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VIETNAM – HISTOIRE : Cinquante-huit ans après, 731 combattants sortent de l’oubli

Date de publication : 14/10/2026

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À Hô-Chi-Minh-Ville, des centaines de cercueils recouverts du drapeau vietnamien ont traversé les rues mercredi 14 octobre, sous les regards d’une foule venue rendre un dernier hommage aux morts de la guerre. Les dépouilles de 731 combattants, tombés lors de l’offensive du Têt en 1968, viennent d’être retrouvées dans un parc de la métropole du sud. Près de six décennies après les combats, le Vietnam poursuit une immense entreprise de recherche et d’identification de ses disparus.

 

Des fleurs blanches, des prières et des milliers de personnes massées le long des rues. Mercredi 14 octobre, Hô-Chi-Minh-Ville a offert des funérailles solennelles à 731 combattants vietnamiens morts il y a cinquante-huit ans. Leurs dépouilles, exhumées ces derniers mois, ont été transportées jusqu’au cimetière des martyrs de la ville.

 

La cérémonie avait une portée particulière. Pour de nombreuses familles vietnamiennes, la guerre ne s’est jamais complètement achevée. Des décennies après la fin des combats, elles ignorent encore où reposent leurs proches.

 

Les cercueils, recouverts du drapeau rouge à étoile jaune, ont ainsi traversé une ville profondément transformée depuis 1968. À l’époque, Hô-Chi-Minh-Ville s’appelait encore Saïgon et constituait la capitale du Sud-Vietnam, soutenu par les États-Unis

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Sous un parc, les traces d’une bataille oubliée

 

Les dépouilles ont été découvertes dans le parc Lê Thị Riêng, aujourd’hui un espace public fréquenté par les habitants de la métropole. Les fouilles, conduites entre juin et octobre 2026, ont permis de mettre au jour 731 ensembles de restes humains, provenant de sépultures individuelles et collectives. Ces découvertes renvoient à l’un des épisodes les plus marquants de la guerre du Vietnam : l’offensive du Têt.

 

À la fin de janvier 1968, profitant des célébrations du Nouvel An lunaire vietnamien, les forces communistes nord-vietnamiennes et les combattants du Front national de libération du Sud-Vietnam lancent une offensive simultanée contre de nombreuses villes du Sud. Saïgon devient l’un des principaux théâtres des affrontements. Les combats y sont particulièrement violents, notamment autour de plusieurs installations militaires et bâtiments stratégiques.

 

Les forces sud-vietnamiennes et américaines parviennent finalement à repousser l’offensive, au prix de lourdes pertes humaines. Mais la bataille marque un tournant dans le conflit.

 

1968, l’année où la guerre change de visage

 

Pour comprendre la portée de ces funérailles, il faut se replacer dans le contexte de 1968. La France a quitté l’Indochine après sa défaite de Diên Biên Phu en 1954. Les accords de Genève ont alors consacré une division provisoire du Vietnam, entre un Nord communiste et un Sud soutenu par Washington.

 

À partir des années 1960, l’engagement militaire américain s’intensifie considérablement. En 1968, les États-Unis disposent de centaines de milliers de soldats au Vietnam. Leur gouvernement assure régulièrement que la victoire est possible et que les forces communistes s’affaiblissent. L’offensive du Têt vient brutalement contredire cette perception.

 

Sur le plan militaire, les assaillants subissent de très lourdes pertes et n’atteignent pas leurs principaux objectifs. Mais sur le plan politique, l’opération ébranle profondément l’opinion publique américaine. Les images des combats, notamment à Saïgon, nourrissent le doute sur les perspectives d’une victoire des États-Unis.

 

Quelques semaines plus tard, le président Lyndon Johnson annonce une limitation des bombardements sur le Nord-Vietnam et renonce à briguer un nouveau mandat. L’année 1968 devient ainsi l’un des tournants décisifs de la guerre, qui ne prendra fin qu’en avril 1975 avec la chute de Saïgon.

 

Des milliers de familles attendent toujours

 

Au Vietnam, la recherche des soldats disparus constitue depuis des décennies une mission nationale. Le conflit a laissé derrière lui un nombre considérable de morts, de disparus et de sépultures anonymes. Certains combattants ont été enterrés à la hâte, d’autres dans des fosses communes ou dans des lieux progressivement transformés par l’urbanisation.

 

Les autorités vietnamiennes ont engagé une nouvelle campagne nationale de 500 jours afin d’accélérer la localisation et l’identification des dépouilles. Cette mobilisation repose notamment sur le travail des équipes militaires spécialisées, les témoignages d’anciens combattants, les archives et les recherches menées sur les anciens champs de bataille.

 

Elle s’étend également au Laos et au Cambodge, deux pays où des combattants vietnamiens ont trouvé la mort pendant les guerres d’Indochine. Mais retrouver une sépulture ne signifie pas nécessairement retrouver un nom. Pour les 731 combattants exhumés à Hô-Chi-Minh-Ville, la plupart des identités restent encore à établir.

 

L’ADN pour rendre un nom aux disparus

 

Les autorités vietnamiennes misent désormais davantage sur les analyses génétiques pour faire progresser les identifications. Le principe consiste à comparer l’ADN prélevé sur les restes humains avec celui de membres des familles susceptibles d’être apparentées aux disparus.

 

La démarche est toutefois complexe. Après près de soixante ans passés sous terre, les prélèvements peuvent être dégradés. Les documents militaires sont parfois incomplets, tandis que les proches directs des soldats ont souvent disparu à leur tour.

 

Les recherches nécessitent donc de croiser les résultats scientifiques avec les archives et les témoignages. Pour les familles, l’enjeu dépasse largement la reconnaissance administrative. Identifier un combattant permet de connaître son lieu de sépulture, d’accomplir les rites funéraires et de transmettre aux générations suivantes une histoire familiale longtemps restée inachevée.

 

Dans la société vietnamienne, où le culte des ancêtres occupe une place essentielle, pouvoir se recueillir sur une tombe identifiée revêt une importance particulière.

 

Une guerre terminée, une mémoire toujours vivante

 

Les funérailles du 14 octobre rappellent combien la guerre continue de marquer le Vietnam contemporain. Hô-Chi-Minh-Ville est devenue une métropole de plusieurs millions d’habitants, symbole de l’ouverture économique du pays et de sa transformation spectaculaire. Pourtant, sous ses parcs, ses routes et ses quartiers modernes, subsistent encore les traces d’un passé douloureux.

 

La cérémonie organisée pour les 731 combattants ne referme donc pas un chapitre de l’histoire. Elle souligne au contraire l’ampleur du travail qui reste à accomplir. Près de cinquante-huit ans après l’offensive du Têt et plus d’un demi-siècle après la fin de la guerre, le Vietnam continue de rechercher ses morts.

 

Pour les familles qui attendent toujours, chaque dépouille retrouvée représente un espoir : celui de pouvoir enfin associer un nom, un visage et une tombe à un disparu.

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