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BIRMANIE – SOCIÉTÉ : Le pays risque de se retrouver à court d’essence

Journaliste : François Guilbert Date de publication : 07/03/2026
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station essence Birmanie

 

Une chronique birmane de François Guilbert

 

La guerre d’Iran atteint la Birmanie. Trois navires de la flotte russe du Pacifique et leurs 800 marins ont jeté l’ancre dans le port de Rangoun. Les liaisons aériennes de la compagnie aérienne MAI avec la péninsule arabique sont suspendues. Plusieurs milliers de ressortissants de l’Union s’y trouvent bloqués, sans aucune voie de retour direct. À ce défi de communication s’ajoutent désormais des difficultés induites dans le pays même. Anticipant des pénuries de gaz et de pétrole liées au conflit au Moyen-Orient, la junte a annoncé, mardi 3 au soir, une politique de rationnement. Celle-ci est entrée en vigueur dès le samedi 7.

 

Les véhicules immatriculés avec un chiffre pair ne pourront circuler que les jours pairs, et ceux immatriculés avec un chiffre impair uniquement les jours impairs

 

La mesure a été énoncée au nom du Conseil national de sécurité et de défense (NDSC). Mais, en y regardant de plus près, l’ordonnance a été signée par l’équipe d’information du NDSC et non par une personne clairement identifiée. Contrairement à la plupart des décisions prises récemment par le NDSC, celle-ci n’est ni paraphée par son président, le général Min Aung Hlaing, candidat possible à la présidence de la République début avril, ni par son directeur exécutif, le général Aung Lin Dwe, à qui il est prêté des vues sur la présidence de la chambre haute du parlement national.

 

Cette anonymisation d’une décision nécessairement impopulaire, et qui impacte la vie d’un très grand nombre de Birmans, souligne, ô combien, que la junte n’a pas de pilote identifié pour sa politique économique. Par ailleurs, ses hauts dirigeants n’assument pas les effets négatifs des choix qu’ils sont amenés à opérer, même quand ceux-ci ont principalement pour origine des facteurs extra-nationaux.

 

Afin de se prémunir de toutes les critiques présentes et futures, le régime des généraux explique donc que les désagréments énergétiques de court terme sont le fruit d’une « situation politique globale, de conflits armés au Moyen-Orient et de blocages des routes maritimes ». Quant à ceux qui pourraient advenir demain, ils ne relèveraient pas tant des autorités compétentes que des comportements égoïstes individuels des ressortissants, voire des entreprises. Les uns sont soupçonnés de vouloir effectuer des achats de précaution déraisonnables et de ne pas ajuster leurs comportements aux nouveaux défis énergétiques. Les autres sont suspectés de se montrer rapidement en profiteurs avides, en spéculant et en augmentant immédiatement et illégalement les prix.

 

Si des menaces sont proférées vis-à-vis des mauvais citoyens, Nay Pyi Taw s’est toutefois gardé de préciser la nature des sanctions civiles ou pénales susceptibles d’être prononcées. Seules des mesures administratives sont évoquées (ex. fermeture temporaire des stations-service concernées). Avant tout, les autorités exécutives se veulent sur le qui-vive. Il est ainsi possible de porter réclamation par téléphone si une station-service refuse de vendre du carburant. En matière de propagande, le gouverneur de Rangoun vient, lui, d’effectuer une visite médiatisée au terminal de Thilawa pour vérifier l’état de remplissage des cuves et les bons de commande d’hydrocarbures. Cette démarche ostentatoire laisse à penser qu’une nouvelle bataille narrative s’engage. La junte craint d’être mise en difficulté une fois encore par des messages hostiles non maîtrisés sur les réseaux sociaux ou dans la presse (inter)nationale, mettant en évidence ses incuries et ses mensonges.

 

Le régime militaire de transition navigue à vue

 

Il sait le potentiel déstabilisateur d’une nouvelle crise des carburants. C’est pourquoi il a d’ores et déjà prévu plusieurs mesures d’exemption à sa nouvelle règle de circulation. Cependant, cette politique est émise dans un certain désordre. Ainsi, la liste des véhicules qui pourront continuer à rouler, quelles que soient leurs plaques minéralogiques, a fait l’objet de deux édits le même jour. Dans le premier, il a été précisé que ne font pas l’objet d’interdictions les transports publics et de marchandises, les taxis, les engins de chantier, les ambulances et les corbillards.

 

Dans le second, sont mentionnés quatre autres secteurs : les transports scolaires ; les distributions de biens ; les objectifs opérationnels des usines, des industries et du gouvernement ; et l’acheminement des personnels des entités précédentes. Autant de mesures qui visent manifestement à amortir autant que possible les conséquences macroéconomiques consécutives à une raréfaction des carburants. Curieusement, le secteur agricole ne semble pas avoir fait l’objet de mesures protectrices immédiates.

