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CAMBODGE – CRIME : Les cyber-arnaques continuent de remplir les caisses de la mafia frontalière

Date de publication : 21/06/2026
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Au Cambodge, les centres d’arnaques en ligne continuent de fonctionner malgré les opérations de démantèlement.

 

Amnesty International dénonce l’inefficacité des opérations contre les réseaux de cybercriminalité

 

Les vastes opérations menées par les autorités cambodgiennes contre les centres d’escroquerie en ligne n’ont pas permis de mettre fin aux activités de nombreux sites liés à la cybercriminalité, selon un rapport publié par L’organisation de défense des droits de l’homme.

 

L’organisation de défense des droits humains affirme que des dizaines de complexes utilisés pour des fraudes numériques à grande échelle continuent de fonctionner malgré plusieurs mois de répression officielle.

 

Sur 86 sites identifiés comme des centres d’arnaques (« scam centres »), les autorités cambodgiennes n’auraient procédé à des interventions que dans 24 lieux, selon Amnesty. L’organisation estime que plusieurs opérations ont été limitées, tardives ou inefficaces, notamment en raison d’une possible complicité entre certains responsables de complexes et des membres des forces de l’ordre.

 

Selon le rapport, certains survivants ont indiqué avoir été déplacés d’une région à une autre pendant les opérations de police afin d’échapper aux autorités.

 

Le gouvernement cambodgien rejette les accusations

 

Le gouvernement de Phnom Penh a fermement contesté les conclusions d’Amnesty International. Chhay Sinarith, haut responsable chargé de la lutte contre les escroqueries en ligne, a déclaré que le Cambodge n’acceptait pas l’idée selon laquelle les autorités ne prendraient pas de mesures contre ces réseaux criminels.

 

Il a qualifié le rapport de l’organisation de « sélectif » et « unilatéral », estimant qu’il ne reflétait pas l’ampleur des efforts déployés au niveau national.

 

Selon le gouvernement, les opérations en cours comprennent des interventions coordonnées de la police, des arrestations, des saisies de biens et le démantèlement de plusieurs complexes criminels dans différentes provinces.

 

Les autorités soulignent également que ces réseaux sont extrêmement difficiles à combattre en raison de leur caractère international, de leur capacité d’adaptation rapide et de leur organisation conçue précisément pour échapper aux forces de sécurité.

 

L’Asie du Sud-Est devenue un centre mondial de la fraude numérique

 

Les centres d’arnaques en ligne sont devenus l’un des principaux visages de la criminalité numérique mondiale. Depuis la pandémie de Covid-19, ces complexes se sont multipliés dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, notamment au Cambodge, au Laos, aux Philippines et dans certaines zones difficiles à contrôler situées à la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande.

 

Ces installations sont souvent dirigées par des groupes criminels

 

internationaux, fréquemment liés à des réseaux chinois, et emploient des dizaines de milliers de personnes. De nombreuses victimes sont recrutées sous de fausses promesses d’emploi avant d’être contraintes de participer à des escroqueries en ligne : investissements fictifs, fraudes aux cryptomonnaies, arnaques sentimentales ou manipulations financières.

 

Des journalistes de Reuters ayant visité certains centres abandonnés ou saisis au Cambodge ont rapporté avoir constaté des signes d’exploitation humaine et d’activités frauduleuses organisées à une échelle industrielle.

 

Des victimes de traite encore insuffisamment protégées

 

Au-delà de la question des opérations policières, Amnesty International critique également le traitement réservé aux personnes libérées de ces complexes. L’organisation affirme avoir interrogé 73 personnes ayant été retenues contre leur gré dans des centres d’arnaques. Toutes ont déclaré avoir subi ou observé des violences.

 

Parmi elles, six femmes ont affirmé avoir été victimes de viols. Amnesty reproche aux autorités cambodgiennes de considérer trop souvent ces personnes comme des migrants en situation irrégulière plutôt que comme des victimes de traite d’êtres humains nécessitant protection et assistance.
Selon l’organisation, les victimes qui parviennent à fuir ou qui sont libérées doivent bénéficier d’un accompagnement juridique, médical et psychologique, au lieu d’être simplement expulsées.

 

Le rapport conclut que la lutte menée par le Cambodge présente encore d’importantes lacunes, aussi bien dans l’identification et la fermeture des complexes criminels que dans la prise en charge des victimes.

 

Une pression internationale croissante

 

Le Cambodge fait face à une pression accrue de la part de plusieurs gouvernements étrangers, notamment des États-Unis. Washington estime que les citoyens américains ont perdu environ 10 milliards de dollars en 2024 à cause des centres d’arnaques opérant en Asie du Sud-Est.

 

Cette situation a poussé plusieurs pays à renforcer leur coopération policière et judiciaire afin de démanteler ces réseaux transnationaux.

 

Le défi est particulièrement complexe car les organisations criminelles impliquées opèrent au-delà des frontières nationales, déplacent rapidement leurs activités et exploitent les différences entre les systèmes juridiques.

 

Des opérations gouvernementales d’une ampleur croissante

 

Les autorités cambodgiennes affirment néanmoins avoir obtenu des résultats importants.

 

Selon Chhay Sinarith, le gouvernement a retiré les licences de 25 casinos soupçonnés d’être liés à des activités frauduleuses. Près de 1 500 personnes originaires de 19 pays auraient également été inculpées.

 

Les autorités indiquent par ailleurs que près de 19 000 étrangers ont été expulsés du pays et qu’environ 290 000 autres auraient quitté volontairement le territoire. Cependant, les organisations de défense des droits humains estiment que ces chiffres ne suffisent pas à démontrer un recul réel de la criminalité organisée.

 

Un phénomène régional difficile à éradiquer

 

L’affaire cambodgienne illustre un problème plus large qui touche l’ensemble de l’Asie du Sud-Est.

 

Les centres d’arnaques numériques profitent de la croissance rapide des échanges en ligne, de la popularité des investissements numériques et de la difficulté pour les autorités nationales de coopérer efficacement contre des réseaux criminels opérant à l’échelle internationale.

 

Pour les observateurs, la fermeture durable de ces complexes nécessitera non seulement des opérations policières, mais aussi une coopération régionale renforcée, une meilleure protection des victimes et une lutte plus efficace contre les structures financières qui permettent à ces réseaux de prospérer.

 

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