
Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim a annoncé que la Birmanie acceptait de reprendre 5 000 Rohingyas actuellement réfugiés en Malaisie. Si elle se confirme, cette décision pourrait marquer un tournant dans l’un des dossiers humanitaires les plus sensibles d’Asie du Sud-Est.
S’exprimant mercredi lors d’un meeting électoral dans l’État de Negeri Sembilan, Anwar Ibrahim a affirmé que les bonnes relations entre Kuala Lumpur et Naypyidaw avaient permis d’aboutir à cet accord.
« Nous entretenons de bonnes relations avec la Birmanie. Ils ont désormais accepté de reprendre 5 000 Rohingyas de Malaisie », a-t-il déclaré, sans préciser le calendrier ni les modalités de ce retour.
À ce stade, les autorités birmanes n’ont toutefois pas confirmé officiellement cette annonce. Le bureau présidentiel birman n’a pas répondu aux sollicitations de la presse, pas plus que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Une population apatride depuis des décennies
Les Rohingyas, minorité musulmane vivant principalement dans l’État de Rakhine, dans l’ouest de la Birmanie, sont privés de la citoyenneté birmane depuis 1982. Victimes de discriminations et de violences, des centaines de milliers d’entre eux ont fui leur pays au cours de la dernière décennie, principalement vers le Bangladesh, mais aussi vers la Malaisie, l’Indonésie et d’autres pays de la région.
Selon les Nations unies, ils constituent l’une des plus importantes populations apatrides au monde.
La Malaisie accueille depuis des années une importante communauté rohingya. À la fin du mois de février, le HCR y recensait près de 126 000 Rohingyas.
Des tensions croissantes en Malaisie
Cette annonce intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de la présence des rohingyas en Malaisie.
Cette semaine, les autorités malaisiennes ont brièvement interpellé plus d’une centaine de Rohingyas rassemblés devant les bureaux du HCR à Kuala Lumpur pour solliciter l’aide de l’agence onusienne. Les réfugiés expliquaient que des habitants les avaient contraints à quitter leurs logements dans l’État de Penang à la suite de tensions locales. Après avoir vérifié leurs documents, la police les a tous remis en liberté.
Ces derniers mois, plusieurs organisations ont également dénoncé une montée des discours hostiles envers les Rohingyas sur les réseaux sociaux, ainsi que la fermeture de certaines écoles communautaires.
Parallèlement, le gouvernement malaisien a demandé au HCR de suspendre temporairement l’enregistrement de nouveaux réfugiés, le temps de mettre en place un système national de gestion des demandes d’asile.
Un retour sous de nombreuses conditions
La Malaisie n’est pas signataire de la Convention de Genève sur les réfugiés et considère juridiquement les demandeurs d’asile comme des migrants en situation irrégulière. Le HCR assure donc un rôle essentiel dans leur enregistrement et leur protection.
Si l’annonce d’Anwar Ibrahim devait se concrétiser, elle soulèverait de nombreuses questions : les retours seront-ils volontaires ? Quelles garanties de sécurité seront offertes aux personnes concernées ? Et surtout, la Birmanie est-elle prête à reconnaître durablement les droits d’une population qu’elle a longtemps refusé de considérer comme ses propres citoyens ?
Autant d’interrogations qui demeurent sans réponse, alors que la crise des Rohingyas reste l’un des défis humanitaires et diplomatiques majeurs de l’Asie du Sud-Est.
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