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CAMBODGE – VIETNAM : Pourquoi les monuments de l’amitié continuent de diviser

Date de publication : 17/06/2026
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Près d’un demi-siècle après la chute des Khmers rouges, la mémoire de l’intervention vietnamienne continue de susciter des débats au Cambodge. L’inauguration d’un nouveau monument de l’amitié Vietnam-Cambodge dans la province de Pursat ravive une question sensible : comment commémorer un événement historique considéré à la fois comme une libération et comme le début d’une période de forte influence vietnamienne ?

 

Le 11 juin, les autorités cambodgiennes et vietnamiennes ont inauguré un nouveau monument de l’amitié dans la province de Pursat. La cérémonie s’inscrit dans un vaste programme mémoriel qui prévoit l’installation de vingt-quatre monuments similaires à travers le royaume.

 

Pour le gouvernement cambodgien et les autorités vietnamiennes, ces édifices célèbrent l’alliance entre les deux pays et rappellent le rôle joué par l’armée vietnamienne dans la chute du régime des Khmers rouges en janvier 1979. Mais cette lecture de l’histoire ne fait pas l’unanimité.

 

Libérateurs pour les uns, symbole d’influence pour les autres

 

Pour les dirigeants du Parti du peuple cambodgien (PPC), au pouvoir depuis plusieurs décennies, l’intervention vietnamienne a permis de mettre fin à l’un des régimes les plus meurtriers du XXe siècle. Lors de l’inauguration de Pursat, la vice-présidente du PPC, Men Sam An, a ainsi exprimé sa gratitude envers le peuple vietnamien pour son rôle dans le renversement du régime de Pol Pot.

 

Cependant, une partie de l’opposition, des intellectuels et des nationalistes cambodgiens porte un regard plus nuancé sur cette histoire. S’ils reconnaissent généralement le rôle joué par Hanoï dans la chute des Khmers rouges, beaucoup rappellent également que le Vietnam a maintenu une présence militaire et politique au Cambodge pendant près d’une décennie après 1979. Pour eux, les monuments de l’amitié ne symbolisent pas seulement la libération du pays, mais aussi une période de dépendance et d’influence vietnamienne.

 

Une mémoire toujours politique

 

Le débat dépasse largement la seule question des monuments. Depuis plusieurs décennies, les relations avec le Vietnam constituent l’un des sujets les plus sensibles de la vie politique cambodgienne. Les accusations de proximité excessive avec Hanoï reviennent régulièrement dans le débat public, notamment lors des campagnes électorales.

 

Certains observateurs reprochent au pouvoir de mettre davantage en avant les symboles de l’amitié khméro-vietnamienne que certaines figures historiques nationales. Cette critique s’inscrit dans un courant plus large de réflexion sur l’identité cambodgienne, la souveraineté nationale et la place du Vietnam dans l’histoire contemporaine du royaume.

 

Un contexte régional plus sensible

 

Cette controverse intervient alors que les questions de souveraineté et de frontières occupent de nouveau le devant de la scène en Asie du Sud-Est. Les tensions récentes entre la Thaïlande et le Cambodge ont ravivé les sensibilités nationalistes dans la région. Dans ce contexte, les questions mémorielles prennent souvent une dimension géopolitique qui dépasse le simple cadre historique.

 

Pour de nombreux Cambodgiens, les relations avec le Vietnam restent intimement liées aux débats sur l’indépendance nationale et sur la capacité du royaume à préserver son autonomie face à ses puissants voisins.

 

Un programme appelé à se poursuivre

 

Le monument inauguré à Pursat est le dix-neuvième d’un programme qui doit en compter vingt-quatre. Cinq provinces cambodgiennes ne disposent pas encore de ce type d’édifice : Oddar Meanchey, Prey Veng, Siem Reap, Pailin et Tboung Khmum. Chaque nouvelle inauguration suscite ainsi son lot de réactions et de débats.

 

Car derrière ces monuments se joue une question essentielle pour le Cambodge contemporain : comment raconter l’histoire de 1979 ? Comme celle d’une libération ayant mis fin à la tragédie des Khmers rouges, ou comme celle d’un épisode qui a également ouvert une nouvelle phase d’influence vietnamienne sur le pays ?

 

Quarante-sept ans après la chute de Pol Pot, cette interrogation demeure profondément politique. Elle continue de façonner la mémoire collective du royaume et d’alimenter les débats sur son identité nationale.

 

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