
Croissance proche de 10 %, PIB par habitant bientôt supérieur à celui de l’Indonésie : le Vietnam enchaîne les records. Mais son niveau de vie reste loin de celui de la Thaïlande, et le gouvernement doit maintenant baisser les prix de l’énergie pour protéger le pouvoir d’achat.
Le Vietnam accumule les bons chiffres. Sa croissance a atteint 9,95 % au troisième trimestre, et 9,01 % sur les neuf premiers mois de l’année, selon l’office statistique national. Hanoï vise désormais une croissance à deux chiffres pour 2026. Le Fonds monétaire international (FMI), plus prudent, table sur 8,4 %, contre 2,1 % pour la Thaïlande.
Fin octobre, le FMI a ajouté une nouvelle étape : le PIB par habitant du Vietnam devrait atteindre 5 259 dollars en 2026, devant celui de l’Indonésie (5 153 dollars).
Une économie plus grande, mais un PIB par habitant plus faible
Ce record s’ajoute à un autre, souvent mal compris. Selon les estimations publiées au printemps, le Vietnam aurait dépassé la Thaïlande en 2025 par la taille totale de son économie, une fois corrigées les différences de prix entre les deux pays. C’est ce que les économistes appellent la parité de pouvoir d’achat (PPA). Le Vietnam atteindrait 1 885 milliards de dollars internationaux, contre 1 881 milliards pour la Thaïlande. Le pays compte toutefois plus de 100 millions d’habitants, soit environ 30 millions de plus que son voisin.
Rapporté à chaque habitant, l’écart reste net. Selon les projections du FMI pour 2026, le PIB par habitant atteint environ 8 400 dollars en Thaïlande, contre 5 300 au Vietnam. En parité de pouvoir d’achat, il s’élève à près de 27 700 dollars en Thaïlande, contre environ 20 000 au Vietnam. Autrement dit, malgré son avance économique récente, le Vietnam conserve un PIB par habitant nettement inférieur à celui de la Thaïlande.
En dollars courants, la Thaïlande garde aussi l’avantage pour la taille de son économie. Le dépassement, s’il se confirme, n’est pas attendu avant la fin de la décennie.
La croissance ne protège pas du coût de la vie
La forte croissance vietnamienne a un revers. Sur les dix premiers mois de l’année, les prix à la consommation ont augmenté de 4,57 % en moyenne, légèrement au-dessus de l’objectif de 4,5 % fixé pour l’ensemble de 2026. La hausse des prix mondiaux des carburants en est l’une des principales causes.
Le gouvernement a réagi le même week-end. Le 1er novembre, l’opérateur public Electricity of Vietnam (EVN) a baissé de 2 % le prix moyen de l’électricité. C’est la première baisse en près de vingt ans, hors mesures temporaires prises pendant le Covid, après une hausse cumulée de 18,2 % entre 2023 et 2025. Le même jour, la taxe spéciale à la consommation sur l’essence est tombée à zéro jusqu’au 31 mars 2027. Elle était de 10 % pour l’essence classique, 8 % pour l’E5 et 7 % pour l’E10.
Selon le vice-ministre des Finances, Nguyễn Đức Chi, ces deux mesures pourraient réduire l’inflation moyenne de 2026 d’environ 0,08 point de pourcentage. C’est un coup de pouce limité, mais bienvenu alors que la hausse des prix dépasse légèrement l’objectif gouvernemental.
Une leçon pour Bangkok
La comparaison reste cruelle pour la Thaïlande, dont la croissance plafonne autour de 2 %, même si ses perspectives se sont légèrement améliorées ces dernières semaines. Le royaume conserve une avance confortable en niveau de vie, mais les écarts de croissance tendent à réduire cette avance. Le Vietnam montre aussi qu’une croissance rapide ne suffit pas : encore faut-il que les ménages en ressentent les effets.
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