
Diplomatie, rapatriements depuis la Malaisie, rapprochement économique avec la Russie et combats dans l’État Rakhine : Gavroche revient sur quelques faits marquants d’une semaine birmane toujours dominée par la guerre et les tensions politiques.
Politique et diplomatie
À l’ONU, la situation birmane de nouveau sous pression
La Troisième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies a consacré une séance à la Birmanie le 27 octobre. L’envoyée spéciale Julie Bishop, le chef du Mécanisme d’enquête indépendant pour la Birmanie Nicholas Koumjian et la rapporteure spéciale Kelley Eckels-Currie y ont dressé un tableau très sombre de la situation des droits humains. Nicholas Koumjian a notamment indiqué que son équipe poursuivait ses investigations sur de possibles crimes de guerre et crimes contre l’humanité, notamment lors de frappes contre des civils, des lieux de culte, des hôpitaux ou des camps de déplacés. Kelley Eckels-Currie a, de son côté, mis en cause le soutien militaire et économique apporté au pouvoir birman par certains de ses partenaires, notamment la Chine et la Russie. Pékin a rejeté ces accusations et dénoncé des informations qu’il juge non vérifiées.
L’émissaire de l’ASEAN repart sans voir Aung San Suu Kyi
La ministre philippine des Affaires étrangères Theresa Lazaro, également envoyée spéciale de la présidence de l’ASEAN pour la Birmanie, s’est rendue dans le pays du 28 au 30 octobre. Sa mission était principalement consacrée à l’aide humanitaire. Elle a notamment suivi des distributions dans le sud de l’État Shan avant de rencontrer à Naypyidaw le ministre birman des Affaires étrangères Tin Maung Swe. Aucune rencontre avec Aung San Suu Kyi, détenue depuis le coup d’État de 2021, n’a été annoncée. Les discussions ont aussi porté sur les relations entre la Birmanie et l’ASEAN, alors que le pouvoir militaire cherche depuis plusieurs mois à normaliser ses rapports avec l’organisation régionale.
Les rapatriés de Malaisie au cœur d’un malaise diplomatique
Le sort des Birmans renvoyés de Malaisie a suscité des interrogations à Kuala Lumpur. Le ministre malaisien des Affaires étrangères Mohamad Hasan a demandé à son ambassade à Yangon de vérifier les informations faisant état de plusieurs centaines de personnes maintenues sous contrôle militaire après leur retour. Le 29 septembre, 1 476 ressortissants birmans avaient quitté la Malaisie à bord de trois navires militaires birmans dans le cadre d’un programme présenté comme volontaire par Kuala Lumpur. Selon Democratic Voice of Burma, plus de 400 membres de l’ethnie rakhine avaient été retenus pour interrogatoire à leur arrivée. Les autorités malaisiennes évoquaient pour leur part environ 300 personnes encore concernées. À partir du 28 octobre, plusieurs de ces rapatriés ont commencé à être autorisés à rejoindre leurs familles, selon des associations locales et des médias birmans. L’agence malaisienne Bernama a ensuite confirmé le début de ces libérations.
En Thaïlande, les papiers birmans suscitent la méfiance
Une campagne menée sur les réseaux sociaux appelle les travailleurs birmans en Thaïlande à éviter les nouveaux centres délivrant des Certificates of Identity, documents utilisés dans les procédures de régularisation. Democratic Voice of Burma rapporte une forte diminution de la fréquentation de ces centres. Cette évolution reste difficile à mesurer indépendamment. Le mécontentement porte notamment sur les règles imposées par Naypyidaw aux travailleurs expatriés : preuve du transfert d’une partie de leurs revenus par les circuits officiels et paiement d’un impôt de 2 %. Le gouvernement birman confirme lui-même l’existence de ces obligations pour certaines démarches administratives.
Londres critiqué pour l’absence de nouvelles sanctions
Burma Campaign UK reproche au gouvernement britannique de n’avoir adopté aucune nouvelle sanction liée à la Birmanie depuis le 29 octobre 2024, date de la dernière vague visant notamment des entreprises soupçonnées de fournir du carburant d’aviation et des équipements à l’armée. L’organisation juge cette absence de nouvelles mesures préoccupante alors que les frappes aériennes se sont intensifiées. Londres maintient toutefois son régime de sanctions existant : la critique porte donc sur l’absence de nouvelles désignations depuis deux ans, et non sur un abandon formel de sa politique.
