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Opium Lady – Les dames de guerre

Date de publication : 17/01/2026
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Avec l’ex-capitaine de police Laurent Guillaume direction le Triangle d’Or et le pays kokang. Mais à défaut d’avoir présentement campé son histoire aux confins de la Birmanie et de la République populaire de Chine, théâtre depuis des mois d’affrontements sanglants entre la Tatmadaw et les combattants de l’Armée de libération nationale Ta’ang (TNLA) et de l’armée de l’Alliance nationale démocratique de Birmanie (MNDAA), le romancier nous y conduit au milieu des années 50. Cependant, à bien des égards, dans cette région du monde, le cours des événements de la deuxième moitié du XXème siècle n’est pas si différent de celui du présent.

 

La Chine communiste y affiche ses ambitions politico-militaires et ses appétits prédateurs

 

Alors, combattants maoïstes et du Kuomintang s’y opposaient avec férocité. De ce substrat guerrier, l’auteur a tiré un livre plein de rebondissements et matières à parler d’Histoire et de géopolitique. Il peut ainsi attirer l’attention des lecteurs sur des territoires peu connus mais ô combien stratégiques. Les Etats Kachin et Shan sont en effet très imbriqués territorialement, ethniquement et économiquement avec la province du Yunnan voisine. Comme parfois aujourd’hui les industriels de l’escroquerie en ligne savent se fondre dans ce paysage montagneux, au lendemain de la Second guerre mondiale les nationalistes chinois de la 93ème division et de la 13ème armée du général Li Mi (1902 – 1973) surent, eux, se lier aux tribus locales, entretenir durablement leurs relations avec Taïwan et se mêler promptement au commerce (trans)national des stupéfiants.

 

Dans cet environnement de violences et de coups tordus, une femme d’exception a su s’imposer : Yang Jin Xiu (Yang Kyin Hsiu) alias Olive Yang (1927- 2017)

 

Dans les livres d’histoire et les essais (géo)politiques son nom apparaît ici ou là, mais jamais à la première place. Pourtant son parcours de vie a été exceptionnel. Seigneur de guerre de l’Etat Shan, « Miss Jambes Poilues » fut pendant des décennies une actrice majeure du commerce de l’opium.

 

La fille du suzerain (heng) de Kya Diling suivit d’abord une scolarité dans une école catholique de Lashio (Ange Gardien) mais l’éducation des sœurs italiennes fit certes d’Erjie (seconde sœur) une jeune fille polyglotte (anglais, mandarin) et cultivée mais bien peu conformiste. Son mariage forcé avec un chef de clan chaowen (famille de commerçant chinois de Birmanie), pas plus d’ailleurs que sa maternité non désirée – elle dénomma son fils Jeep, oui du nom du véhicule en vogue – ne la détournèrent de ses choix de vie ; à commencer par son homosexualité pleinement assumée, ses goûts des tatouages, de l’aventure et du commandement.

 

La biographie romancée d’Oncle Olive nous mène au cœur du pays shan, là où aujourd’hui les tensions et les affrontements sont meurtriers

 

A bon rythme, le lecteur traverse le cours tumultueux de la Salween et s’engage sur les chemins périlleux conduisant aux villages sous contrôle des chasseurs de tête wa. Les lecteurs les plus versés dans l’actualité politico-militaires immédiates auront le sentiment de se retrouver sur les lieux familiers des combats des derniers temps de la Tatmadaw avec la MNDAA et la TNLA. Les personnages principaux s’y faufilent en effet au fil de leurs péripéties (cf. Hseinwi, Hsipaw, Kutkai, Kyaukme, Mogok, Namkham,…). Ils ne manquent pas de passer par les lisières de tous les trafics : Mong La et bien sûr Muse, où l’héroïne passa de vie à trépas dans sa 90ème année après avoir aidé le général Khin Nyunt à négocier à la fin des années 80 des accords de cessez-le-feu avec des groupes rebelles.

 

Au cours de ces déambulations caravanières, les grandes villes du nord, de l’est et du sud de l’Etat Shan sont traversées (Lashio, Kengtung, Taunggyi). De plus, on se glisse rapidement dans les pays voisins, en Chine en pays dai (Xishuangbanna), aux frontières du Laos où les Hmong font face avec l’armée française aux insurgés Viêt-Minh, et dans le nord de la Thaïlande (Chiang Rai).

 

Chacune des étapes géographiques est propice à conter l’Histoire et ses méandres les plus insolites

 

Français, Américains et Thaïlandais n’en sortent pas toujours grandis. Surtout quand il s’agit de rappeler à la veille de la chute de Dien Bien Phu, les menées clandestines d’Air America (CAT) détenue par la CIA ou encore celles de l’Opération X qui vit l’armée française financer des opérations spéciales par le trafic de drogue, sans parler du stockage des stupéfiants à Bangkok avec des complicités politico-administratives locales. Dans ce paysage parfois interlope, on voit rapidement apparaître le puissant chef de la police thaïlandaise de l’époque, le brutal général Phao Siyanon (1908-1960), et le commandant de l’armée royale le général Sarit Thanarat (1908 – 1963) qui deviendra ultérieurement premier ministre (1958 – 1963).

 

Les nombreux personnages et événements historiques rapportés dans la saga ne donnent pas de lourdeurs au récit. Au contraire, ils en constituent l’épaisseur. On peut dès lors autant s’en abstraire que s’y attacher. Il en est de même sur le rôle d’Henry Robinson Luce (1898 –1967) le magnat de la presse américaine employeur de la journaliste qui s’évertue à faire un reportage circonstancié sur Olive Yang. Le roman ouvre la voie ici à quelques judicieuses réflexions sur le métier de reporter de guerre en Birmanie : les contraintes logistiques, les émotions suscitées par les personnes côtoyées et les horreurs du quotidien. Dans de telles circonstances, est-il possible de demeurer un observateur « neutre » ? Faut-il simplement évoquer des faits et/ou les contextualiser pour qu’ils soient « compréhensibles » du plus grand nombre mais au risque d’y ajouter son affect ?

 

Souvent les situations et les personnes ne sont pas ce qu’ils donnent à voir. Au-delà de sa brutalité et de sa criminalité, Olive était à bien des égards une personnalité aussi attachante que ténébreuse, criminelle qu’évergète quand elle s’attachait à aider les populations dont elle avait la charge (cf. les constructions de routes, de dispensaires et d’écoles). Dans toutes ses complexités, son histoire mérite d’être un jour portée à l’écran. On y pense d’ailleurs déjà depuis quelques années du côté des studios de cinéma établis à Pindaya ; en pays danu mais au cœur de l’État Shan si cher autrefois à la « princesse de l’opium ».

 

Laurent Guillaume : Les dames de guerre, Opium Lady, Robert Laffont, 2025, 292 p, 20 €

 

François Guilbert

 

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