
Bangkok accueille cette semaine les assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, un rendez-vous majeur de la finance mondiale qui revient en Thaïlande pour la première fois depuis 35 ans. Dès l’ouverture, lundi 12 octobre, le gouvernement thaïlandais a placé l’intelligence artificielle au cœur de ses ambitions économiques. Derrière les promesses technologiques se pose une question plus concrète : l’IA peut-elle aider le royaume à surmonter ses difficultés de croissance et de productivité ?
La Thaïlande cherche depuis plusieurs années à moderniser son économie. Confronté au vieillissement de sa population, à un endettement élevé des ménages et à une concurrence régionale de plus en plus vive, notamment du Vietnam, le pays doit trouver de nouveaux moteurs de croissance.
L’intelligence artificielle pourrait constituer l’un de ces leviers. Encore faut-il que ses bénéfices ne restent pas concentrés dans les grandes entreprises et les groupes technologiques étrangers.
De l’intelligence artificielle jusque dans les petits commerces
Lors d’une conférence organisée le 12 octobre par la Banque mondiale, Ekniti Nitithanprapas, vice-Premier ministre et ministre des Finances, a présenté une stratégie destinée à diffuser l’intelligence artificielle dans l’ensemble de l’économie.
Son ambition repose sur trois principes : améliorer les emplois existants, créer de nouvelles activités et permettre au plus grand nombre de profiter des transformations technologiques. Le gouvernement cite notamment l’exemple de « Nok Krasip », un assistant numérique intégré à l’application Tung Ngern, utilisée par de petits commerçants thaïlandais.
Concrètement, cet outil doit permettre à un commerçant d’analyser ses ventes, de mieux gérer ses stocks ou d’identifier les produits les plus rentables. Les données recueillies pourraient également faciliter ses démarches auprès des banques pour obtenir un crédit.
L’objectif affiché est simple : mettre des technologies jusqu’ici réservées aux grandes entreprises à la portée des petites structures, qui constituent une part essentielle du tissu économique thaïlandais. Mais leur adoption suppose un accompagnement, des formations et des investissements que tous les commerçants ne peuvent pas nécessairement financer.
Des milliards investis, mais combien d’emplois ?
La Thaïlande cherche parallèlement à attirer les investissements étrangers dans les centres de données, les infrastructures numériques et les services informatiques dématérialisés, ou cloud computing.
Ces projets renforcent l’attractivité du royaume auprès des grands groupes technologiques. Ils posent toutefois une question essentielle : combien d’emplois qualifiés créeront-ils réellement pour les Thaïlandais ?
Les centres de données nécessitent des investissements considérables et d’importantes ressources énergétiques, mais leurs besoins en personnel restent relativement limités une fois les installations opérationnelles.
Le gouvernement souhaite donc développer les compétences locales pour que les entreprises thaïlandaises puissent profiter de cette nouvelle économie. C’est notamment l’objectif du programme « Skill Bridge », destiné à rapprocher les formations professionnelles des besoins des entreprises et à préparer les salariés aux métiers liés aux nouvelles technologies.
Pour Bangkok, l’enjeu consiste à ne pas devenir seulement une terre d’accueil pour les infrastructures numériques étrangères, mais à développer une véritable expertise nationale.
Une révolution qui pourrait aussi fragiliser l’emploi
Les discussions organisées par le FMI et la Banque mondiale rappellent néanmoins que l’intelligence artificielle ne représente pas uniquement une promesse de croissance. Selon les estimations du FMI, près de 40 % des emplois dans le monde pourraient être affectés par son développement. Certains métiers gagneront en productivité, tandis que d’autres risquent de subir des transformations profondes.
Pour la Thaïlande, où les petites entreprises occupent une place importante et où les écarts de qualification restent significatifs, cette transition pourrait accentuer les inégalités si elle ne s’accompagne pas d’un effort de formation.
Le vieillissement démographique constitue un autre défi. À mesure que la population active diminue, les gains de productivité liés à l’automatisation pourraient devenir nécessaires pour maintenir la compétitivité du pays.
Les assemblées du FMI et de la Banque mondiale, organisées à Bangkok jusqu’au 18 octobre, offrent ainsi au gouvernement thaïlandais une vitrine internationale pour présenter ses ambitions.
Reste désormais à mesurer si les investissements annoncés et les nouveaux outils numériques permettront réellement d’améliorer la productivité des entreprises, les qualifications des salariés et, à terme, la croissance du royaume.
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