 

Les premières mesures gouvernementales se veulent rassurantes, mais elles ne le sont pas

 

Le premier train de décisions a été présenté comme un choix de bonne gouvernance et d’anticipation. Seulement voilà, la crédibilité de la junte et de ses relais est telle que personne ne croit en leurs propos et leurs analyses. Le porte-parole de l’armée a fait savoir qu’il n’y a pas de raison de s’inquiéter : la Birmanie disposerait de 40 jours de réserves de gaz et de pétrole, soit plus que le Vietnam (15) et l’Indonésie (20), mais moins que les Philippines (60) ou la Thaïlande (61).

 

En outre, une dizaine de tankers seraient à l’approche des ports birmans pour décharger leurs cargaisons de carburants. Les autorités tiennent à ce que ces réalités se sachent. Par conséquent, les fonctionnaires du ministère de l’Énergie les proclament haut et fort, tout comme l’Association du commerce des produits pétroliers de Birmanie, qui les a « confirmées » dans un communiqué. Qu’à cela ne tienne, automobilistes et motocyclistes sont allés immédiatement en masse à la pompe. Résultat : de nombreux lieux de distribution sont déjà à sec ou rationnent les achats.

 

À l’échelle du pays, l’approvisionnement est très variable d’un État à l’autre, d’une région à l’autre. Le long de la frontière thaïlandaise, la pénurie est désormais une réalité. Depuis le 1er mars, Bangkok a interdit ses exportations de carburants. Certains consommateurs de l’État shan se tournent donc vers le Laos et la Chine. Ils font le bonheur des contrebandiers. Dès que l’on quitte Rangoun, les prix semblent s’envoler. Nay Pyi Taw s’en inquiète, mais laisse d’ores et déjà entendre officiellement la poursuite de l’inflation du fait de l’alignement des prix de l’énergie sur les cours mondiaux.

 

La volatilité géographique des factures énergétiques peut être de 1 à 4 entre Rangoun (0,66 cent américain le litre d’octane 92, 0,68 pour le 95) et les provinces les plus septentrionales. Cela tient aux coûts de transport, qui ne cessent de progresser, et à l’insuffisance des capacités de stockage au-delà des grandes villes. Cette dynamique haussière va renchérir un peu plus encore le coût de la vie pour les produits de première nécessité et accentuer une pauvreté déjà de masse.

 

La Birmanie importe 90 % de ses besoins en gaz et en pétrole

 

Bien qu’il existe des velléités de relancer les capacités nationales de raffinage, celles-ci ne seront pas opérationnelles avant longtemps. La junte va être très concrètement dépendante, plus que jamais, des volumes de livraisons de ses voisins : la Malaisie, Singapour ou encore le Vietnam. Exit les livraisons des bateaux de la flotte fantôme iranienne. Les espoirs vis-à-vis des monarchies du Golfe sont eux aussi au plus bas. La remise des lettres de créance, cette semaine, du nouvel ambassadeur d’Arabie saoudite au général Min Aung Hlaing n’a même pas été l’occasion d’évoquer publiquement le développement de liens bilatéraux en matière énergétique.

 

Les besoins immédiats en essence et en kérosène sont néanmoins considérables. Pour mener sa guerre aérienne contre les « terroristes », la Tatmadaw a augmenté ses importations de carburants pour son aviation de 69 % au cours de la dernière année budgétaire. Dans un contexte de raréfaction de la ressource, reste à savoir si les présentes offensives militaires des généraux putschistes vont s’en trouver modifiées et si cela peut ouvrir de nouvelles opportunités politico-militaires aux oppositions. En attendant une réponse à cette question sur la paix civile, la pénurie de carburants qui s’esquisse pour les véhicules individuels pourrait s’avérer une bonne affaire pour certaines familles, à commencer par celles qui se sont lancées dans l’importation et la distribution de voitures électriques.

 

Les commentateurs les plus critiques des premières mesures de contingentement n’ont évidemment pas manqué de rappeler que les deux enfants du général Min Aung Hlaing, Aung Pyae Sone et Khin Thiri Thet Mon, ont été parmi les premiers à bénéficier, après le coup d’État, de l’obtention de licences pour l’importation de véhicules électriques. Toutefois, les coups de pouce pour l’électrification du parc automobile ne pourront pas atteindre leurs objectifs sans essence et sans gaz. Les générateurs publics et privés rechargeant les batteries se nourrissent en effet de ces deux ressources, désormais plus chères et plus rares.

 

François Guilbert

 

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