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Francophonie, une histoire (2/3) : l’OIF, un instrument diplomatique

Journaliste : Nathalie Wermelinger-Laager Date de publication : 07/11/2026
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Boutros Boutros-Ghali

Avant le sommet de Phnom Penh, une série de Nathalie Wermelinger-Laager

Le second sommet francophone de 1987, à Québec, au Canada, a marqué une étape décisive. Si le sommet fondateur de Versailles en 1986 avait lancé l’idée (lire l’épisode 1), l’édition de Québec en 1987 en a ancré la structure à travers des changements politiques, institutionnels et économiques majeurs.

Sur le plan intérieur, le sommet de Québec consacre le compromis trouvé en 1985 par le Premier ministre canadien Brian Mulroney et le Premier ministre québécois Robert Bourassa : le Québec, comme le Nouveau-Brunswick, participe aux sommets en tant que gouvernement participant. Accueillir le sommet permet ainsi au Québec de faire rayonner son identité propre à l’international, tout en restant lié à la délégation canadienne.

Un geste financier spectaculaire

Pour démontrer que la solidarité francophone n’était pas seulement linguistique, le Canada, pays hôte, a fait un geste financier spectaculaire.

Le Premier ministre Brian Mulroney a annoncé l’effacement pur et simple de 324 millions de dollars canadiens de dettes contractées par sept pays d’Afrique francophone (Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Madagascar, Sénégal et Zaïre), créant un précédent dans l’aide internationale Nord-Sud.

À Québec, le sommet s’émancipe de son statut purement culturel pour voter des résolutions politiques fermes sur l’actualité mondiale. Les chefs d’État y adoptent des positions communes fortes pour condamner le régime de l’apartheid en Afrique du Sud et appeler à la tenue d’une conférence internationale sur le Moyen-Orient, donnant à la Francophonie ses premières positions diplomatiques communes.

Hanoï, 1997 : la Francophonie se dote d’un secrétaire général

En novembre 1997, à Hanoï, a lieu le VIIe Sommet de la Francophonie, le premier en Asie. Il est l’un des plus importants de l’histoire de l’organisation, avec la participation de 49 États et gouvernements des cinq continents.

Il marque l’entrée de la Francophonie dans l’ère de la maturité politique et institutionnelle.

Pour donner un visage, un porte-parole officiel et une véritable incarnation politique à la Francophonie, les chefs d’État pourvoient pour la première fois le poste de secrétaire général de la Francophonie, dont la création avait été décidée au Sommet de Cotonou en 1995.

L’Égyptien Boutros Boutros-Ghali, qui venait de quitter la direction de l’ONU, est élu pour devenir le tout premier titulaire de ce poste.

Cette nomination transforme l’organisation en un véritable acteur diplomatique sur la scène internationale.

Le Sommet de Hanoï a vu l’adoption de la Charte de la Francophonie, souvent appelée Charte de Hanoï. Ce texte juridique fondateur réorganise entièrement les institutions francophones et donne une cohérence à l’ensemble du mouvement, en préparant la transformation de l’Agence de coopération culturelle et technique en Agence intergouvernementale de la Francophonie, en 1998, puis en OIF, en 2005.

Près de trente ans plus tard, Phnom Penh accueille le deuxième sommet organisé en Asie.

Quatre secrétaires généraux pour incarner la Francophonie

Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations unies, dirige la Francophonie de 1997 à 2002. Sa nomination donne à l’organisation une nouvelle dimension diplomatique. Fort de son expérience à la tête de l’ONU, il contribue à renforcer la place de la Francophonie dans les relations internationales, notamment sur les questions de paix, de démocratie et de droits de l’homme. Sous son mandat, la Déclaration de Bamako, adoptée en 2000, affirme les engagements démocratiques des États francophones.

En 2003, le Sénégalais Abdou Diouf, ancien président de la République du Sénégal, lui succède. Il restera à la tête de l’organisation jusqu’en 2014. Durant ses douze années de mandat, il renforce la coopération politique et les programmes de développement. En 2005, l’adoption d’une nouvelle Charte de la Francophonie modernise les institutions et consacre l’appellation d’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

En 2015, Michaëlle Jean, ancienne gouverneure générale du Canada, devient la première femme à diriger la Francophonie. D’origine haïtienne, elle met notamment l’accent sur la jeunesse, l’éducation, l’entrepreneuriat et la place des femmes. Son mandat s’achève en 2018.

Elle est remplacée par la Rwandaise Louise Mushikiwabo, ancienne ministre des Affaires étrangères de son pays. Élue au Sommet d’Erevan en octobre 2018 et entrée en fonction en janvier 2019, celle-ci entend renforcer la visibilité internationale de l’OIF, son efficacité et son action auprès de la jeunesse. Elle est réélue pour un second mandat en novembre 2022, lors du Sommet de Djerba, en Tunisie.

Quatre candidats pour diriger l’OIF en 2026

À l’occasion du 20e Sommet de la Francophonie à Phnom Penh, au Cambodge, le mandat de Louise Mushikiwabo, quatrième secrétaire générale de l’histoire de la Francophonie, arrive à son terme.

Pour la première fois, une procédure électorale réformée, comprenant des auditions formelles des candidats, départagera quatre personnalités de haut niveau pour diriger l’OIF pour la période 2027-2030 : Louise Mushikiwabo (Rwanda), Juliana Amato Lumumba (RDC), Coumba Bâ (Mauritanie) et Dacian Cioloș (Roumanie).

Prochain épisode : les enjeux de Phnom Penh

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