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« Nous avons besoin d’élections municipales qui puissent être une démonstration du niveau de conscience politique du peuple français dans sa diversité, de la capacité de nos listes à incarner la nouvelle France, celle du grand remplacement, celle de la génération qui remplace l’autre parce que c’est comme ça depuis la nuit des temps. » Bien joué, Jean-Luc Mélenchon ! En une phrase, destinée au premier chef à piéger l’extrême droite, le fondateur de La France insoumise a rebattu les cartes dans un discours à Toulouse, le 22 janvier.
Puisque le « grand remplacement » de la population blanche et chrétienne française est – paraît-il – en train d’avoir lieu, alors autant surfer sur la vague. Bienvenue dans une République de la diversité XXL, en théorie bien plus égalitaire, où l’ascenseur social se fiche de la couleur de peau et de la religion.
L’habileté du septuagénaire leader de la gauche radicale, qui s’exprimera ce mercredi 28 janvier devant la presse internationale, est ainsi de casser le thermomètre d’Eric Zemmour, de Sarah Knafo, de Jordan Bardella, de Marine Le Pen ou de Marion Maréchal. Puisque ceux-là plaident pour un rejet des immigrés, prenons-les à leur propre jeu identitaire avec, en vue, l’électorat issu de l’immigration – et en particulier, les Français musulmans. Ce public-là est regroupé dans des quartiers que les élus de LFI quadrillent. Il se sent marginalisé alors qu’il pèse lourd dans les urnes. Il constitue donc une cible facile pour une OPA politique, bien décrite par le journaliste Omar Youssef Souleimane dans son livre « Les Complices du mal » (éd. Plon). Mélenchon tient un argument choc pour sa future campagne : la laïcité version 2026 cache, dans les faits, une haine de l’islam et des musulmans.
Je ne me prononcerai pas sur l’efficacité de ce slogan. Ni sur la pertinence, dans la bouche de Jean-Luc Mélenchon transformé en Zemmour de gauche, du terme « grand remplacement ». Je voulais juste signaler l’habileté de l’Insoumis en chef : tronçonner l’électorat français pour miser sur le réflexe de défense et le clientélisme des quartiers.
Grand remplacement des élus. Grand remplacement dans l’attribution des aides sociales. Grand remplacement dans la politique culturelle. L’offre est alléchante, surtout dans les grands bassins de population métissée que sont les métropoles. Jean-Luc Mélenchon a toutes les cartes de la France politique en tête. Il est en train de les mouliner avec un seul chiffre en tête : les 422 000 voix qui, à la présidentielle de juin 2022, l’ont séparé de Marine Le Pen, le privant du Graal qui le fait tenir : le second tour.
Bonne lecture, dans la douce France !
(Pour débattre : richard.werly@ringier.ch)
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Les futures municipales françaises sont une piste de décollage pour LFI, qui présente des candidats dans presque toutes les circonscriptions. Le résultat est un pari face à des listes socialistes desquelles se sont désolidarisés les Verts, pro-LFI. Les alliances dites républicaines, un temps quasi automatiques, maintiendront-elles l’étiage électoral lfiste à un niveau qui pèse ? De là dépend la présidentielle.
Les 422 000 voix à la recherche desquelles s’attelle LFI sont la grande quête mélenchonienne dans la perspective d’un duel du 2ᵉ tour de la présidentielle, avec Marine Le Pen ou non.
Cette quête est le moteur mélenchonien avec les ingrédients qui, selon lui, sont indispensables. La mobilisation d’un électorat fortement abstentionniste dans les territoires français de l’islam et de l’islamisme.
– De l’islam à travers une nouvelle rhétorique plus ou moins dissimulée, une forme de « taqîya » d’apparence républicaine qui se réapproprie la thématique du « grand remplacement », mantra de la droite et de l’« extrême droite » (Renaud Camus), à l’appui de l’émergence d’une « Nouvelle France » (l’ancien Canada français colonial !) opposée à la « France éternelle », rejetée dans les poubelles nauséabondes de l’histoire. Un Mélenchon porte-parole de cette France coloniale et diverse où il est né, tout comme Zemmour, au Maroc pour l’un, en Algérie pour l’autre. Une France « régénérée », qualifiée parfois de « créolisée », terme ici remplacé par celui, moins polémique, de « diverse », diversifiée, plurielle, etc. Si, dans une perspective Mélenchon, on substitue la diversité et le remplacement des générations par celui des populations jeunes et populaires des banlieues, creuset de la « Nouvelle France », ce sont bien les populations de l’islam, plus fantasmé que réel, supposé, qui sont visées. Cet islam hypostasié tiendrait sous sa bannière toutes les expressions des populations dites « racisées ». C’est en ce sens que la thématique mélenchonienne apparaît fortement raciale, non seulement fondée sur la couleur de peau mais aussi — il ratisse large — sur la religion, base d’une laïcité d’un nouveau type, à l’opposé de sa forme républicaine. Une conception de celle-ci dont il aurait été le thuriféraire en ancien enfant de chœur qu’il fut.
– De l’islamisme comme ferment d’une mobilisation émotionnelle alimentée par le conflit entre Israël et Gaza, à la manière des pays arabes et surtout des ayatollahs iraniens, pour qui le combat des Palestiniens pour leur État n’est qu’un aphrodisiaque enivrant et mobilisateur. Notre éditorialiste n’a pas osé franchir le pas dans sa présentation. Faudra-t-il attendre la prochaine ? Les massacres du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas, faux nez de l’Iran génocidaire (30 000 morts en trois jours, les 7, 8 et 9 janvier 2026), ont été l’ingrédient de la mobilisation mélenchonienne par l’intermédiaire d’élus nationaux et plus spécialement issus du Parlement européen auprès de ses électeurs convoités derrière la bannière « de la rivière à la mer », et jusque dans les universités françaises (et pas seulement), même les plus réputées. C’est dans certaines d’entre elles que l’antisionisme de « bon aloi », décomplexé, un « mantra progressiste », a muté en antisémitisme débridé, avec ses conséquences possiblement mortifères pour les Juifs du monde entier. Comment les tenants de ces thèses, bien qu’issus des bancs de l’école française, ont-ils pu oublier le génocide des Juifs, que, par un retournement hasardeux et ignoble, il fut attribué aux Juifs ?
Si Mélenchon a laissé la parole à certains de ses lieutenants et à ses deux égéries féminines pour diffuser le venin antisémite, lui-même n’a pas cessé d’alimenter le brasier. Ses multiples saillies et sous-entendus montrent qu’il aime jouer avec le feu. Cela va, entre autres, des insinuations contre la présidente de l’Assemblée nationale qui « campe à Gaza » jusqu’au compte X de LFI qui diffuse, sous le portrait d’un animateur de télé, la caricature antisémite d’un Juif diffusée en Allemagne nazie, une « allusion » dont le chef de La France insoumise ne peut ignorer le sens, fort de sa culture historique supposée et ayant, semble-t-il, enseigné — certes fort peu longtemps — l’histoire dans les écoles de la République.
Cher lecteur, merci de votre lecture attentive et de votre réaction sur les élections municipales à venir. Nous essayons, à Gavroche, de garder un œil sur la politique française. Merci de nous éclairer avec vos contributions