dans son camp centriste-libéral-conservateur, explique évidemment sa proposition. En oubliant au passage que le préféré des sondeurs finit rarement comme le meilleur présidentiable, une fois la bataille engagée. Édouard Balladur et Alain Juppé à droite, ou Anne Hidalgo à gauche, en firent l’amère expérience dans les urnes…

 

Les primaires sont-elles vraiment bonnes à jeter ? Trop peu démocratiques ? Trop dominées par l’arithmétique interne aux partis ? Trop souvent remportées par les candidats radicaux et plus véhéments plutôt que par les plus raisonnables ? La décision des socialistes français d’en organiser une les 9 et 10 octobre (1er tour), puis les 16 et 17 octobre (second tour) sera, dans ce contexte, à surveiller de près. Imaginez que le très médiatique Raphaël Glucksmann se fasse renvoyer dans les cordes par la revenante Ségolène Royal, bien plus en prise que lui avec les derniers dinosaures-électeurs du PS ? Ou bien qu’Olivier Faure, le patron du parti, soit de nouveau accusé de magouilles électorales par ses adversaires ?

 

J’avoue que les primaires ont quand même une vertu. Elles obligent les candidats à se positionner. Elles permettent aux électeurs de renifler ceux qui les sollicitent pour diriger l’État. Elles sont aussi une épreuve physique, avec leur lot d’improvisation, de surprises et d’incertitude. Elles cassent le mythe de l’homme ou de la femme providentielle. Leurs défauts, en revanche, sont connus. Elles peuvent laminer les meilleurs. Elles accordent une prime aux fins connaisseurs des arcanes du parti. Elles s’interposent entre les candidats et la nation.

 

Alors, primaires ou pas primaires ?

 

Bonne lecture, en rêvant de changer la vie !

(Pour débattre : richard.werly@ringier.ch)

 

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3 Commentaires

  1. La « rencontre d’un homme et d’un peuple », cette fiction issue de la mythologie gaullienne qui accompagne la présidentielle depuis l’origine et surtout depuis 1962, est tout autre aujourd’hui. Cette prétendue rencontre devait accréditer l’idée d’un lien direct entre le candidat et les Français, à l’opposé du « régime des partis », stigmate abhorré de la IVe République. Qu’importe que le Général se soit appuyé sur une formation politique et une galaxie de soutiens multiformes plus ou moins clandestins.

    Cette « rencontre » s’est brouillée et est entrée en déliquescence : abstention massive et récurrente, discrédit des partis jusqu’aux institutions. Le populisme de droite comme de gauche a conquis de larges parts de marché.

    Le ver est dans le fruit dès l’origine : le système initial, une désignation indirecte, reposait sur un collège électoral composé d’environ 80 000 élus, essentiellement issus des collectivités locales, ainsi que de l’ensemble des députés et des sénateurs. En 1962, l’élection au suffrage universel direct était subordonnée à un parrainage préalable d’élus locaux, dont le nombre fut ensuite porté à 500, répartis sur tout le territoire selon des règles strictes. Une logique censitaire apparaît donc comme consubstantielle à la Ve République.

    L’importation du système américain des primaires a intercalé un niveau intermédiaire entre le parrainage et l’électeur, semblant rétablir le système du double degré d’élection inventé le 2 mai 1792 par l’Assemblée constituante et dont l’abbé Sieyès poussa la logique en créant un système à trois degrés de filtrage. Paradoxalement, la primaire prend acte de la déliquescence des partis, le rêve et le projet gaulliens, pour lui substituer une logique de désignation par l’opinion, largement fabriquée par les sondages et les réseaux sociaux. Mais, contrairement au système américain, prévu par la Constitution, la primaire repose sur une privatisation de la sélection, qu’elle soit ouverte ou fermée. L’acquittement d’une participation financière, qui représente une source de financement des partis, accentue la forme censitaire du suffrage, même si elle n’est pas, comme naguère en France, indexée sur le montant de la contribution foncière. Le phénomène censitaire est d’autant plus accentué que la participation aux primaires est faible et que leurs participants, quand elles sont ouvertes, constituent une minorité souvent plus diplômée, qui rappelle les « literacy tests » américains éliminant de fait les Afro-Américains et les minorités, mais également plus âgée et aisée, ce qui ne reflète pas fidèlement le corps électoral.

    La Ve République, une forme de régime démocratique incomplet aux relents monarchiques ?

  2. La primaire n’a permis jusque-là d’accoucher que d’un seul président en 2011. Le processus semble bien renforcer le mythe de l’homme (du moins jusqu’ici) providentiel, tant le procédé fonctionne comme un « hachoir à viande ».

    Le seul bénéficiaire de cette mécanique fut F. Hollande, mais au terme d’un concours inespéré de circonstances dont il semble avoir le secret et la méthode : le « trou de souris ». S’il ne s’est pas encore déclaré candidat, c’est pour n’avoir pas à concourir dans la future primaire. Arguant du fait qu’un ancien président ne saurait s’abaisser à une telle indignité, N. Sarkozy, en son temps, s’y soumit pourtant et perdit lamentablement. F. Hollande, doté d’une forte mémoire politicienne et pachydermique, n’entend pas emboîter le pas à son illustre devancier. Il attend, tel le singe de la fable, le résultat de la future primaire socialiste (et apparentée) pour retirer les marrons du feu.

    L’issue d’une telle espérance risque cette fois d’être soumise à un fort aléa : la présence de Ségolène, dont l’aura relative risque de surpasser celle des autres prétendants dont le charisme peine à égaler celui d’une huître frite et qui, surtout, ne peuvent arriver à la cheville de son expérience politicienne réelle ou supposée. La présence d’une candidate féminine à la primaire n’est certes pas un gage de réussite, comme l’a montré V. Pécresse. Les madones ne semblent pas avoir la préférence de l’électorat (à l’exception, selon les sondages, de la madone des madones). La dynamique dégagiste risque, bien au contraire, de s’exprimer. Ce sont alors les électeurs du premier tour qui seraient mis en demeure, au cas où l’ex-époux se présenterait, de se prononcer en faveur de l’un ou de l’autre et de régler les différends d’un couple mythique, mais au fond un banal conflit familial. Une élection présidentielle pourrait aussi avoir cette fonction. Un nouveau chapitre à ouvrir dans les savants traités de droit constitutionnel ?

  3. Et c’est ce personnage qui réclamait, il y a peu, une démission anticipée d’E. Macron… Sarkozy rêvait d’une semaine dans un monastère ; ce fut finalement un yacht…

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