
L’Asie fait face à un risque croissant de pénurie de gaz naturel liquéfié (GNL), en raison de sa forte dépendance aux importations, de stocks limités et de sa vulnérabilité aux perturbations dans le détroit d’Ormuz. Les conséquences pourraient se faire sentir bien au-delà de la région, en particulier pour les économies fortement intégrées aux chaînes d’approvisionnement technologiques.
Selon une analyse du GEMs FI Strategy & Economics, les économies de Taïwan, du Japon et de la Corée du Sud figurent parmi les plus exposées à un choc énergétique sévère. Une interruption prolongée du détroit d’Ormuz ou un arrêt de la production qatarie pourrait provoquer un stress majeur sur les chaînes de production technologiques et manufacturières à l’échelle mondiale.
Les gouvernements peuvent limiter les dommages par des mesures de soutien, mais ces interventions ne suffiraient pas à éliminer totalement les effets d’une pénurie prolongée. Les banques centrales, quant à elles, ne devraient pas précipiter de resserrement monétaire malgré ces tensions énergétiques.
Données économiques récentes
Parallèlement aux risques énergétiques, les données macroéconomiques en Asie montrent des signes contrastés. En Chine, l’inflation à la consommation a atteint un niveau inédit depuis trois ans, tandis que les flux commerciaux sur janvier-février ont dépassé les attentes. En Inde, les autorités semblent privilégier à court terme l’augmentation de l’offre, notamment pour le GNL et le GPL, plutôt qu’une intervention immédiate sur la demande. Au Japon, la hausse des prix du pétrole menace la croissance des salaires réels et pourrait peser sur la consommation des ménages. En Indonésie, le déficit budgétaire s’est creusé en février, sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie.
Perspectives pour la semaine à venir
La semaine prochaine sera marquée par les réunions de politique monétaire au Japon, en Australie et en Indonésie, ainsi que par la publication de nombreuses données économiques régionales.
- Japon : la Banque du Japon devrait maintenir son taux directeur à 0,75 %, renforçant sa posture attentiste face aux chocs géopolitiques au Moyen-Orient.
- Indonésie : la Banque d’Indonésie devrait également maintenir son taux à 4,75 %.
- Australie : la Banque de réserve pourrait relever son taux de 25 points de base à 4,10 %, anticipant un risque d’inflation accru lié au choc pétrolier.
Sur le plan des données économiques :
En Chine, la croissance industrielle devrait ralentir légèrement à environ 5 % sur un an en janvier-février, tandis que l’investissement en actifs fixes devrait rester en contraction à -5 %, en raison du ralentissement des investissements immobiliers. En revanche, la croissance des ventes au détail pourrait rebondir à 4 % sur un an.
Au Japon, la croissance des exportations devrait ralentir fortement à +1 % sur un an en février, principalement en raison d’un effet de base défavorable lié au calendrier du Nouvel An chinois.
La région reste donc à la croisée des chemins : les risques énergétiques et géopolitiques s’ajoutent à des dynamiques économiques déjà fragiles, posant la question de l’équilibre entre soutien gouvernemental et résilience des marchés face à un choc potentiel sur le GNL.
Gaston Baht
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