
C’est une question qui revient souvent dans la bouche des retraités qui ont choisi la Thaïlande comme pays de résidence. Comment bien s’assurer ? Or à Gavroche, nous avons une formidable ressource pour répondre à ce type d’interrogations : nos lecteurs. Oui, vous êtes formidables car vous vivez sur place !
Notre ami Jean Luc Kapetanovic, de Hua Hin, a décidé de prendre la plume. Pour une série de trois articles très éclairants. Notre dorum est ouvert. Et n’oubliez pas : lire Gavroche, c’est s’informer, mais c’est aussi rejoindre un « grand » club de plus de 13 000 abonnés à cette newsletter. Suivez l’exemple de Jean Luc : racontez nous vos expériences thaïlandaises !
Volet 1: Les priorités en matière de couverture santé après 70 ans
À plus de 70 ans, trouver une assurance santé adaptée en Thaïlande relève vite du parcours d’obstacles. Entre CFE, complémentaire, assurance exigée pour le visa et dépenses courantes, que couvre-t-on réellement ? Premier volet d’une série de trois.
Par Jean-Luc Kapetanovic
Nous sommes arrivés à Hua Hin le 11 mai, mon épouse et moi, âgés de 72 et 73 ans, avec un visa retraite d’un an. La CFE souscrite, une assurance voyage qui court jusqu’en mai 2027, et une question que j’ai voulu régler tôt : de quoi faut-il réellement se couvrir ici, et à quel prix ?
Trois mois plus tard, j’ai la réponse. Elle ne ressemble pas à ce que j’imaginais.
Cet article est le premier de trois. Celui-ci pose le besoin. Le deuxième racontera le marché, ses refus et la fissure qu’on y trouve. Le troisième dira ce qui reste sans réponse.
Que paye la CFE et que laisse-t-elle à votre charge ?
La Caisse des Français de l’étranger a une qualité que rien ne remplace : elle n’écarte personne. Pas de questionnaire de santé, pas de limite d’âge, pas de sélection. À 72 ans avec des antécédents, c’est la seule porte qui ne se ferme pas. La CFE confirme qu’il est possible d’adhérer quel que soit son âge, sans questionnaire médical.
Le tarif est forfaitaire, quel que soit le revenu : 1 968 euros par an pour une personne seule, 3 576 euros pour un couple, en RetraitExpat Santé. En dessous de 24 030 euros de ressources annuelles, une catégorie aidée ramène la cotisation à 912 euros par an, sur demande auprès du consulat. Ces montants correspondent bien au barème CFE d’avril 2026 : respectivement 492, 894 et 228 euros par trimestre.
Reste ce qu’elle rembourse. En zone 3, celle de la Thaïlande, le barème 2026 prévoit 42 % du coût réel pour une hospitalisation en médecine ou en chirurgie, 40 % pour une chimiothérapie et 52 % pour une radiothérapie. Une consultation de généraliste ou de spécialiste est remboursée à hauteur de 21 euros, soit 70 % d’un forfait de 30 euros. Les actes techniques — radiographie, scanner, IRM — sont pris en charge à 30 %. Les actes dentaires le sont à 10 %.
Un point mérite d’être connu : la cataracte est couverte à 100 % dans la limite de 1 500 euros par œil, prothèse du cristallin comprise. À notre âge, ce n’est pas rien.
Le reste dit ce qu’il dit. Sur une facture d’hôpital privé thaïlandais, la CFE est un socle, pas une couverture intégrale.

Que rajoute réellement une complémentaire ?
D’où le second étage. Les devis annoncent en haut de page, en gras : hospitalisation à 100 %, paiement direct, plafond de 100 000 euros par an et par personne.
C’est exact, et ce n’est pourtant pas ce qui limite. Ce qui limite, ce sont les plafonds par poste, qui figurent dans la notice et non sur le devis.
Sur le contrat que j’ai étudié — GoldVisa Safe CFE, assuré par Groupama Gan Vie —, ils sont de 6 000 euros d’honoraires et d’actes chirurgicaux par hospitalisation, 140 euros par jour de chambre en soins normaux, 280 euros en soins intensifs, 1 400 euros d’imagerie, de laboratoire et de médicaments par séjour, et 170 euros par acte en ambulatoire. Les soins courants sont plafonnés à 2 000 euros par an, remboursés à 90 %. Le dentaire et l’optique ne sont pas garantis.
Une phrase de la notice change la lecture de ce tableau : les frais réels s’entendent « sous déduction du remboursement du régime social de base ». La CFE paye d’abord, la complémentaire comble ce qui reste, dans ces limites-là.
Un exemple. Une chirurgie avec cinq jours d’hospitalisation dans un hôpital privé peut facilement être facturée 20 000 euros. À 42 %, la CFE en prendrait environ 8 400, sous réserve que les soins concernés relèvent bien de ce taux. La complémentaire comblerait ensuite le reste, poste par poste, sans dépasser ses plafonds. Quelques milliers d’euros pourraient donc rester à payer. Avec la CFE seule, le reste à charge théorique serait de 11 600 euros.
