
La décision de la Cour d’appel de Phnom Penh de confirmer la condamnation du leader de l’opposition Kem Sokha a suscité une vague de réactions critiques de la part de la communauté internationale, des partis politiques et des organisations de la société civile.
Le 30 avril 2026, la juridiction a validé le jugement rendu en première instance, condamnant l’ancien président du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP) à 27 ans de prison pour « collusion avec une puissance étrangère ». Elle a également alourdi la sanction en lui interdisant de quitter le territoire pendant cinq années supplémentaires.
Une condamnation largement critiquée
Plusieurs ambassades étrangères, dont celles de l’Union européenne, de la France, de l’Allemagne, de l’Australie, du Royaume-Uni et du Canada, ont exprimé leur « profonde déception » face à cette décision.
L’ambassadeur d’Australie, Derek Yip, a dénoncé une utilisation préoccupante du système judiciaire pour restreindre l’opposition politique. Canberra appelle Phnom Penh à élargir l’espace civique et à garantir des conditions propices à des élections libres et compétitives.
De son côté, l’Allemagne a insisté sur la nécessité d’une justice indépendante et respectueuse des libertés fondamentales, soulignant que ces principes sont essentiels pour la crédibilité internationale du pays, l’investissement et le développement institutionnel.
Le Royaume-Uni a, quant à lui, demandé la libération de Kem Sokha et la restauration de ses droits politiques, estimant qu’une telle mesure contribuerait à renforcer la démocratie cambodgienne.
Le Canada a également rappelé l’importance du rôle des partis d’opposition, de la société civile et des médias libres dans toute démocratie, appelant au respect de ces principes fondamentaux.
Enfin, l’Union européenne a réaffirmé que le pluralisme politique constitue une condition essentielle à l’ouverture de l’espace démocratique et au respect des engagements internationaux du Cambodge.
Inquiétudes des ONG et de l’opposition
Les organisations de défense des droits humains ont elles aussi vivement réagi. Human Rights Watch a appelé à l’abandon immédiat des charges contre Kem Sokha et à sa libération sans condition.
Sa représentante pour l’Asie, Bryony Lau, a averti que les prochaines élections locales en 2027 et nationales en 2028 risquent de manquer de crédibilité si les autorités continuent d’utiliser le système judiciaire contre leurs opposants politiques.
Le Centre cambodgien pour les droits de l’homme (CCHR) a également exprimé ses regrets face à cette décision et a exhorté les autorités à garantir pleinement les droits civiques et politiques, conformément à la Constitution et aux engagements internationaux du pays.
Du côté politique, les partis d’opposition, dont le Candlelight Party et le Khmer Will Party, ont dénoncé une décision qui compromet, selon eux, toute perspective de réconciliation nationale.
Une affaire emblématique
Kem Sokha avait été condamné en mars 2023 à 27 ans de prison. Bien que placé en résidence surveillée, il a été privé de ses droits civiques et politiques à vie.
Son avocat a indiqué que son client avait exprimé sa déception devant les diplomates présents lors de l’audience. Une décision sur un éventuel recours devant la Cour suprême doit être prise dans un délai d’un mois.
Un enjeu politique majeur
Cette affaire s’inscrit dans un contexte politique tendu, marqué par l’affaiblissement de l’opposition et les critiques récurrentes sur l’état de la démocratie au Cambodge.
La décision de la Cour d’appel renforce les inquiétudes sur l’espace politique dans le pays et pourrait peser sur la perception internationale du Cambodge à l’approche des prochaines échéances électorales.
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