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BIRMANIE – SOCIÉTÉ : Selon l’ONU, la Birmanie est l’un des 13 pays les plus exposés à la famine au monde

Date de publication : 26/07/2026
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Une chronique birmane de François Guilbert

 

Statistiquement, 21 % de ses ménages étaient en mars 2026 en insécurité alimentaire. Un seuil national élevé, largement imputable aux généraux putschistes de 2021, à la guerre civile qu’ils ont enclenchée mais également à des décisions économiques inappropriées. De plus, à cette crise « systémique » sont venus s’agréger, depuis février 2026, les effets négatifs de la fermeture du détroit d’Ormuz, menaçant de doubler les dépenses de production agricole. Un défi majeur pour un pays important plus de 90 % de ses hydrocarbures et disposant de stocks stratégiques limités, officiellement de 40 jours de réserve pour l’essence et environ 54 jours pour le diesel. Une situation très préoccupante pour les familles en période de mousson alors que leurs réserves sont au plus bas et qu’elles dépendent, en cette saison, de produits renchéris sur les marchés.

 

La crise au Moyen-Orient aggrave sérieusement la situation des plus démunis

 

Les experts onusiens estiment que 3,5 à 5 millions de personnes pourraient rapidement s’ajouter aux familles en situation d’insécurité alimentaire alors qu’elles sont déjà à un pic dans certaines régions comme dans l’État Rakhine où 57 % des familles n’ont pas de moyens de se procurer des aliments de base. Elles n’étaient qu’un peu plus d’un tiers fin 2024. En tout état de cause, la deuxième récolte de riz 2025/26 qui représente environ 20 % de la production annuelle, s’annonce mal. Elle va se voir impactée par le manque de main d’œuvre, de machines agricoles mais plus encore par les difficultés croissantes d’accès aux fertilisants.

 

Les prix de l’urée restent nettement supérieurs à ceux de l’année précédente (+ 67 %), des agriculteurs ont d’ores et déjà décidé de cultiver des surfaces plus petites ou de diminuer les labours. Si cette situation perdure, elle laisse présager une baisse de la productivité et de la production agricole pendant la période de mousson qui va courir jusqu’au dernier trimestre de l’année et nourrir de nouveaux drames familiaux.

 

En outre, la météo pourrait bien, elle aussi, ajouter d’autres défis immédiats. Aux premières inondations d’ampleur des dernières semaines, une nouvelle phase d’El Niño s’annonce à court terme. Elle augmentera les risques de sécheresse en Birmanie et en Asie du sud-est. Un drame de plus car les vulnérabilités des habitants dans les zones reculées et touchées par les conflits s’accentuent déjà. De fait, on assiste à une baisse de la production agricole, une hausse substantielle des prix et des perturbations significatives dans les approvisionnements. Tout cela pèse sur la consommation des produits de première nécessité et les moyens de subsistance de tous les ménages.

 

Au début du mois de juillet, le coût moyen du panier alimentaire s’est avéré environ 20 % plus élevé qu’à la fin du mois de février 2026

 

La tendance haussière a été notamment nourrie par l’évolution récente des prix du riz (+ 18 %), alors qu’au détail ils avaient baissé régulièrement entre janvier 2025 et janvier 2026, bien que connaissant de fortes distorsions régionales, + 25 % dans l’État Kachin de mai 2025 à mai 2026. Autres produits de grande consommation tournés vers le haut : le sel (+ 11 %) et l’huile de palme (+ 17 %). Dans ces deux cas de figure, le général Min Aung Hlaing veut sauver la face mais avant tout tirer profit de la situation pour réduire la consommation intérieure. Sa porte-parole, la docteure Khaing Khaing Soe, a ainsi souligné que c’était un impératif de santé publique.

 

Il est vrai que les Birmans recourent à ces éléments de cuisson bien au-delà des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. Toutefois, derrière les sermons sanitaires répétés par le général-président, notamment le 22 juillet devant les gouvernements provinciaux de Bago et Rangoun, se cache un calcul en espèces sonnantes et trébuchantes ; bien éloigné de préoccupations sur la santé de de ses concitoyens.
De fait, les difficultés administratives à obtenir des licences d’importation ont des effets inflationnistes cumulatifs. Ainsi en est-il du prix de l’ail. Il n’a pas cessé d’augmenter, + 5 % d’avril à mai, en raison d’une contraction de la production nationale mais plus encore d’une diminution des importations.

 

Le régime militaire a peu de réserves en monnaies convertibles, il ne veut pas les dilapider à des fins alimentaires

 

Le grenier à céréales birman peine à exporter. Le commerce extérieur du riz pour l’année civile 2026 connaîtra par exemple une baisse de son volume de 14 % par rapport à 2025. Nay Pyi Taw ne pouvant trouver là les devises étrangères convertibles dont il a besoin, le gouvernement central réduit la délivrance générale des licences d’importation. Un cercle vicieux qui se retourne contre les consommateurs. Les évolutions récentes du marché des œufs en sont l’une des illustrations les plus criantes et s’exposent jusque dans les médias relais des intérêts de l’armée.

 

Depuis le coup d’État du 1er février 2021, l’achat à l’unité coûte aujourd’hui 5 fois plus cher. Or en dépit de cette évolution tarifaire, la production est très peu rentable. L’encadrement des prix à la consommation par le régime militaire n’incite pas à produire et à investir. Ce serait pourtant souhaitable car nombre de Birmans dépendent de plus en plus, dans leurs apports en protéines, de leur consommation d’œufs. Faute de revenus, les ménages réduisent en effet leurs achats de viandes et de poissons. L’Office de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU va plus loin encore dans ses constatations. Elle a confirmé en mars 2026 que de nombreuses familles n’ont plus d’autres choix que de réduire leurs rations de nourriture pour tenter de survivre. Dans un tel contexte, la production d’œufs n’en est que plus essentielle d’autant que le pays en est un gros consommateur (23e rang mondial).

 

Le gouvernement, né des élections générales de décembre 2025 et janvier 2026, le sait mais ses décisions vont à l’encontre de ce qu’il faudrait faire, notamment en matière d’alimentation animale. En ayant divisé par trois depuis 2024 les volumes autorisés à l’importation de soja pour la production avicole, les autorités ont détérioré matériellement l’alimentation des volatiles mais surtout concouru à la propagation d’infections dans les fermes. Une situation rapidement aggravée par l’interdiction d’importer des poussins reproducteurs et l’indisponibilité de nombreux produits vétérinaires, eux aussi, contingentés rigoureusement à l’importation par les administrations dans un État où la couverture vaccinale est pourtant, depuis toujours, bien inférieure aux niveaux requis pour une maîtrise efficace des maladies.

 

De plus, la hausse des prix des intrants et les prix de détail artificiellement fixés au plus bas ont incité des éleveurs à réduire leur production. Dans ce contexte, le cheptel s’est raréfié et le taux de ponte s’est lui aussi effondré à l’heure même où la demande des consommateurs s’est, elle, envolée. Se montrant toujours aussi inefficient dans ses approches économiques, le général-président Min Aung Hlaing fait urbi et orbi un constat alarmant de la situation mais il s’en remet pour les solutions à la Fédération birmane de l’élevage, à des consultations entre producteurs et distributeurs, à l’affichage public des prix de référence, des distributions temporaires à tarifs réduits d’une campagne appelée « Une nutrition quotidienne saine, fraîche et abordable », et non à des réformes économico-administratives indispensables de sa gouvernance.

 

François Guilbert

 

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