
Pendant longtemps, les banques singapouriennes ont été jugées sur leurs marges d’intérêt, leurs volumes de crédits ou la qualité de leurs portefeuilles de prêts. Cette époque touche progressivement à sa fin. Selon une analyse d’UBS, DBS, OCBC et UOB sont en train de changer de modèle économique, en faisant de la gestion de fortune l’un des principaux moteurs de leur croissance.
Cette évolution accompagne la montée en puissance de Singapour comme principal centre asiatique de gestion de patrimoine, au moment où les grandes fortunes de la région recherchent un environnement stable, une réglementation reconnue et une expertise financière de haut niveau.
La richesse privée devient le moteur de la croissance
Depuis une dizaine d’années, les actifs sous gestion des trois grandes banques singapouriennes progressent à un rythme annuel compris entre 9 % et 13 %. Dans le même temps, les revenus issus de la gestion de fortune ont augmenté aussi vite, voire plus rapidement encore.
Cette activité représente désormais près de 20 à 25 % des revenus des groupes bancaires, mais sa contribution à la croissance est encore plus importante. UBS estime qu’à moyen terme, elle pourrait peser entre 25 % et 35 % des bénéfices, réduisant progressivement la dépendance des banques aux cycles des taux d’intérêt.
Cette mutation reflète des tendances de fond : l’enrichissement rapide des ménages asiatiques, l’augmentation des family offices, les importants transferts de patrimoine entre générations et le choix croissant de Singapour comme plateforme régionale pour gérer les grandes fortunes.
Une croissance appelée à durer
Pour UBS, cette dynamique est loin d’être achevée. Les actifs sous gestion pourraient continuer de progresser à un rythme à deux chiffres au cours des prochaines années.
Cette croissance reposerait sur trois moteurs principaux : des flux nets de nouveaux capitaux de 5 à 7 % par an ; une appréciation des marchés financiers et de la valeur des portefeuilles de 3 à 5 % par an ; et une montée en gamme des services proposés aux clients fortunés.
Afin d’accompagner cette évolution, DBS, OCBC et UOB renforcent leurs équipes de banquiers privés, développent leurs capacités de conseil patrimonial et ouvrent de nouveaux centres spécialisés dans plusieurs pays de la région.
DBS en tête de la transformation
Parmi les trois établissements, UBS considère que DBS dispose aujourd’hui de la plateforme de gestion de fortune la plus solide.
Au cours des dix dernières années, les actifs sous gestion de la banque ont progressé de 13 % par an, tandis que les revenus issus de cette activité ont augmenté de 15 % par an. UBS estime que la gestion de fortune pourrait représenter près de 30 % du bénéfice avant impôt de DBS à moyen terme.
Cette diversification permettrait également de rendre les résultats plus résilients en limitant leur exposition aux fluctuations des taux d’intérêt.
Une nouvelle lecture des banques en Asie
Au-delà des performances individuelles de DBS, OCBC et UOB, cette évolution illustre une transformation plus profonde du paysage financier régional.
Les banques singapouriennes ne cherchent plus seulement à financer l’économie ou à distribuer des crédits. Elles ambitionnent désormais d’accompagner les grandes fortunes en Asie dans la gestion de leur patrimoine, leurs investissements internationaux et leur transmission familiale.
Pour Singapour, cette stratégie conforte son statut de première place financière de gestion de fortune en Asie. Pour les banques, elle ouvre la voie à une croissance plus régulière et moins dépendante des cycles économiques traditionnels, dans un marché porté par l’enrichissement continu du continent asiatique.
Gaston Baht
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