
Une chronique de Ioan Voicu, ancien ambassadeur de Roumanie en Thaïlande
Une réponse académique récente et convaincante à cette question fondamentale est apportée par une recherche collective de 285 pages, réunie dans l’ouvrage intitulé La diplomatie climatique à la croisée des chemins : une perspective multidisciplinaire(Climate Diplomacy at the Crossroads: A Multidisciplinary Perspective), sous la direction de Şuay Nilhan Açıkalın, publié simultanément par Bloomsbury Publishing Inc. à New York, Londres et Dublin en 2026. Le Dr Açıkalın est actuellement membre du corps professoral du département des relations internationales de l’Université Ankara Hacı Bayram Veli.
Cet événement académique est particulièrement bienvenu, tant sur le plan scientifique que politique, à une époque où l’humanité est confrontée à une grave crise de l’eau sur tous les continents, avec des conséquences particulièrement visibles en Afrique et en Asie, et dont la situation en Inde offre un exemple frappant.
Oui ! L’eau peut non seulement être un sujet de négociations diplomatiques dans le cadre de la diplomatie multilatérale, mais elle devient de plus en plus un sujet majeur de coopération internationale, de prévention des conflits, de développement durable et de sécurité humaine.
Il convient de rappeler que plusieurs tendances mondiales ont placé l’eau au cœur de la diplomatie multilatérale : la croissance démographique et l’urbanisation accroissent la demande en eau douce ; le changement climatique modifie les régimes de précipitations, provoquant sécheresses, inondations et pénuries d’eau ; les fleuves, lacs et aquifères transfrontaliers sont partagés par de nombreux États, ce qui exige une coopération ; l’eau est essentielle à la production alimentaire, à la production d’énergie, à la santé publique et au développement économique ; la concurrence pour les ressources en eau peut engendrer des tensions politiques et une instabilité régionale.
De ce fait, la diplomatie de l’eau s’est imposée comme un domaine spécifique reconnu des relations internationales. Dans le domaine de la diplomatie multilatérale, les Nations unies ont inscrit l’eau parmi leurs priorités permanentes, notamment à travers des initiatives telles que : la Conférence des Nations unies sur l’eau de 2023, première conférence des Nations unies sur l’eau depuis près d’un demi-siècle ; les Objectifs de développement durable (ODD), en particulier l’ODD 6 ; les activités coordonnées par ONU-Eau ; les discussions à l’Assemblée générale des Nations unies et dans d’autres organes de l’ONU concernant la sécurité de l’eau et sa gestion durable.
Nombre des principaux fleuves du monde traversent des frontières nationales, rendant les accords de partage des eaux essentiels. Citons notamment : l’Initiative du bassin du Nil, qui regroupe les pays dépendants du Nil ; la coopération entre les États d’Asie du Sud-Est concernant le Mékong ; les accords relatifs au Danube, sous l’égide de la Commission internationale pour la protection du Danube ; les accords de partage des eaux de l’Indus entre l’Inde et le Pakistan.
Ces exemples illustrent comment l’eau peut être au cœur des négociations multilatérales de longue durée. Des sources académiques montrent que de nombreux chercheurs et diplomates considèrent désormais l’eau comme un enjeu de diplomatie préventive. Si les « guerres de l’eau » restent relativement rares, les différends relatifs à l’accès, à la répartition, à la construction de barrages et à la pollution peuvent exacerber les tensions politiques existantes. Par conséquent, les négociations visent souvent à : établir des mécanismes de partage équitables ; créer des institutions de gestion conjointe ; développer des mécanismes d’alerte précoce ; faciliter l’échange de données et la coopération scientifique ; prévenir les conflits avant qu’ils ne s’aggravent.
La littérature spécialisée indique que le terme « hydrodiplomatie » est de plus en plus utilisé pour décrire les efforts diplomatiques visant à gérer les ressources en eau partagées par le dialogue, la coopération et le droit international. Elle combine expertise technique, sciences de l’environnement, politiques de développement et diplomatie traditionnelle.
Dans l’ouvrage récent mentionné plus haut dans cette chronique, l’eau est évoquée pour la première fois dans le contexte suivant : « Le changement climatique n’est pas seulement un défi environnemental ; c’est une grave menace pour la sécurité mondiale. En exacerbant la pénurie d’eau et de nourriture… » (p. 3).
Cette idée se poursuit en des termes plus généraux : « Au cours du XXe siècle, l’industrialisation et les progrès technologiques ont profondément perturbé l’équilibre écologique de la Terre, entraînant une augmentation sans précédent de l’impact humain sur l’environnement. » De plus, la croissance démographique, la pollution et l’urbanisation ont exacerbé les défis environnementaux tels que la pénurie d’eau, la perte de biodiversité et le changement climatique, en faisant des problèmes mondiaux persistants (p. 10).
Les auteurs jugent pertinent de mentionner que « les pays en développement sont confrontés à l’immense défi de sortir leurs citoyens de la pauvreté et de garantir leurs besoins fondamentaux, tels que l’accès à l’eau, aux soins de santé, à l’assainissement, à l’éducation et à l’énergie » (p. 25).
Il est également rappelé que « le changement climatique a des répercussions mondiales dans de nombreux domaines, allant des problèmes de santé physique et mentale à l’insécurité alimentaire et hydrique » (p. 110).
Il est souligné que « la terminologie adoptée a évolué au fil du temps, intégrant une diversité de concepts, notamment des expressions telles que diplomatie verte, également appelée écodiplomatie, diplomatie énergétique, diplomatie climatique et diplomatie de l’eau » (p. 122). C’est une bonne nouvelle pour l’avenir.
Conclusion
Il existe un consensus clair : l’eau n’est plus seulement un problème environnemental ou technique. Au XXIᵉ siècle, elle est devenue un enjeu diplomatique stratégique qui touche à la paix, à la sécurité, au développement, au changement climatique, aux droits humains et à la coopération internationale.
Face à la raréfaction croissante des ressources en eau dans de nombreuses régions, l’eau occupera vraisemblablement une place encore plus importante dans l’agenda de la diplomatie multilatérale au cours des prochaines décennies.
Pour un spécialiste de la diplomatie multilatérale, l’eau peut être considérée comme un enjeu paradigmatique illustrant comment les défis mondiaux exigent une gestion collective par le biais des institutions internationales, des cadres juridiques et de négociations diplomatiques soutenues aux niveaux bilatéral et multilatéral. Il est impératif d’aller au-delà des statistiques et de prendre en compte les populations, leurs espoirs et les aspirations des communautés concernées. L’idée est bonne. Excellente même.
Cet ouvrage, dont la recension est faite, est un vibrant appel à agir avec courage et discernement pour bâtir un monde plus juste et plus durable.
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