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ASIE – FRANCOPHONIE : N’oublions pas l’Asie du Sud-Est francophone au sommet de Phnom Penh !

Date de publication : 13/07/2026
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Gavroche démarre, avec cette tribune, une série d’interventions de haut niveau sur les enjeux du sommet de la francophonie qui se tiendra à Phnom Penh, au Cambodge les 15 et 16 novembre. Avis aux candidats à l’Organisation internationale de la francophonie : Gavroche est votre média francophone pour toucher le public et les institutions de la région. Nous sommes à votre disposition.

 

En exclusivité pour Gavroche, cette tribune de Coumba Ba, Ministre mauritanienne, candidate à la fonction de Secrétaire générale de la Francophonie

 

L’Asie du Sud-Est : l’autre horizon de la Francophonie

 

En novembre prochain, tous les regards du monde francophone convergeront vers l’Asie du Sud-Est. Le Cambodge accueille le XXᵉ Sommet des Chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie. Cet événement revêt une portée qui dépasse largement le calendrier diplomatique. Il nous invite à revisiter notre histoire, mais surtout à réfléchir à l’avenir de notre Communauté.

 

Près de trente ans après le Sommet de Hanoï (Vietnam) de 1997, l’Asie du Sud-Est accueillera, pour la seconde fois, le plus haut rendez-vous politique de la Francophonie. Ce retour n’est pas le fruit du hasard. Il constitue un rappel salutaire : la Francophonie n’est pas née d’une seule histoire, d’une seule géographie ou d’un seul continent. Dès son origine, elle s’est voulue un projet universel, rassemblant des peuples qui ont librement choisi de faire de la langue française un instrument de dialogue, de coopération, de création et de paix.

 

Cette vocation universelle s’incarne dans l’identité même de ses pères fondateurs. Car aux côtés de Léopold Sédar Senghor, de Habib Bourguiba et de Hamani Diori, figure le Roi Norodom Sihanouk. Sa présence parmi les artisans de la Francophonie n’est pas un simple symbole. Elle rappelle que l’Asie du Sud-Est n’a jamais été un chapitre secondaire de notre histoire. Elle en est l’une des sources.

 

En accueillant le Sommet de novembre prochain, le Cambodge ne reçoit donc pas seulement une Organisation internationale. Il ouvre de nouveau les portes d’une maison qu’il a contribué à bâtir. Il sera le lieu où la Francophonie retrouvera une part de ses racines asiatiques.

 

Mais ce Sommet ne concerne pas uniquement le Cambodge. Il s’adresse à toute l’Asie du Sud-Est francophone. Il parle au Vietnam, qui accueillit à Hanoï, le Sommet qui consacra l’entrée de la Francophonie dans une nouvelle étape de son développement, à l’heure où la mondialisation redessinait les équilibres du monde. Il parle au Laos, où le français demeure une langue d’enseignement, de diplomatie, de recherche et de coopération. Il parle également à la Thaïlande dont les liens avec l’espace francophone n’ont cessé de se renforcer au fil des années. Il parle enfin à l’ensemble des pays de l’ASEAN, dont plusieurs entretiennent des relations toujours plus étroites avec les institutions francophones.

 

Je souhaite aujourd’hui m’adresser à tous ceux qui, dans cette région du monde, font vivre la langue française. Je pense aux enseignants qui transmettent le français dans les écoles, les lycées et les universités de Phnom Penh, de Hanoï, de Vientiane, de Bangkok ou d’ailleurs. Je pense aux chercheurs, aux écrivains, aux journalistes, aux artistes, aux diplomates, aux entrepreneurs, aux étudiants et aux milliers de jeunes qui continuent de choisir le français comme langue d’études, de travail, de création ou d’ouverture sur le monde.

 

Je veux leur dire qu’ils ne sont pas une périphérie de la Francophonie. Ils sont l’un de ses visages, l’une de ses mémoires. Et je suis convaincue qu’ils seront aussi l’une de ses plus grandes promesses. Car l’avenir de la Francophonie ne dépendra pas seulement du nombre de celles et ceux qui parleront français demain. Il dépendra aussi de notre capacité à faire vivre cette langue dans les grands espaces où se construisent déjà les équilibres économiques, scientifiques, technologiques et culturels du XXIᵉ siècle.

 

À cet égard, l’Asie du Sud-Est occupe une place singulière. Cette région est aujourd’hui l’une des plus dynamiques du monde. Elle est un carrefour entre les océans Indien et Pacifique, entre les grandes puissances économiques de notre temps, entre des traditions culturelles plusieurs fois millénaires et des sociétés résolument tournées vers l’innovation. Elle conjugue croissance, jeunesse, créativité et ouverture internationale.

