
Gavroche a sélectionné pour vous quelques nouvelles saillantes en Birmanie durant cette semaine écoulée. Un survol de l’actualité pour tous ceux qui s’intéressent à ce pays d’Asie du Sud-Est.
Politique, Diplomatie
Le président birmane, Min Aung Hlaing, effectuera une visite officielle en Chine du 15 au 19 juin, à l’occasion du 76e anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays. Cette visite illustre l’importance des relations entre Naypyidaw et Pékin dans un contexte où la Birmanie demeure largement marginalisée par les pays occidentaux depuis le coup d’État de 2021. La Chine reste l’un des principaux partenaires économiques et diplomatiques du régime birman, aux côtés de la Russie, de l’Inde et de plusieurs pays voisins de la région, dont la Thaïlande. Les discussions devraient porter sur la coopération économique, les investissements chinois en Birmanie et la stabilité des zones frontalières, un sujet de préoccupation majeur pour Pékin.
Le ministère chinois des Affaires étrangères a confirmé l’arrestation, le 3 juin à Kunming, de Min Zin, citoyen américain d’origine birmane et directeur de l’Institute for Strategy and Policy-Myanmar (ISP-Myanmar). Pékin l’accuse d’avoir mené des « activités d’espionnage mettant en danger la sécurité nationale », sans fournir davantage de détails. Spécialiste reconnu des relations entre la Chine et la Birmanie, Min Zin se rendait à Kunming à l’invitation d’une institution universitaire chinoise. Les autorités américaines suivent l’affaire et lui apportent une assistance consulaire par l’intermédiaire de leur consulat à Guangzhou.
En visite à Naypyidaw, le ministre indonésien des Affaires étrangères, Sugiono, a réaffirmé que le Consensus en cinq points de l’ASEAN demeure le cadre de référence pour résoudre la crise birmane. Jakarta a appelé à un dialogue inclusif entre toutes les parties et à une réduction des violences. Cette visite, la première d’un chef de la diplomatie indonésienne en Birmanie depuis le coup d’État de 2021, intervient alors que plusieurs pays de l’ASEAN privilégient désormais le dialogue avec le pays plutôt que son isolement.
L’organisation Justice For Myanmar (JFM) appelle Singapour à agir contre plusieurs entreprises enregistrées sur son territoire et accusées de participer aux réseaux d’approvisionnement du régime militaire birman. Selon l’ONG, plusieurs sociétés liées à l’acquisition d’équipements militaires et de technologies sensibles restent actives malgré les mesures prises depuis le coup d’État de 2021. JFM estime que Singapour, principal centre financier régional, pourrait jouer un rôle plus important pour entraver les circuits qui permettent au régime militaire de poursuivre ses opérations.
Le président birman, Min Aung Hlaing, entend accélérer la réforme de la Constitution de 2008, conçue à l’origine pour garantir l’influence politique de l’armée. Selon l’analyste François Guilbert, le projet vise avant tout à consolider le contrôle du régime sur le processus politique et à renforcer sa légitimité sur la scène régionale, sans apporter de réponse durable au conflit qui déchire le pays depuis le coup d’État de 2021.
Le Parti de l’Union, de la solidarité et du développement (USDP), principale formation politique soutenue par l’armée birmane, a célébré le 8 juin son 16e anniversaire lors de cérémonies organisées à Naypyidaw et dans plusieurs régions du pays. Fondé en 2010, l’USDP a marqué l’événement par une cérémonie de lever des couleurs et des offrandes à des moines bouddhistes. Le parti demeure l’un des principaux relais politiques de la junte dirigée par Min Aung Hlaing.
À l’occasion du 77e anniversaire de la Journée de Kawthoolei, le président de l’Union nationale karen (KNU), Padoh Saw Kwe Htoo Win, a appelé à former une nouvelle génération de responsables capables de bâtir un « État karen » autonome. Dans son message, il a insisté sur la nécessité de renforcer l’administration, la sécurité, l’économie et la gestion publique dans les zones contrôlées par le KNU, tout en adaptant le projet de Kawthoolei aux réalités politiques actuelles.
Économie
China Southern Airlines et Myanmar Airways International vont augmenter la fréquence de leurs liaisons entre Rangon et Guangzhou, reflétant le renforcement des échanges entre la Birmanie et son principal partenaire économique. Cette décision vise notamment à accompagner la reprise du trafic touristique et des déplacements d’affaires. La Chine demeure la première source de visiteurs étrangers en Birmanie et l’un des principaux soutiens économiques du pays depuis le coup d’État de 2021.
Un pavillon dédié au jade birman a été inauguré à Kunming à l’occasion de l’Exposition Chine–Asie du Sud, marquant la première vente officielle de cette pierre précieuse à l’étranger depuis plus de soixante ans. L’événement illustre l’importance du marché chinois pour une filière qui demeure l’une des principales sources de revenus miniers de la Birmanie. La Chine reste de loin le premier débouché du jade birman, dont une grande partie de la production est exportée vers la province du Yunnan.
Le syndicat mondial IndustriALL a demandé à l’Organisation internationale du travail (OIT) et à ses États membres de renforcer les mesures visant la junte birmane, qu’il accuse de recourir au travail forcé et de réprimer les libertés syndicales, notamment dans le secteur textile. Certaines organisations de défense des travailleurs mettent toutefois en garde contre un retrait massif des donneurs d’ordre occidentaux, qui pourrait fragiliser davantage les centaines de milliers d’ouvriers dépendant de cette industrie pour leur subsistance.
