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THAÏLANDE – FRANCE : Pourquoi le français Yan Marchal est visé par un ordre d’expulsion de Thaïlande

Journaliste : Philippe Bergues
La source : Gavroche
Date de publication : 28/11/2021
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Tik Tok Yan Marchal

 

L’ordre d’expulsion du français Yan Marchal, 49 ans, expatrié en Thaïlande depuis 18 ans, par les services de l’immigration thaïlandais mérite d’être replacé dans un contexte plus général. C’est ce que tente de faire, dans cette chronique, notre collaborateur Philippe Bergues.

 

Yan Marchal, expatrié français depuis 18 ans, développeur de logiciels, est connu pour ses critiques du régime militaire thaïlandais et de la monarchie. C’est évidemment en raison de ses prises de position qu’il s’est vu refuser le retour en Thaïlande à son arrivée à l’aéroport de Phuket samedi matin. Dès son arrivée, Yan Marchal a été contraint de prendre un vol
de Phuket pour Bangkok. Il devait être expulsé vers Paris depuis Suvarnabhumi ce samedi soir 27 novembre. Il peut faire appel dans les 48 heures. Yan Marchal a une épouse thaïlandaise et deux enfants.

 

Dans une conversation téléphonique avec le journaliste de Khaosod, Pravit Rojanaphruk, lui aussi connu pour ses critiques du pouvoir pro-militaire en place en Thaïlande, l’activiste français a déclaré que la police de l’immigration lui avait dit qu’il représente une menace pour la sécurité nationale pour avoir attaqué la monarchie. « Je savais que c’était une possibilité. Ils disent que c’est à cause de mon comportement en postant sur les réseaux sociaux. Je vais essayer d’appeler l’ambassade de France et de voir mais je ne pense pas qu’ils puissent faire grand-chose », a-t-il déclaré.

 

Yan Marchal est  suivi par plus de 566 000 followers sur Tiktok. « En gros, l’officier m’a dit que j’attaquais le roi, que je lui causais des problèmes ». Yan Marchal a montré une lettre officielle. Celle ci mentionne « un comportement qui indiquerait un possible danger pour le public ». Après avoir consulté ses avocats, l’activiste français a déclaré « qu’il y avait une possibilité qu’il soit accusé de lèse-majesté et qu’il ferait appel de l’ordre d’expulsion ». Il estime dans l’entretien accordé à Khaosod que le pouvoir thaïlandais est bien en train de devenir dictatorial.

 

Un contexte certain de restriction des libertés d’opinion et d’expression

 

Cette expulsion confirme la restriction de la liberté d’expression en Thaïlande. L’arrêt rendu récemment par le conseil constitutionnel établissant qu’il devient impossible de débattre de la section 112 du code pénal ou crime de lèse-majesté a donné aux autorités le feu vert pour faire taire les activistes pro-démocratie.

 

Yan Marchal est un développeur de jeux vidéo depuis 25 ans. Installé en Thaïlande en 2003, le Français de 48 ans a fondé la même année la société Sanuk Games. Le studio a déjà publié plus de 70 jeux de divertissement et d’arcades pour différentes consoles de jeux, ordinateurs ou téléphones mobiles. Le Petit journal lui a consacré un portrait le 7 octobre dernier. Après une pause de trois ans entre 2018 et 2021, sa société Sanuk Games était depuis peu de retour sur le marché avec un nouveau jeu de batterie, Drum Box.

 

Yan Marchal avait, en 2019, publié une vidéo se moquant de la junte militaire alors au pouvoir en Thaïlande, le Conseil national pour la paix et l’ordre (NCPO), aujourd’hui dissous. Cette vidéo a été vue plus d’un million de fois en une nuit avant que la police ne lui demande de la retirer. L’intéressé publie aussi régulièrement sur Facebook et il s’est récemment tourné vers TikTok.

 

Le général Achayon Kraithong, commissaire adjoint du Bureau de l’immigration, a déclaré samedi 27 novembre que le Français figurait sur la liste noire de plusieurs agences et que les fonctionnaires de l’immigration avaient décidé de ne pas lui accorder l’entrée.

 

Le pouvoir thaïlandais est aujourd’hui engagé dans un bras de fer avec l’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International. Les autorités thaïlandaises ont reconnu enquêter pour déterminer si Amnesty International a enfreint la loi après que des ultra-royalistes ont demandé l’expulsion de l’organisation pour son soutien à des militants poursuivis en justice.

 

Selon ses détracteurs thaïlandais, Amnesty International enfreint la loi en réclamant de mettre fin aux poursuites pénales engagées contre des manifestants partisans d’une réforme de la monarchie.

 

Philippe Bergues

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