
Le Japon tient-il enfin sa revanche salariale ? Les premiers résultats des négociations annuelles du travail, le fameux Shunto, apportent un début de réponse. Et ils sont plutôt encourageants : les hausses de salaires se maintiennent à un niveau élevé, signe d’un changement structurel après des décennies de stagnation.
Une hausse des salaires solide et durable
Selon les premières données publiées par Rengo, principale confédération syndicale du pays, les entreprises japonaises ont accordé une augmentation de salaire de base de 3,85 % en 2026. Un chiffre quasiment identique à celui de l’an dernier (3,84 %), qui confirme une dynamique inédite dans la troisième économie mondiale. Au total, en incluant les progressions liées à l’ancienneté, la hausse globale atteint 5,26 %.
Un niveau qui dépasse légèrement les attentes des analystes et qui traduit une volonté claire des entreprises d’accompagner la reprise.
Les PME suivent le mouvement
Autre signal important : les petites et moyennes entreprises ne décrochent pas. Les entreprises de moins de 300 salariés affichent une hausse moyenne de 3,54 %, un peu inférieure à 2025, mais toujours robuste. Mieux encore, les très petites structures (moins de 100 salariés) enregistrent même une progression supérieure à celle de l’an passé.
Un élément crucial pour la banque du Japon, qui surveille de près la diffusion des hausses salariales dans l’ensemble de l’économie.
Des salaires nominaux en hausse… mais sous surveillance
Sur l’ensemble de l’année fiscale 2026, les économistes anticipent une progression des salaires nominaux comprise entre 2,5 % et 3 %. Une tendance qui confirme que le Japon sort progressivement de son long cycle déflationniste. Mais tout n’est pas gagné.
Le pétrole, arbitre de la hausse réelle
Car la véritable question reste celle du pouvoir d’achat. Après une première amélioration en janvier, les salaires réels — c’est-à-dire ajustés de l’inflation — restent fragiles. Leur évolution dépendra en grande partie des prix de l’énergie. Si le baril de Brent se maintient au-dessus de 80 dollars, la hausse des salaires pourrait être effacée par l’inflation dès le deuxième trimestre.
Une pression accrue sur la Banque du Japon
Ces résultats confirment la trajectoire de normalisation monétaire engagée par la banque du Japon. Une hausse des taux dès avril reste envisageable, soutenue par la progression des salaires, une inflation plus durable et une économie plus résiliente. Toutefois, ces nouvelles données ne constituent pas une surprise majeure, ce qui pourrait inciter la banque centrale à agir avec prudence.
Conclusion
Le Japon semble enclencher un cercle vertueux : hausse des salaires, reprise de la consommation, sortie progressive de la déflation. Mais ce fragile équilibre reste suspendu à un facteur externe : le prix du pétrole. Dans cette équation, Tokyo n’a pas toutes les cartes en main.
Gaston Baht
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