La Banque centrale de Birmanie (CBM) a poursuivi ses ventes de dollars afin de soutenir les importations de produits essentiels et l’industrie manufacturière orientée vers l’exportation. Le 12 juin, elle a injecté plus de 1,6 million de dollars en faveur des importateurs d’huile alimentaire ainsi que des fonds destinés aux entreprises du secteur CMP (Cut-Make-Pack). Depuis le début du mois, la CBM a vendu plusieurs millions de dollars sur le marché, dans un contexte de pénurie de devises et de forte pression sur le kyat. En mai, elle avait déjà injecté plus de 51 millions de dollars et 1,2 million de bahts thaïlandais pour tenter de stabiliser le marché des changes.
Société
Le département d’État américain a confirmé le décès d’un employé du gouvernement américain affecté à l’ambassade des États-Unis à Rangoun. Selon plusieurs médias internationaux, l’homme aurait été retrouvé mort il y a environ deux semaines dans un hôtel de la capitale économique birmane. Les autorités locales traitent l’affaire comme un homicide présumé. Une ressortissante thaïlandaise aurait été interpellée dans le cadre de l’enquête. Washington a confirmé le décès mais n’a communiqué aucun détail supplémentaire, invoquant le respect de la vie privée de la famille de la victime.
L’Armée de libération nationale ta’ang (TNLA) a annoncé avoir versé 10 millions de kyats, soit environ 2 370 dollars, à chaque famille ayant perdu un proche lors de l’explosion survenue le 31 mai dans le village de Kaung Tat, dans le township de Namkham, au nord de Lashio. Plusieurs hauts responsables du groupe armé ethnique ont participé, le 6 juin, à une cérémonie d’hommage organisée à Namkham. Le TNLA n’a toutefois pas précisé combien de familles avaient bénéficié de cette indemnisation.
Un séisme de magnitude 4,0 a été ressenti jeudi vers midi dans plusieurs quartiers de Rangoun, notamment à Ahlone, Sanchaung, Thaketa, Hlaing et Dawbon. Selon le ministère des Affaires sociales, du Travail et de l’Aide humanitaire du Gouvernement d’unité nationale (NUG), l’épicentre se situait près de Twante, dans la région de Rangoun. Les habitants ont signalé une secousse brève mais clairement perceptible. Aucun dégât majeur n’a été rapporté dans l’immédiat.
Plus de 5 500 réfugiés birmans vivant dans des camps à la frontière thaïlandaise ont trouvé un emploi depuis l’assouplissement des règles d’accès au travail par Bangkok, selon le HCR. La Thaïlande a autorisé environ 80 000 réfugiés venus de Birmanie à travailler légalement, dans un contexte de baisse de l’aide humanitaire internationale et de pénurie de main-d’œuvre. Pour l’agence des Nations unies, cette politique pourrait servir d’exemple régional, notamment pour les pays confrontés à des situations de déplacement prolongé.
Des familles déplacées par le conflit dans l’État kachin ont récemment emménagé dans de nouveaux logements construits dans les villages de Myo Tit Wun Zup et Kasung, près de Namti. Ces habitants vivaient dans des camps depuis la reprise des combats entre l’armée birmane et l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA) en 2011. Le projet a été financé avec le soutien d’organisations caritatives et de l’Église baptiste kachin (KBC). Une cinquantaine de familles bénéficient désormais de logements permanents, après plus d’une décennie de déplacement.
Répression / Conflit
Le chef de la police, Zaw Lin Tun, affirme que 746 « fugitifs » ont été arrêtés depuis le 10 avril grâce au Person Scrutinization and Monitoring System (PSMS), un dispositif de surveillance numérique utilisé aux péages, aux barrages routiers et lors de contrôles nocturnes. Mis en place en mars 2025, ce système permettrait au régime de suivre les activités en ligne et hors ligne des citoyens. Selon Myanmar Internet Project, au moins 49 personnes ont également été arrêtées entre novembre 2025 et janvier 2026 pour des publications sur les réseaux sociaux jugées hostiles aux élections organisées par l’armée.
L’Armée d’Arakan (AA) aurait encerclé la base navale de Taung Maw Gyi, dans le township de Kyaukphyu, l’un des derniers bastions de l’armée birmane dans l’État de Rakhine. Selon des sources locales, les forces rebelles contrôlent désormais les principales voies terrestres d’accès au site, obligeant l’armée à s’approvisionner par voie maritime. Les combats se sont intensifiés ces dernières semaines autour de cette position stratégique située sur la côte ouest de la Birmanie.
L’armée birmane a mené jeudi une série de frappes aériennes contre le quartier général des Forces de défense du Chinland (CDF-Zophei) et ses environs, dans le township de Thantlang, dans l’État Chin. Selon des groupes de surveillance de l’aviation militaire, sept avions de combat ont effectué onze raids, larguant une trentaine de bombes.
La FIFA fait l’objet de critiques de la part de plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Justice For Myanmar, après avoir attribué les droits de diffusion de la Coupe du monde 2026 en Birmanie à SkyNet. Cette plateforme de télévision payante appartient au groupe Shwe Than Lwin, dont le fondateur, Kyaw Win, est considéré par les ONG comme proche de l’armée.
Les médias proches du régime affirment que l’armée a pris le contrôle d’une base des Forces de défense populaire (PDF) dans le township de Tamu, à la frontière avec l’Inde, après plusieurs jours de combats intenses. Depuis le 10 juin, les affrontements se sont intensifiés le long de l’axe routier reliant Tamu à Kalay, avec l’appui de frappes aériennes de l’armée. Les groupes de résistance n’ont pas confirmé, à ce stade, la perte de cette position.
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