
Une entreprise technologique basée à Bangkok et liée à l’initiative nationale thaïlandaise en matière d’intelligence artificielle se retrouve au centre d’une vaste enquête américaine portant sur un présumé réseau de contrebande de puces Nvidia de haute technologie vers la Chine.
Selon des révélations publiées le 8 mai par Bloomberg et reprises par Reuters, les autorités américaines soupçonnent la société thaïlandaise OBON Corporation d’avoir servi d’intermédiaire dans l’acheminement clandestin de serveurs d’intelligence artificielle équipés de composants Nvidia soumis aux restrictions américaines à l’exportation.
Plus de 2,5 milliards de dollars de technologies concernées
L’affaire découle d’un acte d’accusation déposé en mars aux États-Unis contre Yih-Shyan « Wally » Liaw, cofondateur du fabricant américain de serveurs Super Micro Computer, ainsi que plusieurs collaborateurs et intermédiaires asiatiques.
Les procureurs américains accusent ce réseau d’avoir organisé le transit de serveurs IA via Taïwan et l’Asie du Sud-Est avant leur réexportation secrète vers la Chine, en contournant les sanctions américaines visant les technologies avancées d’intelligence artificielle.
Selon les enquêteurs, l’opération aurait porté sur au moins 2,5 milliards de dollars de technologies américaines, dont plus de 500 millions de dollars expédiés entre avril et la mi-mai 2025.
Bloomberg affirme que la mystérieuse « Société-1 » mentionnée dans l’acte d’accusation correspondrait à OBON Corp., une entreprise thaïlandaise spécialisée dans l’import-export informatique.
OBON et SiamAI : des liens qui interrogent
Les registres commerciaux thaïlandais indiquent qu’OBON Corp. a été fondée en 2018 avec un capital enregistré de 100 millions de bahts. L’entreprise est également liée à Siam AI Corp., acteur majeur de l’IA en Thaïlande et premier partenaire officiel de Nvidia Cloud dans le royaume.
SiamAI avait notamment annoncé son ambition de développer une infrastructure baptisée « Siam AI Cloud » à Bangkok à l’aide de serveurs Nvidia de dernière génération.
Le PDG de SiamAI, Rattanaphon Wongnapachant — neveu de l’ancien Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra — avait par ailleurs accueilli en décembre 2024 à Bangkok Jensen Huang, le patron mondial de Nvidia, lors d’un gala très médiatisé auquel participait également Thaksin.
Bloomberg rapporte également que M. Rattanaphon aurait dirigé OBON jusqu’en mai 2024, ce que les documents d’entreprise semblent confirmer.
SiamAI nie toute implication
Face à l’ampleur des accusations, SiamAI a rapidement publié un communiqué rejetant toute implication dans un éventuel trafic technologique vers la Chine. L’entreprise affirme « n’avoir jamais participé à l’exportation de serveurs IA vers la Chine » et assure qu’elle coopérera pleinement avec toute enquête des autorités américaines.
SiamAI a également contesté certaines informations relayées dans la presse internationale, notamment les affirmations selon lesquelles ses bureaux seraient partagés avec ceux d’OBON Corp.
Lors d’un entretien accordé à Bloomberg, M. Rattanaphon a déclaré avoir quitté OBON au moment de la création de SiamAI et a précisé que son entreprise importait des puces GPU uniquement pour ses propres opérations en Thaïlande.
Une source proche de SiamAI a toutefois reconnu auprès de Bloomberg qu’OBON faisait partie des fournisseurs ayant permis à l’entreprise de se procurer des serveurs d’intelligence artificielle.
Alibaba dément tout lien
Le géant chinois Alibaba Group Holding, également cité comme client final potentiel des serveurs concernés, a fermement nié toute implication. Dans une déclaration transmise à Reuters, Alibaba affirme n’entretenir « aucune relation commerciale » avec Super Micro, OBON ou les intermédiaires mentionnés dans l’enquête américaine. Le groupe assure également n’avoir jamais utilisé de puces Nvidia interdites dans ses centres de données.
Nvidia insiste sur le respect des règles
De son côté, Nvidia a rappelé qu’elle exigeait de tous ses partenaires un strict respect des réglementations internationales. Dans une déclaration adressée à Reuters, un porte-parole du groupe américain a indiqué que Nvidia continuerait de coopérer avec les autorités américaines afin de faire appliquer les contrôles à l’exportation.
Depuis 2022, Washington a fortement renforcé les restrictions visant les exportations de puces IA avancées vers la Chine, craignant que ces technologies puissent être utilisées à des fins militaires ou stratégiques.
Les puces Nvidia figurent aujourd’hui parmi les composants technologiques les plus convoités au monde dans la course mondiale à l’intelligence artificielle.
Une affaire aux conséquences potentiellement majeures
Cette enquête intervient dans un contexte de tensions technologiques croissantes entre les États-Unis et la Chine, où le contrôle des semi-conducteurs est devenu un enjeu géopolitique central.
L’affaire pourrait également avoir des répercussions importantes pour l’écosystème technologique thaïlandais, alors que Bangkok tente de se positionner comme un futur hub régional de l’intelligence artificielle et du cloud computing.
Parallèlement, Super Micro fait déjà face à une action en justice intentée par certains actionnaires américains, qui accusent l’entreprise d’avoir dissimulé sa dépendance commerciale au marché chinois en violation des règles américaines sur les exportations technologiques.
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