
Une chronique cambodgienne de Yann Moreels
Comment éviter le retour à un troisième conflit ?
De part et d’autre de l’affrontement guerrier qui oppose les deux royaumes de Thaïlande et du Cambodge, contenu pour l’heure grâce à un cessez-le-feu qui semble tenir, les positions ne cessent d’évoluer à la mi-février 2026.
À l’Ouest, les élections législatives étaient attendues pour changer la donne politique et permettre à la paix de trouver une nouvelle chance, mais le résultat des urnes a terriblement déçu.
À l’Est, les démarches gouvernementales et diplomatiques se sont multipliées pour alerter le monde sur l’occupation du territoire par les militaires thaïlandais et sur leur action permanente visant à construire une nouvelle réalité des points de frontière en cause.
La recherche de soutiens, à gauche et à droite, s’est répandue en « Indochine », où les autorités laotiennes et vietnamiennes sont venues à Phnom Penh signer un accord d’amitié. Relations militaires confirmées et soutien politique : le rapprochement est clair, même s’il n’apporte aucun nouvel élément militaire dans le rapport de forces actuel.
Pas d’avancée non plus du côté de la France, même s’il est désormais officiellement confirmé que le Sommet de la Francophonie, qui devait se dérouler à Siem Reap, donc non loin de la frontière, au mois de novembre prochain, est actuellement transféré à Phnom Penh.
Le Premier ministre Hun Manet s’est rendu à Washington pour la création, par le président Trump, du Board of Peace. L’occasion pour les Cambodgiens de mettre immédiatement sur la table, en présence des dirigeants vietnamiens et indonésiens, le problème de l’occupation du territoire cambodgien par les Thaïlandais.
Des gains stratégiques, certes, et des avancées diplomatiques, mais bien modérés par la situation sur le terrain, où des milliers de villageois restent sans domicile et se font agresser violemment par les militaires lorsqu’ils tentent de rentrer chez eux.
Le pire de l’immobilisme est venu de l’ASEAN
En effet, dès la prise de fonction des Philippines à la tête de l’Association, pour succéder à la Malaisie, le chef militaire philippin est venu se rendre sur la frontière elle-même, dans la province cambodgienne d’O’Smach, et n’a pu que constater que les containers continuaient d’arriver du royaume voisin pour modifier le tracé des anciens postes, bloquer des routes et neutraliser totalement les voies d’accès par tous moyens. Et condamner ces milliers de Khmers déplacés dans des abris de fortune…
L’ASEAN est coincée, on s’en doutait. Que peut-elle faire, sinon constater ? Comme les observateurs indépendants envoyés par Kuala Lumpur qui, depuis des mois, voient les militaires avancer au-delà de la frontière reconnue par tous sur le plan international. Les temples khmers situés sur la frontière sont aujourd’hui détruits et rendus inaccessibles aux Khmers.
Non seulement la Thaïlande ne respecte pas la souveraineté de son voisin, ni sans doute les règles du droit international, mais il semblerait maintenant que tous les accords précédents entre les deux pays soient dénoncés par le futur nouveau pouvoir à Bangkok afin de s’arroger la part du lion dans le partage des richesses maritimes. L’île contestée de Koh Kood et ses richesses pétrolières et gazières seraient ainsi l’une des raisons d’une reprise ouverte des hostilités.
Problème : le Cambodge est un petit pays et son armée n’est ni présente dans les airs ni capable de se défendre efficacement, sinon faiblement en mer. Seul le droit international peut le protéger contre l’envahisseur et contre le pouvoir avide de politiciens victorieux, associé à des intérêts économiques évidents.
La déception est le sentiment dominant à Phnom Penh, où l’on se demande bien qui sortira un jour le pays, encore meurtri, des mains du dragon voisin.
Yann Moorels
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