
Une chronique de Patrick Chesneau
Ce que j’aime chez les Thaïs, c’est leur incommensurable capacité à croire que le bonheur peut jaillir partout et tout le temps. Y compris dans les situations où les difficultés, voire l’adversité, semblent l’emporter dans un premier temps.
En toutes circonstances, ils conjuguent la joie au présent. Ils savent mieux que d’autres apprivoiser les vicissitudes qui jalonnent la vie.
On n’est pas très loin de ce qui pourrait s’appeler un moral inoxydable.
L’art de s’adapter
Quand survient une actualité maussade et pleine d’embûches, je suis, à chaque épisode, bluffé par leur faculté d’adaptation à l’épreuve. Par une sorte de ductilité intellectuelle, ils échafaudent d’ingénieux dispositifs, entre combines et stratagèmes, pour s’en sortir.
Même dans le chaos, ça marche. Ils sont futés, incroyablement malins, débrouillards et inventifs.
Ils savent d’instinct qu’il leur faut miser sur le collectif. La cohésion compense l’inorganisation initiale. La réponse est toujours celle du groupe.
La société thaïlandaise est très hiérarchisée. Chacun a conscience de la place qui lui a été assignée dès la naissance par un ordre social implicite, puis du rôle qui lui est dévolu.
Ce qui peut sembler exagérément rigide et vertical en temps ordinaire devient un facteur de coordination et d’efficacité pour affronter drames, tragédies et catastrophes.
Une patience à toute épreuve
À cela s’ajoute une infinie patience.
Ils peuvent endurer des situations pénibles, douloureuses, avec un flegme très oriental.
On croit qu’ils subissent passivement. Non. Ils incubent. Sans doute une version tropicale du stoïcisme. Sans se plaindre, gémir ou se lamenter. Il importe de garder la face et le maintien. De l’émotion, oui, mais sans exubérance. Ils se rassérènent et rassemblent leurs forces intérieures pour mieux rebondir.
Pas question de hurler, de « péter les plombs », comme l’on dit trivialement, de perdre ses nerfs, d’exploser ou, à l’inverse, de se décomposer, de céder à une peur irrépressible, à la panique.
Ils ne sont pas impassibles, mais impavides.
Le sourire comme sauf-conduit
Élément clé de l’attitude siamoise : le sourire.
Constamment à fleur de lèvres.
Dans la panoplie des expressions faciales, cette légendaire mimique est un trait caractéristique des habitants de cette partie de l’Asie du Sud-Est.
Le sourire thaïlandais n’est pas une galéjade. Il est le sauf-conduit qui leur permet de s’extraire de l’ornière.
« Positiver », aiment à dire les Farangs.
Les Thaïs, eux, se relèvent et cheminent en riant.
Le génie du bonheur
Certains soulignent leur inépuisable résilience. Elle est réelle. Mais, avant cela, ils nous montrent qu’ils ont le génie du bonheur.
Bouddhisme, thainess, sens inné du collectif, foi en l’avenir radieux de la nation, adhésion irrévocable aux vertus de la monarchie : autant d’éléments constitutifs de la personnalité du peuple du Siam et structurants de son identité.
Cette armature culturelle et psychique lui permet de ne jamais flancher.
Je côtoie les Thaïlandais depuis un peu plus de 35 ans.
Moi, Occidental cartésien, je concède être toujours autant fasciné par ce pays et son peuple.
Patrick Chesneau
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