C’est une vraie amélioration. Ce n’est pas une couverture intégrale, et le plafond de 100 000 euros affiché en gras n’y change rien.
Deux pièges s’y ajoutent, absents des plaquettes. Toute hospitalisation de plus de 24 heures et tout acte supérieur à 1 000 euros demandent un accord préalable ; sans lui, selon la notice étudiée, la prise en charge tombe à 70 % pour l’hospitalisation et à 50 % pour le reste, même si l’acte était justifié et couvert.
Et le rapatriement sanitaire ne fait pas partie du contrat santé : il relève d’un contrat d’assistance séparé, vendu en option. J’y reviendrai dans le troisième article.
L’assurance du visa assure-t-elle vraiment ?
Pour un visa retraite O-A, les autorités thaïlandaises exigent une assurance. Pour une première demande, le site de la Thai General Insurance Association indique actuellement un minimum de 100 000 dollars, soit 3 millions de bahts, incluant le traitement du Covid-19.
Un courtier de Hua Hin m’a proposé en juin un contrat calibré exactement là-dessus. Trois millions de bahts affichés, autour de 545 euros par an pour deux. Il le décrivait lui-même comme la solution la moins chère pour obtenir le visa, avec une couverture très faible. Dans le détail : 200 000 bahts par maladie, après une franchise de 200 000 bahts.
Entre le minimum affiché pour le visa et ce que ce contrat paierait effectivement dans ces conditions, le rapport est de quinze à un. On coche la case, on obtient le visa, mais on est très loin d’une couverture de 3 millions de bahts effectivement mobilisable pour chaque sinistre.
Une curiosité en passant : le visa O-X, qui permet des séjours de cinq ans et peut porter la durée totale à dix ans, exige une assurance couvrant au minimum 400 000 bahts par an en hospitalisation et 40 000 bahts en soins ambulatoires. Les deux exigences figurent sur le même site.
Et les soins courants, combien coûtent-ils vraiment ?
On les paye directement, sans y penser. Depuis notre arrivée, nous sommes allés sept fois à l’hôpital. On vieillit vraiment, ou alors ça s’est accéléré ici. À chaque fois, nous avons réglé sur place, sans avoir à déclencher une prise en charge.
Deux factures récentes, pour donner un ordre de grandeur. Le 19 août, chiropracteur pour des douleurs au dos — trop d’ordinateur en position assise : manipulation puis massage thaï, 2 700 bahts, soit autour de 71 euros. Le 24 août, chez Boots à Hua Hin, un anti-inflammatoire et un protecteur gastrique : ibuprofène 400 mg, dix capsules, 110 bahts ; Nexium 20 mg, quatorze comprimés, 680 bahts. Soit 790 bahts, environ 21 euros.
Deux factures en cinq jours, une chaîne de pharmacies et un cabinet : cela ne prouve rien sur les prix thaïlandais en général. Mais 92 euros de soins courants en cinq jours, ce n’est pas ce que veut dire « la santé ne coûte rien ici ».
Ici, dans cet exemple, on achète le princeps, plein tarif, sans ordonnance et sans tiers payant.
La CFE rembourse la pharmacie à 45 % en Thaïlande, hors situation ouvrant droit au taux majoré. Sauf qu’il faut monter un dossier depuis la Thaïlande pour récupérer une somme parfois modeste, avec les justificatifs nécessaires. Dans notre cas, pour des médicaments achetés en vente libre sans ordonnance, la démarche perd vite son intérêt. Le taux inscrit au barème ne dit donc pas toujours ce que l’assuré récupère effectivement.
Que reste-t-il à résoudre ?
Le besoin est donc clair : un socle qui n’écarte personne, un second étage dont les plafonds réels peuvent être bien inférieurs au plafond global affiché, une exigence de visa qu’il est possible de satisfaire avec une protection effective limitée, et des soins courants qui peuvent rapidement représenter plusieurs dizaines d’euros.
Reste à trouver qui accepte de vendre ce second étage à 72 ans.
C’est l’objet du prochain article.
Sources : barème des cotisations individuelles et tableau des garanties 2026 de la Caisse des Français de l’étranger ; notice d’information valant conditions générales du contrat GoldVisa n° 210/655482, Groupama Gan Vie, association Interproge ; site de la Thai General Insurance Association, pages Guidelines Non-Immigrant Visa (O-A) et (O-X), consultées le 24 août 2026 ; factures personnelles des 19 et 24 août 2026. Les montants en bahts sont convertis sur la base de 38 bahts pour un euro.
Point de vigilance après vérification : les données officielles CFE et les exigences O-A/O-X sont confirmées. En revanche, je n’ai pas pu confirmer sur une source publique l’intégralité des plafonds et pénalités du contrat GoldVisa Safe CFE cités dans le manuscrit : la documentation publique retrouvée confirme l’existence de la formule, mais pas tous ces chiffres. Ils doivent donc rester attribués à la notice contractuelle détenue par l’auteur, plutôt que présentés comme des données que j’aurais indépendamment validées
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