Économie
Myitsone refait surface
Le projet très controversé du barrage de Myitsone, dans l’État Kachin, revient dans le débat. Selon The Irrawaddy, les médias contrôlés par le pouvoir diffusent depuis le 20 octobre des dessins et messages vantant les bénéfices économiques et énergétiques d’une éventuelle relance du projet, suspendu depuis 2011. Construit avec un important soutien chinois, Myitsone demeure un dossier particulièrement sensible en Birmanie, où les conséquences environnementales du barrage et la destination de l’électricité produite avaient nourri une forte opposition locale.
Un grand patron minier russe reçu à Naypyidaw
Min Aung Hlaing a reçu le 28 octobre Vladislav Sviblov, dirigeant du groupe minier russe Areal. La rencontre est confirmée par les médias officiels birmans, qui indiquent que les discussions ont porté sur l’exploration et l’exploitation minières ainsi que sur une coopération économique plus large entre la Russie et la Birmanie. Le même jour, la Commission birmane des investissements a approuvé 16 nouveaux projets, pour un montant annoncé de 20,8 millions de dollars et 564 milliards de kyats. Parmi les secteurs concernés figurent l’industrie, l’agriculture, l’énergie solaire et l’exploitation aurifère à grande échelle.
L’oléoduc vers la Chine franchit un cap
L’oléoduc reliant la côte birmane au sud-ouest de la Chine a franchi le seuil symbolique des 100 millions de tonnes de pétrole brut transportées depuis sa mise en service en 2017, selon des données chinoises publiées fin octobre. Le pétrole arrive par bateau à Maday Island, près de Kyaukphyu, avant d’être acheminé vers le Yunnan. Cette route permet à Pékin de diversifier ses approvisionnements énergétiques et de contourner en partie le détroit de Malacca. Le montant exact des revenus tirés par la Birmanie de ces infrastructures reste difficile à établir, faute de transparence complète sur les contrats et les paiements.
Société et conflit
Une mosquée saisie dans le nord de l’État Shan
Un tribunal birman a ordonné la confiscation de la principale mosquée de Nawnghkio, dans le nord de l’État Shan, selon Myanmar Now et plusieurs médias locaux. Deux responsables de la mosquée ont été condamnés à 11 ans de prison en vertu de la législation antiterroriste. Les autorités les accusent d’avoir soutenu la Ta’ang National Liberation Army lorsque celle-ci contrôlait la ville. Des habitants et responsables musulmans contestent ces accusations et affirment que la mosquée apportait essentiellement une aide aux civils déplacés. Un recours contre la confiscation du bâtiment serait en préparation.
L’Armée d’Arakan revendique des coups portés à la marine
Les combats se poursuivent autour de Sittwe, capitale de l’État Rakhine. Des médias locaux citant l’Armée d’Arakan et des sources militaires rapportent qu’une attaque menée le 26 octobre contre trois bâtiments de la marine birmane près de l’embouchure du Kaladan aurait coulé deux navires et gravement endommagé un troisième. Ce bilan n’a pas été confirmé de manière indépendante, et les autorités militaires n’ont pas publié de version détaillée de l’incident.
Des associations rakhines réclament une zone d’exclusion aérienne
Soixante-dix organisations de la société civile de l’État Rakhine ont appelé, le 30 octobre, les Nations unies et les pays de la région à agir face à l’intensification des frappes aériennes. Elles demandent notamment une zone d’exclusion aérienne, des restrictions supplémentaires sur le carburant d’aviation et l’ouverture de corridors humanitaires. Cette initiative intervient après plusieurs bombardements meurtriers signalés ces dernières semaines dans l’État Rakhine. Les organisations locales et l’Armée d’Arakan publient des bilans élevés de victimes civiles, mais ces chiffres restent difficiles à vérifier indépendamment en raison de l’accès très limité aux zones de combat.
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