 

La Francophonie aurait tort de regarder cette évolution comme un phénomène extérieur à son propre destin. Elle doit, au contraire, la considérer comme une formidable opportunité de renouvellement. Le Sommet du Cambodge nous offre précisément cette occasion : non seulement renouer avec une part essentielle de notre histoire, mais aussi ouvrir un nouveau chapitre de notre ambition collective, une nouvelle étape de notre histoire commune.

 

Depuis plusieurs mois, au fil de mes rencontres avec les décideurs des États et gouvernements membres de notre Organisation, une même attente s’est exprimée avec force : celle d’une Francophonie plus concrète, plus utile, plus proche des préoccupations des citoyens. Une Francophonie qui demeure fidèle à sa mission culturelle, linguistique et politique, mais qui sache également devenir un véritable levier de développement, d’innovation et de prospérité partagée.

 

Je partage pleinement cette ambition. Car la langue française est un formidable espace de dialogue, mais elle doit aussi devenir un espace d’opportunités. Elle dispose d’atouts considérables. Elle rassemble des États présents sur les cinq continents, des centaines de millions de femmes et d’hommes, des universités parmi les plus prestigieuses, une jeunesse créative, des entrepreneurs audacieux, des chercheurs, des artistes, des ingénieurs, des collectivités territoriales et un tissu économique d’une exceptionnelle diversité.

 

Pourtant, nous n’avons pas encore pleinement transformé cette richesse humaine en une véritable communauté économique de coopération, d’innovation et d’investissement. L’Asie du Sud-Est peut nous y aider. L’ASEAN constitue aujourd’hui l’une des expériences d’intégration régionale les plus remarquables au monde. Elle démontre, chaque jour, qu’il est possible de concilier diversité des langues, des cultures, des religions et des systèmes politiques avec une ambition commune de développement économique, d’intégration régionale et de coopération.

 

Cette réussite peut inspirer la Francophonie. Notre Organisation n’a certes pas vocation à devenir un marché commun. Ce n’est ni son histoire ni sa mission. En revanche, elle peut devenir un formidable catalyseur de partenariats économiques, scientifiques, universitaires et technologiques entre ses membres. Je souhaite que la Francophonie et l’ASEAN développent un partenariat stratégique, structuré autour de quelques grandes priorités : l’économie numérique, l’intelligence artificielle, les transitions écologiques…

 

Je souhaite également que les entreprises francophones trouvent plus facilement des partenaires dans les économies d’Asie du Sud-Est, et que les entrepreneurs de cette région puissent davantage accéder aux réseaux économiques de l’espace francophone.

 

Je souhaite que nos universités multiplient les diplômes conjoints, les laboratoires de recherche communs et les programmes de mobilité des étudiants, des enseignants et des chercheurs.

 

Je souhaite que la langue française devienne aussi la langue de l’innovation, de l’entrepreneuriat, de la recherche scientifique et de la création de valeur. Car une langue demeure vivante lorsqu’elle permet à celles et ceux qui la parlent d’imaginer leur avenir. C’est pourquoi je veux dire à la jeunesse francophone d’Asie du Sud-Est qu’elle occupera une place essentielle dans le Projet que je porte.

 

Si les États et gouvernements membres me confient la responsabilité de conduire notre Organisation, l’Asie du Sud-Est ne sera pas un simple partenaire parmi d’autres. Elle sera l’une de nos priorités. Parce qu’elle appartient à notre histoire. Parce qu’elle est au cœur des grandes transformations économiques et géopolitiques de notre temps. Parce qu’elle incarne, peut-être mieux que toute autre région, cette rencontre féconde entre les cultures, les langues et les civilisations qui constitue l’essence même de la Francophonie.

 

En novembre prochain, en se réunissant au Cambodge, les Chefs d’État et de gouvernement célébreront bien davantage qu’un Sommet. Ils rappelleront que la Francophonie est née d’une vision universelle. Ils ouvriront une nouvelle page. Après la Francophonie des origines, après la Francophonie de l’élargissement, après la Francophonie des solidarités, vient le temps d’une Francophonie de l’innovation, de la connaissance et de la prospérité partagée. Je souhaite que cette nouvelle étape s’écrive avec l’Asie du Sud-Est.

 

Le XXIᵉ siècle sera en partie asiatique. Et la Francophonie ne pourra pleinement réussir ce siècle que si elle choisit de l’écrire avec l’Asie du Sud-Est, et non à côté d’elle.

 

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