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ASIE – GÉOPOLITIQUE : La fragile détente entre Washington et Pékin

Date de publication : 29/05/2026
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La relation entre Washington et Pékin traverse une phase d’accalmie, sans pour autant sortir de sa logique de confrontation stratégique. Selon l’économiste Derek Scissors, spécialiste de la Chine à l’American Enterprise Institute, le récent sommet entre Donald Trump et Xi Jinping a permis de stabiliser temporairement les échanges entre les deux puissances, sans régler les principaux sujets de discorde.

 

Lors d’un échange organisé par BofA, Derek Scissors a estimé que les résultats immédiats de la rencontre étaient conformes aux attentes : quelques avancées sur les produits agricoles, des commandes Boeing et surtout la volonté affichée de maintenir un canal de dialogue au plus haut niveau.

 

L’invitation adressée par Donald Trump à Xi Jinping pour une visite à Washington en septembre 2026 pourrait ainsi offrir plusieurs mois de stabilité relative aux relations sino-américaines. Mais cette perspective reste fragile et pourrait être remise en cause par les pressions politiques intérieures aux États-Unis.

 

Une détente sans concessions majeures

 

Derek Scissors souligne que les dossiers les plus sensibles restent inchangés. La Chine n’a pas modifié sa position sur les terres rares ni sur Taïwan. Les États-Unis, de leur côté, n’ont pas assoupli leurs restrictions sur les exportations de puces électroniques ni levé leurs principales sanctions.

 

En clair, aucun des deux pays n’a renoncé à ses principaux moyens de pression. Pékin conserve l’arme des terres rares, tandis que Washington maintient celle des semi-conducteurs, des sanctions et de l’accès aux marchés.

 

Cette situation ouvre la voie à une détente réelle mais précaire. Elle repose largement sur la volonté personnelle de Donald Trump de préserver une relation directe avec Xi Jinping, davantage que sur un accord structurel entre les deux pays.

 

Une accalmie dépendante de la politique américaine

 

Pour Derek Scissors, les relations entre les États-Unis et la Chine pourraient rester relativement stables jusqu’à l’automne. Washington ne devrait pas, à court terme, isoler Pékin avec des droits de douane nettement supérieurs à ceux imposés aux autres partenaires commerciaux. Mais cette stabilité dépendra en grande partie de l’évolution politique américaine.

 

Un mauvais résultat républicain aux élections de mi-mandat pourrait pousser l’administration Trump à adopter une ligne plus dure envers la Chine. De même, tout changement concernant les ventes d’armes américaines à Taïwan ou la révision de la section 301 sur les droits de douane pourrait rapidement raviver les tensions.

 

Pas de découplage total, mais une pression organisée

 

Derek Scissors ne croit pas à un découplage complet entre les deux économies. Selon lui, l’objectif de l’administration Trump reste avant tout de réduire les déficits commerciaux américains. La logique dominante serait donc celle d’un commerce encadré, avec des droits de douane, des restrictions ciblées et un découplage partiel dans les secteurs jugés stratégiques.

 

Cette approche dépasse désormais le seul camp républicain. À Washington, les tarifs douaniers et la réduction de certaines dépendances industrielles à l’égard de la Chine sont devenus des instruments largement acceptés, y compris dans l’hypothèse d’une administration plus modérée.

 

Les tensions devraient désormais porter sur la définition des secteurs stratégiques et sur la manière d’appliquer les règles.

 

Même si la Cour suprême a limité l’usage de certains pouvoirs d’urgence pour imposer des tarifs, l’administration américaine conserve d’autres instruments juridiques pour maintenir la pression commerciale, notamment les sections 122, 301 et 232. Les droits de douane ne devraient donc pas disparaître. Ils pourraient simplement devenir plus ciblés, plus complexes et plus difficiles à gérer pour les entreprises.

 

Les alliés américains avancent prudemment

 

L’analyse de Derek Scissors souligne aussi les limites du repositionnement économique américain en Asie. L’Inde ne constitue pas encore un véritable substitut à la Chine pour les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les relations entre Washington et Tokyo restent stables, tandis que l’Europe continue d’avancer plus lentement sur sa stratégie face à Pékin.

 

Pour les marchés d’Asie-Pacifique, le message est donc nuancé. Le sommet Trump-Xi réduit temporairement le risque d’escalade, mais ne règle aucun des grands contentieux entre les deux premières puissances mondiales.

 

Pour Derek Scissors, la rencontre entre les deux dirigeants a surtout permis d’écarter, pour quelques mois, le risque d’une nouvelle crise ouverte. Mais ni les différends commerciaux, ni les rivalités technologiques, ni les questions stratégiques liées à Taïwan n’ont été résolus.

 

Washington et Pékin ont trouvé les conditions d’une coexistence temporairement plus apaisée. Une détente réelle, mais dont la solidité dépend autant de l’évolution de la politique américaine que de la volonté des deux capitales de maintenir le dialogue.

 

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