Accueil Asie Asean INDONÉSIE – DÉFENSE : Jakarta peut-elle vraiment s’inspirer du modèle iranien d’Ormuz ?

INDONÉSIE – DÉFENSE : Jakarta peut-elle vraiment s’inspirer du modèle iranien d’Ormuz ?

Date de publication : 15/09/2026
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marine Indonésie

 

La stratégie iranienne dans le détroit d’Ormuz nourrit le débat en Indonésie. Missiles mobiles, drones et armes à bas coût peuvent inspirer Jakarta, mais l’archipel fait face à une contrainte majeure : il doit pouvoir défendre ses routes maritimes sans les fermer à son propre commerce. Dans une analyse publiée par CSIS Commentaries, le chercheur Muhammad Fauzan Malufti appelle donc à adapter les leçons iraniennes plutôt qu’à les copier.

 

La capacité de l’Iran à perturber la navigation dans le détroit d’Ormuz suscite un intérêt croissant en Indonésie. Muhammad Fauzan Malufti, chercheur au département des relations internationales du CSIS Indonesia, relève que certains observateurs indonésiens, y compris dans les milieux militaires, voient dans la stratégie iranienne une possible source d’inspiration pour défendre l’immense espace maritime du pays.

 

Cette stratégie repose notamment sur le déni d’accès, connu dans le jargon militaire sous l’acronyme A2/AD : plutôt que de chercher à rivaliser directement avec une puissance militaire supérieure, il s’agit de rendre son intervention plus difficile, plus dangereuse et plus coûteuse.

 

L’expérience iranienne offre à ce titre plusieurs enseignements, estime l’auteur : dispersion des forces, missiles mobiles, stocks importants et utilisation d’armements relativement peu coûteux. Mais s’inspirer de l’Iran ne signifie pas reproduire son modèle.

 

Un archipel qui doit garder ses mers ouvertes

 

La différence fondamentale tient à la géographie. L’Iran concentre une grande partie de sa stratégie autour d’un détroit étroit et stratégique. L’Indonésie, au contraire, est un immense archipel qui doit défendre plusieurs voies maritimes tout en continuant à les utiliser.

 

Jakarta ne peut donc pas se contenter de chercher à interdire certaines zones à un éventuel adversaire. Elle doit simultanément maintenir les routes nécessaires à ses forces armées, à son commerce et aux liaisons entre ses milliers d’îles.

 

Cette dépendance maritime est renforcée par la question énergétique. Les données citées dans l’analyse indiquent que l’Indonésie importe près de 60 % du pétrole nécessaire à sa consommation et environ 72 % de son gaz de pétrole liquéfié (GPL). Une perturbation durable des routes maritimes toucherait donc rapidement les transports, l’économie et les capacités militaires du pays.

 

Muhammad Fauzan Malufti plaide ainsi pour une stratégie plus équilibrée, associant capacité d’interdiction, contrôle local de certaines zones maritimes, protection des convois et renforcement de la logistique.

 

Perturber le commerce ne signifie pas arrêter une flotte

 

L’auteur pointe une autre limite du modèle iranien : perturber des navires marchands ne revient pas à neutraliser une flotte militaire moderne.

 

Missiles, drones, mines et petites embarcations peuvent perturber fortement le trafic commercial et provoquer des conséquences économiques considérables. Mais les navires marchands sont généralement plus lents, plus prévisibles et moins protégés que les bâtiments militaires.

 

Selon l’analyse, les navires de guerre américains et alliés ont continué à opérer dans et autour du détroit d’Ormuz malgré les menaces iraniennes. Muhammad Fauzan Malufti estime donc que la capacité à menacer le commerce maritime ne peut pas être considérée automatiquement comme la démonstration d’une stratégie efficace contre une flotte moderne.

 

Pour l’Indonésie, une autre contrainte entre en jeu : le droit maritime international. L’auteur rappelle qu’une fermeture ou une obstruction indiscriminée des voies maritimes traversant l’archipel pourrait fragiliser les principes de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), qui reconnaît précisément le statut de l’Indonésie comme État archipélagique.

 

Les armes à bas coût fonctionnent dans les deux sens

 

L’expérience iranienne montre néanmoins qu’un pays disposant de moyens plus limités peut imposer des coûts importants à un adversaire technologiquement supérieur grâce à des systèmes relativement bon marché. Drones, petits sous-marins et véhicules autonomes peuvent ainsi contribuer à la dissuasion sans nécessiter les investissements considérables associés aux grandes plateformes militaires conventionnelles.

 

Mais cet avantage n’est pas réservé au plus faible. Une puissance technologiquement supérieure peut elle aussi produire et déployer massivement des drones et des systèmes autonomes à bas coût.

 

Pour Muhammad Fauzan Malufti, l’Indonésie doit donc réfléchir simultanément aux deux dimensions du problème : acquérir ces nouvelles capacités, mais aussi apprendre à s’en protéger. Les investissements dans les drones devraient ainsi être accompagnés de moyens antidrones capables de défendre les forces navales, les infrastructures et les voies maritimes du pays.

 

Adapter le modèle plutôt que le copier

 

L’analyse ne rejette donc pas l’expérience iranienne. Elle invite plutôt Jakarta à en retenir certaines leçons : armes à bas coût, dispersion des forces, mobilité et profondeur des stocks.

 

Mais l’Indonésie ne peut pas bâtir sa défense maritime sur une simple logique de fermeture des mers. Pour un archipel dont la cohésion territoriale, les approvisionnements et une grande partie de l’économie reposent sur la navigation, l’objectif est plus complexe : rendre l’accès difficile à un adversaire tout en gardant les routes maritimes ouvertes pour soi-même.

 

C’est cette contrainte, plus encore que la question des missiles ou des drones, qui distingue fondamentalement Jakarta de Téhéran.

 

Pour aller plus loin : lire l’analyse complète de Muhammad Fauzan Malufti publiée le 14 septembre 2026 par CSIS Commentaries.

 

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