
L’excellente revue et plate forme « Le Grand Continent » vient de publier une longue analyse sur la « Thalassocratie chinoise ». Nous en reproduisons un extrait et vous recommandons sa lecture sur leur site ici.
Entendue au sens large, l’Asie maritime s’étend, du nord au sud, de la mer du Japon au détroit de Malacca, en passant par le détroit de Taïwan et la mer de Chine méridionale. Historiquement, elle s’est caractérisée par une densité exceptionnelle de routes commerciales, une imbrication du littoral et de son hinterland fluvial, une pluralité de formes politiques, et des régimes juridiques se recouvrant partiellement. À cet égard, elle partage plusieurs traits structurants communs avec la Méditerranée braudélienne : une proximité navigable entre microrégions, l’existence de ports médiateurs entre mondes culturels différents, la coexistence de souverainetés concurrentes, et l’importance centrale des échanges maritimes dans l’organisation économique.
Pour comprendre les tensions actuelles en mer de Chine méridionale, les redéfinitions de la place de Taïwan, la rivalité entre Shanghai, Hong Kong et Singapour, ou encore le durcissement des rapports entre la Chine et le Japon, il faut nous extraire de la géopolitique la plus immédiate et revenir à l’histoire longue. En effet, l’ensemble de ces relations régionales, plus ou moins conflictuelles, s’explique par les différentes fonctions dévolues à la mer depuis des siècles : elle est à la fois une ressource, un axe de circulation, un espace de souveraineté disputé et un milieu d’interdépendance. Ce cadre permet de mieux comprendre le présent.
La mer intégrée à la terre : la continuité terre-mer en Asie maritime
Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, l’idée s’est imposée en Asie d’un continuum reliant les espaces terrestres et maritimes : on ne peut penser les bassins fluviaux sans les zones de production continentales, elles-mêmes dépendant des circuits maritimes. Ces espaces sont étroitement imbriqués. C’est l’historien japonais Hamashita Takeshi qui, en déplaçant le cadre d’analyse qui consistait à examiner l’Asie orientale à travers le prisme d’un modèle purement étatique, a mis au jour une configuration en réseaux, qu’il s’agisse de ceux qui déterminent le commerce tributaire, la circulation des flux d’argent métal, ou le fonctionnement des douanes maritimes, dotées d’une relative autonomie 4.
Il y a bien une continuité structurelle qui unit espaces maritimes et terrestres. L’espace maritime n’est pas l’extérieur du territoire, mais son prolongement fonctionnel : les mers d’Asie sont profondément enchâssées dans des systèmes continentaux. Les grands bassins fluviaux, au premier rang desquels celui du Yangzi, reliaient directement les zones de production intérieure aux circuits maritimes. La proto-industrie et l’artisanat du Jiangnan (la région de Shanghai) étaient connectés aux ports côtiers et au domaine ultramarin par un dense réseau de canaux et d’affluents. Soie, thé, porcelaine, sucre, bois, métaux, riz étaient drainés vers les ports de la côte sud-est, tandis que l’argent métal japonais, puis celui des mines péruviennes et mexicaines, était acheminé vers la Chine via Acapulco et Manille (…)
La suite sur le site du Grand Continent.
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