Accueil Thaïlande Sorties, loisirs, culture THAÏLANDE – CULTURE : Que signifie cette petite étoffe accrochée aux masques du khon ?

THAÏLANDE – CULTURE : Que signifie cette petite étoffe accrochée aux masques du khon ?

Date de publication : 26/09/2026
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Masque Khon Thaïlande

 

Elle passe presque inaperçue à côté des ors et des couleurs spectaculaires des masques du khon. Pourtant, cette petite étoffe suspendue près de l’oreille possède une histoire qui remonte à l’ancienne cour siamoise. Le Département thaïlandais des Beaux-Arts vient d’en rappeler l’origine et la signification.

 

Regardez attentivement un masque de khon. Sur le côté, près de l’oreille, pend parfois un petit morceau de tissu. Rouge, violet, doré ou d’une autre couleur aujourd’hui, cet élément décoratif en apparence anodin appartient en réalité à une ancienne tradition thaïlandaise.

 

On l’appelle pha na khon (ผ้าหน้าโขน), littéralement l’étoffe du masque de khon. Le Bureau des arts du spectacle, qui dépend du Département thaïlandais des Beaux-Arts, vient de consacrer une présentation à son histoire.

 

Pour comprendre sa fonction, il faut d’abord rappeler ce qu’est le khon. Cette forme spectaculaire de théâtre dansé thaïlandais met notamment en scène les épisodes du Ramakien, la version siamoise de l’épopée indienne du Ramayana. Costumes richement brodés, gestes codifiés et masques élaborés en constituent les signes les plus reconnaissables.

 

Bien plus qu’un accessoire

 

Le pha na khon n’est pas réservé aux représentations théâtrales. Cette petite étoffe peut également être attachée à des représentations de divinités, à certains objets cérémoniels ou encore à des instruments de musique traditionnelle.

 

Elle intervient notamment lors du wai khru, la cérémonie au cours de laquelle danseurs et musiciens rendent hommage à leurs maîtres et aux figures tutélaires de leur art. Dans la culture thaïlandaise traditionnelle, ces objets ne sont donc pas considérés comme de simples accessoires de spectacle. Ils participent à un univers rituel où se mêlent transmission artistique, respect des maîtres et croyances religieuses.

 

À l’origine, une étoffe rose

 

Le détail le plus étonnant concerne sa couleur. Dans les cérémonies de l’ancienne cour royale, l’étoffe devait être rose. Le Département des Beaux-Arts en retrouve la trace dans un manuel royal consacré aux cérémonies du khon et du théâtre datant du règne du roi Mongkut, Rama IV (1851-1868). Le texte mentionne explicitement des tissus roses suspendus aux masques.

 

Cette pratique serait liée à une ancienne tradition consistant à honorer et à protéger symboliquement les objets vénérés.

 

Plusieurs significations ont ensuite été associées au rose. Il peut évoquer Mars, associé à la guerre et à la victoire dans les croyances traditionnelles, mais également le lotus, la lumière rosée du soleil levant ou encore, par un rapprochement linguistique thaïlandais, un or d’une très grande pureté.

 

Une possible histoire venue de très loin

 

L’origine du tissu lui-même ouvre une piste plus surprenante. Le Département des Beaux-Arts avance l’hypothèse que certaines étoffes roses particulièrement précieuses utilisées autrefois au Siam pouvaient avoir été teintes grâce au Bolinus brandaris, un mollusque de Méditerranée dont on extrayait dans l’Antiquité une teinture extrêmement coûteuse.

 

Il s’agit du coquillage associé à la célèbre pourpre de Tyr, réservée pendant des siècles aux élites du monde méditerranéen. Le rapprochement est fascinant, mais doit rester présenté comme une hypothèse : les éléments publiés par l’institution thaïlandaise ne permettent pas d’établir avec certitude que les étoffes utilisées à la cour du Siam provenaient effectivement de cette filière méditerranéenne.

 

Du rose au rouge, au violet et à l’or

 

La tradition, elle, n’a pas disparu. Les artisans confectionnent toujours ces petites étoffes pour certaines cérémonies liées au théâtre et à la musique traditionnels. Mais les règles se sont assouplies.
Le rose n’est plus systématique. Les pièces peuvent être rouges, violettes, jaunes ou dorées et utiliser de la soie, du satin, du feutre ou d’autres étoffes. Certaines portent également des broderies, des perles ou l’emblème de l’institution qui les utilise.

 

masque de Khon

 

C’est ce que montrent les photographies récemment publiées par le Bureau des arts du spectacle : derrière ce petit rectangle de tissu que l’œil occidental pourrait prendre pour une simple décoration se cache en réalité plusieurs siècles de traditions siamoises.

 

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