
Après avoir exposé les difficultés rencontrées par les retraités français pour se couvrir en Thaïlande, Jean-Luc Kapetanovic poursuit son enquête personnelle. À 72 ans, il a sollicité plusieurs assureurs et courtiers, essuyé des refus et découvert une possibilité inattendue. Dans ce deuxième volet, il raconte son parcours et les réponses obtenues.
Deuxième volet de notre série de trois articles consacrés à l’assurance santé des retraités expatriés. Retrouvez le premier volet ici.
S’assurer à 72 ans en Thaïlande
- Qui accepte encore
Le premier article posait le besoin : un socle CFE qui n’écarte personne, un second étage qui plafonne plus bas qu’il ne l’annonce, une exigence de visa qu’on peut satisfaire sans être couvert.
Reste à trouver qui vend ce second étage à 72 ans. J’ai fait sept démarches entre juin et août. Voici ce qu’elles ont donné.
Six portes
J’ai commencé par April International, le premier nom qui sort quand on cherche une assurance expatrié en français. Refus des deux, immédiat, sans questionnaire médical. Le motif est une limite d’âge à 64 ans. Personne n’a regardé nos dossiers.
Ensuite Mondassur, courtier français spécialisé dans l’expatriation. Je demandais leur formule Gold Expat Nomad, plafonnée à 300 000 euros par personne et par an. Réponse le 15 juin : « n’est pas accessible au-delà de 70 ans à la date de souscription ». Là encore, aucun dossier médical demandé.
Owello, qui distribue un pack Malakoff Humanis conçu pour compléter la CFE, a instruit le dossier. J’ai été accepté, mon épouse a été refusée. Le refus est arrivé par un courriel de deux lignes, sans motif. Nous avons supposé que c’était son dossier médical, mais l’assureur n’a jamais rien écrit de tel, donc il n’y a rien à contester. On ne discute pas un refus qui ne dit rien. J’ai décliné de mon côté : une complémentaire qui ne couvre qu’un membre du couple, celui qui est en meilleure santé, ne sert à rien.
Henner Expat Duo n’a jamais répondu à ma demande. MSH International non plus, malgré une relance.
Restait le marché local. AA Insurance, à Hua Hin, travaille avec les assureurs thaïs. Le courtier m’a envoyé le 16 juin un comparatif de quatre formules ouvertes à nos âges, en proposant de déposer une demande en janvier. Notre agenda ayant changé, nous n’y sommes jamais allés.
| Assureur ou courtier | Issue | Motif donné |
| April International | refus des deux | limite d’âge 64 ans |
| Mondassur — Gold Expat Nomad | refus des deux | pas accessible au-delà de 70 ans |
| Owello / Malakoff Humanis | lui accepté, elle refusée | aucun |
| Henner Expat Duo | silence | — |
| MSH International | silence | — |
| AA Insurance, Hua Hin | demande possible, non déposée | reportée à janvier, jamais engagée |
Sur ces six démarches, un seul dossier médical a été réellement instruit, celui d’Owello.
C’est ce qui m’a surpris. Je m’attendais à être jugé sur mon hypertension, sur le glaucome de mon épouse, sur ses prothèses de genou. La plupart des portes se ferment sur une date de naissance, avant qu’un médecin ait vu quoi que ce soit.
Nos antécédents, pour qu’on mesure de quoi on parle : une hypertension traitée depuis 2005, passée en bithérapie en avril 2025, une hernie inguinale opérée en 2018, une endoscopie normale en 2023 pour moi. Pour mon épouse, un glaucome mixte opéré en 2007 et stabilisé sous collyre, deux prothèses de genou posées en 2017 et 2021, un rachis lombaire abîmé en L5-S1, de l’arthrose aux pieds. Rien qui nous empêche de marcher, de voyager, de vivre normalement.
La fissure
Il restait une piste, et c’était la compagnie qui venait de nous refuser. Le 18 juin, Mondassur m’a proposé autre chose. Pas le Gold Expat Nomad, mais une formule appelée GoldVisa Safe CFE, conçue pour venir au-dessus de la CFE et plafonnée à 100 000 euros par personne et par an. Deux devis nominatifs, 2 064 euros par personne et par an, avec nos deux dates de naissance en première ligne.
