
Production industrielle en hausse de 4,4 %, compte courant excédentaire et investissement privé en forte progression : les statistiques thaïlandaises d’août sont plutôt flatteuses. Mais une partie de cette embellie vient d’importantes révisions statistiques, notamment pour mieux prendre en compte l’essor de l’électronique porté par la vague mondiale d’investissements dans l’intelligence artificielle. Derrière ces nouveaux chiffres se dessine surtout une économie de plus en plus contrastée.
À première vue, l’économie thaïlandaise vient de connaître un sérieux coup d’accélérateur. En août, la production manufacturière a progressé de 4,4 % sur un an, portant sa hausse à environ 4 % sur les huit premiers mois de l’année. Mais cette évolution ne signifie pas que les usines du royaume ont brutalement accéléré leur production. Elle tient en partie à une importante révision des statistiques industrielles.
L’IA change aussi les statistiques thaïlandaises
L’indice de production manufacturière (MPI), principal thermomètre de l’activité des usines du royaume, prend désormais mieux en compte des productions qui ont fortement gagné en importance ces dernières années. C’est notamment le cas des composants électroniques, ordinateurs portables et équipements de télécommunications, qui profitent de la vague mondiale d’investissements dans l’intelligence artificielle et les centres de données.
Cette nouvelle pondération donne désormais davantage de poids à ces industries dans le calcul du MPI. Elle révèle aussi une transformation de l’appareil productif thaïlandais, alors que d’autres branches restent beaucoup moins dynamiques. Le taux d’utilisation des capacités industrielles, à 58,3 % en août, invite d’ailleurs à relativiser l’impression de forte accélération donnée par le chiffre de production.
Consommation et investissement résistent
La demande intérieure offre également quelques signes encourageants. La consommation privée a progressé de 3,7 % sur un an, soutenue notamment par les achats de biens durables et les services. Les ventes de voitures particulières et l’activité touristique intérieure ont contribué à cette progression.
L’investissement privé affiche une hausse beaucoup plus spectaculaire, de 21,8 % sur un an. Les entreprises ont notamment augmenté leurs achats de machines électriques, de matériel médical, d’ordinateurs et d’équipements de bureau.
Un déficit extérieur presque effacé par les révisions
La surprise la plus spectaculaire vient toutefois des comptes extérieurs. En août, la Thaïlande a enregistré un excédent courant de 2,4 milliards de dollars, avec une balance commerciale excédentaire de 1,8 milliard. Mais c’est surtout la révision des huit premiers mois de l’année qui retient l’attention : le déficit courant cumulé, précédemment évalué à 15,5 milliards de dollars, a été ramené à seulement 1,3 milliard.
La Thaïlande n’a évidemment pas retrouvé plus de 14 milliards de dollars en quelques semaines. Cette différence provient essentiellement de modifications dans le traitement statistique de certaines opérations. Les nouvelles données excluent notamment certaines importations liées à la fabrication sous contrat et modifient la prise en compte des bénéfices réinvestis des investissements directs étrangers et du crédit commercial. La balance commerciale cumulée passe ainsi d’un déficit précédemment estimé à 10,6 milliards de dollars à un excédent de 3,8 milliards.
Une économie toujours très contrastée
Ces révisions donnent une image plus favorable de l’économie thaïlandaise, sans effacer ses fragilités. L’électronique et certains investissements liés au cycle mondial de l’IA progressent rapidement, tandis que d’autres secteurs restent beaucoup moins dynamiques. Les prochains mois pourraient également être plus difficiles. La hausse des prix de l’énergie risque d’alourdir la facture des importations, tandis que les récentes inondations pourraient perturber temporairement l’activité dans plusieurs régions. La révision du MPI pourrait enfin conduire à une modification des estimations du PIB thaïlandais, dont l’ampleur reste à déterminer.
La Thaïlande n’est donc pas devenue beaucoup plus riche en quelques semaines : elle mesure désormais différemment une économie qui, elle-même, est en train de changer.
Gaston Baht
Rejoignez les plus de 13 000 lecteurs qui reçoivent chaque semaine Gavroche Hebdo. Pour ne rien manquer de l’actualité de la Thaïlande et de l’Asie du Sud-Est, inscrivez-vous en cliquant ici









