
Une chronique de Philippe Bergues
Deux bonnes semaines nous séparent du scrutin législatif du 8 février, la campagne bat son plein et tous les sondages d’opinion nous indiquent qu’aucun parti ne sera en mesure d’obtenir plus de 250 députés. Soit une majorité absolue pour appliquer son seul programme. La dernière projection de l’institut NIDA Poll donne le Bhumjaithai entre 140 et 150 sièges, le People’s Party entre 120 et 130 sièges, le Pheu Thai entre 80 et 90 sièges et les partis Kla Tham et Démocrate à environ 40 sièges chacun. Il est à noter que le People’s Party semble dominer le scrutin de liste avec près du tiers des voix.
Vers un gouvernement de coalition
Même si les électeurs indécis peuvent modifier ces prévisions, comme on l’avait vu en 2023 quand le Move Forward était arrivé en tête alors que tous les sondages donnaient le Pheu Thai largement en tête, il apparaît à cet instant incontournable que la Thaïlande se dirige à nouveau vers un futur gouvernement de coalition. Il n’y aura pas de gouvernement monopartite. Dans ces circonstances, au cas où le People’s Party parvenait in extremis à devenir le parti le plus populaire, former un gouvernement (avec le Pheu Thai ?) pourrait s’avérer délicat sans un mandat suffisamment solide. De plus, l’establishment conservateur s’est déjà préparé à envisager une nouvelle coalition dirigée par l’actuel Premier ministre, qui gère les affaires courantes, Anutin Charnvirakul.
Les points de vigilance du 8 février
La première place se jouera entre le parti bleu et le parti orange. Ce dernier raflera- t-il toutes les circonscriptions de Bangkok, comme en 2023 ? Le Pheu Thai tentera de perdre le moins d’électeurs possibles, en raison de son alliance controversée avec les conservateurs au retour de Thaksin en Thaïlande et de suspicions douteuses avec le Cambodge. Suite aux fameux coup de fil entre Paetongtarn et Hun Sen.
Les partis militaires du Palang Pracharath et de l’United Thai Nation, influents avec les généraux Prawit et Prayut Chan-o-cha, ne joueront plus le rôle déterminant qu’ils avaient, en raison du retrait de la vie politique de leurs leaders. Ils serviront de force d’appoint au BJT si Anutin est en mesure de diriger une coalition. Il faudra surveiller le regain (ou non) du Parti démocrate, regonflé (ou non) par le retour de l’ancien chef de gouvernement Abhisit Vejjajiva. Surtout dans le Sud, ancien bastion traditionnel du parti doyen en Thaïlande. Enfin, quel sera le score du parti Kla Tham de Thamanat Prompao, celui que beaucoup de commentaires associent au « gris », en raison d’affaires prétendues illégales ?
Les électeurs thaïlandais ont la clé pour décider d’un gouvernement à venir aux tendances conservatrices ou réformistes. Le parti orange ne met plus en avant la réforme du crime de lèse-majesté qui avait valu l’ostracisation de Pita Limjaroenrat et la dissolution du Move Forward tout comme il s’est accommodé de la centralité des militaires avec le contexte de la crise avec le Cambodge. Tous les partis surfent sur la défense nationale, à plus ou moins haute dose d’affirmations nationalistes. Quel que soit le résultat, ce scrutin ne bouleversera pas en profondeur les équilibres du pouvoir en Thaïlande.
Philippe Bergues
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