J’ai téléchargé la notice avant de répondre. C’est un contrat de groupe souscrit par une association auprès de Groupama Gan Vie, numéro 210/655482. L’article 14.1 réserve l’adhésion aux personnes « âgées de 18 ans ou plus et de moins de 70 ans ». Quelques lignes plus loin, l’article 14.4 précise que l’inscription du conjoint « âgé de 70 ans et plus n’est pas recevable ».
Le produit qu’on me proposait en remplacement de celui qu’on venait de me refuser portait donc la même limite d’âge, cette fois inscrite dans le contrat lui-même. Nous étions inéligibles tous les deux, et mon épouse deux fois.
J’ai écrit le 30 juillet pour demander si une dérogation existait, ou si les devis avaient été émis par erreur. Je préférais le savoir avant d’engager un profil de santé et une cotisation.
La réponse est arrivée le 11 août : « une dérogation est bien en place par l’assureur pour permettre à Mondassur de proposer cette GOLD VISA SAFE au 1er EUR ou complément de la CFE pour les personnes de +70 ans et moins de 75 ans à la date de la souscription »
La porte existe donc, entre 70 et 75 ans, et elle n’est écrite nulle part. Un lecteur de 71 ans qui télécharge la notice et lit l’article 14 conclut que c’est fermé. Il a tort. Mais il faut qu’un courtier la demande, et il faut savoir qu’elle existe pour la demander.
Le même message annonçait que la mise à jour des conditions générales était en cours. Le 17 août, quand j’ai signé la demande d’adhésion, la notice jointe était toujours celle de décembre 2020, article 14.1 intact.
Je ne suis pas un cas isolé. Un lecteur m’a écrit qu’il avait souscrit la CFE et ce même contrat début 2025, à 71 ans, avec un questionnaire médical basique et une prise de sang. Un autre, à 75 ans, a la CFE chaînée à une complémentaire Humanis pour environ 500 euros par mois, sans jamais avoir eu de difficulté de remboursement. Il ne précise pas à quel âge il a souscrit, et c’est toute la question.
Le verdict
J’ai signé le 17 août, pour nous deux, avec les questionnaires de santé remplis complètement. La réponse du médecin conseil est arrivée le 20 août. Acceptation des deux, avec une surprime de 15 % pour moi et de 30 % pour mon épouse. Aucune exclusion.
C’est ce dernier point qui compte. Une surprime augmente le prix. Une exclusion retire une partie du corps du contrat. Nous avons été acceptés avec l’intégralité de nos antécédents couverts. J’ai demandé confirmation par écrit ; la réponse tient en une phrase : « c’est la seule condition particulière en effet actée ».
En pratique, 162 euros par mois pour moi et 182 pour mon épouse, soit 4 128 euros par an pour nous deux. La surprime ne porte que sur la cotisation santé, pas sur les options assistance et responsabilité civile : les chiffres le confirment au centime près.
Il faut mesurer l’écart avec ce qui précède. Mon épouse avait été refusée par April sans examen, et par Owello sans motif. Le même dossier, instruit par un médecin conseil, donne une acceptation à 30 % de plus. Son état de santé n’a pas bougé entre juin et août. C’est qu’un assureur a fini par regarder.
Ce qui vient ensuite
Le marché français ne dit donc pas non à cause de la santé. Il dit non à cause de l’âge, sans regarder la santé — et quand une dérogation le force à regarder, il dit oui. Le marché thaïlandais fonctionne à l’inverse, et c’est l’objet du dernier article : il accepte plus longtemps, mais il retire d’avance ce qui risque le plus d’arriver.
Sources
Notice d’information valant conditions générales du contrat GoldVisa n° 210/655482, Groupama Gan Vie, association Interproge. Devis Mondassur n° 435771 du 17 août 2026 et propositions d’acceptation du 20 août 2026. Correspondance avec les assureurs et courtiers, juin à août 2026.
Jean-Luc Kapetanovic









