
Alors que les tensions au Moyen-Orient continuent d’alimenter la volatilité des marchés pétroliers, les économies asiatiques réagissent de façon très différente au choc énergétique actuel. Derrière ces écarts se cache un facteur clé : la manière dont chaque pays fixe les prix du carburant.
Selon une analyse de GEM Economics, les mécanismes nationaux de tarification de l’énergie jouent désormais un rôle déterminant dans l’évolution de l’inflation et des politiques monétaires en Asie.
Un pétrole à plus de 100 dollars
Malgré les récents signes d’apaisement entre Washington et Téhéran, le prix du Brent est repassé au-dessus des 100 dollars le baril après une brève accalmie au début du printemps.
Pour l’instant, l’impact inflationniste global reste relativement contenu en Asie. L’inflation régionale est passée de 1,9 % à 2,2 % en mars, alors même que le prix du pétrole bondissait de plus de 42 % sur la même période. Mais derrière cette apparente stabilité se cachent d’importantes disparités entre les pays.
Trois modèles énergétiques en Asie
Les économistes distinguent désormais trois grands modèles dans la région. D’un côté, les marchés fortement régulés, comme la Malaisie ou l’Indonésie, où les gouvernements contrôlent étroitement les prix du carburant afin de limiter l’impact sur les consommateurs.
À l’opposé, des économies comme Singapour ou les Philippines appliquent des systèmes beaucoup plus libéralisés, où la hausse du pétrole se répercute rapidement à la pompe.
Entre les deux, plusieurs grandes économies asiatiques — dont la Thaïlande, le Vietnam, le Japon, la Chine ou la Corée du Sud — fonctionnent selon des modèles hybrides ou semi-régulés.
Selon GEM Economics, plus un marché est libéralisé, plus le choc pétrolier se transmet rapidement à l’inflation domestique.
Les Philippines sous pression
Le cas philippin illustre particulièrement cette vulnérabilité. Très dépendant des importations énergétiques et disposant de marges budgétaires limitées pour soutenir les ménages, le pays fait face à une pression croissante sur les prix.
Dans ce contexte, la banque centrale philippine pourrait être contrainte de maintenir une politique monétaire restrictive afin d’éviter une dérive inflationniste.
À l’inverse, des pays disposant de mécanismes de contrôle des prix ou de subventions énergétiques plus importants peuvent absorber temporairement une partie du choc.
Les banques centrales face à un casse-tête
Pour les banques centrales asiatiques, la situation devient particulièrement complexe. Car au-delà du pétrole, d’autres facteurs pèsent sur les décisions monétaires : ralentissement de la croissance, faiblesse des monnaies locales ou encore tensions sur les marchés financiers.
Au Japon, par exemple, la pression vient surtout du yen et du coût des importations. En Australie et à Taïwan, les banques centrales doivent également composer avec une croissance économique toujours soutenue.
À l’inverse, plusieurs pays — notamment la Thaïlande, la Chine, la Corée du Sud ou la Malaisie — privilégient pour l’instant une approche plus prudente, les autorités estimant que l’inflation reste relativement contenue malgré les tensions énergétiques.
Une région qui cherche à renforcer sa coordination
Cette crise met surtout en lumière les différences de vulnérabilité entre les économies asiatiques face aux chocs énergétiques mondiaux. Entre marchés fortement régulés, systèmes hybrides et économies plus libéralisées, les réponses monétaires et budgétaires divergent d’un pays à l’autre.
Mais au-delà de ces disparités, les discussions récentes du 48e Sommet de l’ASEAN ont également montré une volonté croissante de renforcer la coordination régionale sur les questions énergétiques, financières et alimentaires.
Dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques et la volatilité des matières premières, les États d’Asie du Sud-Est cherchent désormais à mieux mutualiser leurs outils de résilience afin de limiter l’impact des futurs chocs économiques.
Gaston Baht
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