Accueil À la une FRANCE – POLITIQUE : Vue d’ailleurs, il est (toujours) interdit d’interdire

FRANCE – POLITIQUE : Vue d’ailleurs, il est (toujours) interdit d’interdire

Journaliste : Richard Werly Date de publication : 06/10/2026
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lycéens en colère en France

 

Chaque semaine, Richard Werly, conseiller éditorial de Gavroche et correspondant international reconnu, livre son regard sur la France dans les colonnes du média suisse Blick.

 

Nous vous proposons ci-dessous son dernier éditorial. Pour découvrir l’intégralité de sa newsletter, Republick, cliquez ici.

 

Oui je sais. A Blick, notre rédacteur en chef Claude Ansermoz m’a d’ailleurs rappelé à l’ordre jeudi 1er octobre, alors que la colère des lycéens explosait « à la une ». Gare au vocabulaire trop « explosif ». Évitons de parler « d’embrasement ». Regardons, concrètement, ce qui se passe dans les lycées bloqués, alors que des centaines d’autres restent ouverts et fonctionnent normalement. Alors, imaginez ce que je vais me prendre comme remarques négatives en osant faire la comparaison entre ce mouvement lycéen et la mère de toutes les révoltes étudiantes que fut Mai 1968 en France !

 

Je corrige donc de suite. Mai 68 n’est pas de retour.

 

Les deux époques n’ont rien à voir. La France de la fin des années 60 était celle de l’opulence bourgeoise contestée par une jeunesse radicalisée par les gauchistes. Oups… Et si, quand même, il n’y avait pas quelques parallèles à faire ? Jean-Luc Mélenchon, ancien trotskyste, avait 17 ans lors de ce « joli mois de mai ». Il terminait son lycée et rêvait d’un grand soir. Tiens tiens… Je pourrai aussi évoquer la figure du préfet de police de Paris, en cette année-brasier. Maurice Grimaud était un authentique démocrate, inquiet pour la jeunesse dont il avait compris la soif de changement. Son livre « En mai, fais ce qu’il te plait » (Ed. Stock) demeure une référence. Son lointain successeur, Patrice Faure, l’a-t-il comme livre de chevet ?

 

La question du moment n’est pas celle de la libération sexuelle, au cœur des événements de 68.

 

Encore moins celle du partage de la prospérité, car la croissance économique est proche de zéro. Ce qui se joue, en revanche, tourne un peu autour du fameux slogan révolutionnaire « Il est interdit d’interdire ». Peut-on interdire aux lycéens, connectés sur les réseaux sociaux, de protester contre l’état très dégradé du système d’enseignement français ? Peut-on leur interdire d’en vouloir aux gouvernements successifs qui, à la fois, paient trop mal les profs et mettent en place des plates-formes controversées d’accès aux études supérieures (telles Parcoursup) sans jamais parler de sélection ?

Il est juste, aujourd’hui, impossible d’interdire. Les lycéens croient, comme beaucoup de Français, avoir plus de droits que de devoirs. Leurs enseignants démissionnent, au sens propre comme au figuré. Leurs bahuts, sitôt rénovés – lorsqu’ils le sont – sont vite dégradés. Et voici que leurs colères, comme c’était le cas pour leurs grands-parents en mai 68 avec « les Katangais » de l’Odéon, sont instrumentalisées par des casseurs. Mai 68, le retour? La différence est que cette colère-là est teintée d’une grande déprime. La jeunesse de mai jouait à la révolution. La jeunesse d’octobre 2026 ne veut simplement pas être interdite d’avenir.

Bonne lecture, en rêvant du printemps à Paris !

(Pour débattre : richard.werly@ringier.ch)

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