
Quel rapport entre un maître verrier français du début du XXe siècle, un artiste japonais contemporain et une coupe de champagne ? Gavroche a découvert la réponse lundi 2 novembre, lors d’une dégustation organisée au Central Chidlom de Bangkok.
Il fallait regarder les bouteilles autant que les verres. Lundi 2 novembre, à Central Chidlom, une dégustation de champagnes Perrier-Jouët a donné lieu à un détour inattendu par l’histoire de l’art. Au centre de cette rencontre, une fleur : l’anémone blanche du Japon.
La maison champenoise, fondée en 1811 à Épernay et aujourd’hui propriété du groupe français Pernod Ricard, doit une partie de son identité visuelle à Émile Gallé (1846-1904), l’une des grandes figures de l’Art nouveau.
Une fleur dessinée il y a 124 ans
En 1902, Émile Gallé imagine pour Perrier-Jouët un décor d’anémones japonaises, dont les pétales blancs et les contours dorés ornent aujourd’hui les bouteilles de la cuvée Belle Époque.
Curieusement, ce dessin restera longtemps oublié. Redécouvert dans les caves de la maison en 1964, il deviendra ensuite l’un des motifs les plus reconnaissables du champagne français.
Cette histoire était au cœur de la présentation de Mike, collaborateur de Central Chidlom et passionné de vin. Sans se limiter aux caractéristiques des cuvées, il a su replacer la dégustation dans son contexte historique et artistique. Un exposé bien construit, accessible même aux non-spécialistes.
Trois champagnes et quelques surprises
Trois cuvées étaient proposées : le Grand Brut, le Blanc de Blancs et la Belle Époque Florale Edition Rosé 2015.
Notre préférence est allée au Blanc de Blancs, élaboré exclusivement à partir de chardonnay. Sa fraîcheur et sa finesse nous ont davantage convaincus que les deux autres champagnes. Une appréciation personnelle, naturellement, qui rappelle que le prestige d’une étiquette ne détermine pas nécessairement le plaisir de la dégustation.
Le restaurant Water Library, installé au Central Embassy voisin, avait préparé plusieurs accompagnements, dont une Saint-Jacques au caviar et des préparations associant produits de la mer et influences asiatiques.
L’ensemble permettait d’explorer les accords entre les différents champagnes et des saveurs parfois éloignées des associations traditionnelles françaises.
D’Émile Gallé à Yuta Okuda
Le hasard du calendrier ajoutait une dimension intéressante à cette rencontre. Central Chidlom célébrait son 79e anniversaire avec « Where Wonders Bloom », un festival floral organisé du 29 octobre au 2 novembre. Parmi les artistes présentés figurait le Japonais Yuta Okuda, né en 1987, dont les créations explorent elles aussi les formes et les couleurs du monde végétal.
Une installation occupait notamment le passage reliant Central Chidlom à Central Embassy. D’autres œuvres étaient exposées dans la Personal Shopping Suite, où se déroulait précisément la dégustation.
Le rapprochement avec Émile Gallé s’imposait presque naturellement. À plus d’un siècle de distance, les deux artistes puisent dans les fleurs une source d’inspiration, avec des techniques et des sensibilités très différentes.
Il ne s’agissait pas d’une collaboration entre Perrier-Jouët et Yuta Okuda. C’est Central Chidlom qui réunissait ces univers à travers sa programmation artistique et ses événements destinés à sa clientèle.
Une initiative qui illustre aussi la manière dont les grands magasins de Bangkok cherchent à dépasser leur seule fonction commerciale, en proposant des expériences mêlant culture, gastronomie et découverte.
Au terme de cette rencontre, nous retiendrons surtout une histoire : celle d’un dessin réalisé à Nancy en 1902, devenu plus d’un siècle plus tard l’un des symboles d’une maison de champagne française. Et, pour le plaisir du palais, un Blanc de Blancs qui méritait le détour.
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