
L’économie philippine a fortement ralenti au deuxième trimestre 2026. La hausse des prix de l’énergie pèse sur les ménages tandis que les investissements reculent, notamment dans les infrastructures publiques. La croissance n’a atteint que 2,3 % sur un an entre avril et juin.
Le produit intérieur brut (PIB) des Philippines a progressé de seulement 2,3 % sur un an au deuxième trimestre 2026, selon les chiffres publiés vendredi par l’Autorité philippine des statistiques. La croissance avait déjà ralenti à 2,8 % au cours des trois premiers mois de l’année.
En dehors des contractions enregistrées pendant la pandémie de Covid-19 en 2020 et 2021, il faut remonter à la fin de 2009 pour retrouver un rythme de croissance trimestriel aussi faible.
Le résultat est également inférieur aux prévisions. Les économistes interrogés par le quotidien philippin BusinessWorld tablaient en moyenne sur une progression de 2,8 %.
Un choc énergétique qui frappe les ménages
Le ralentissement intervient alors que les Philippines subissent de plein fouet la hausse des prix de l’énergie provoquée par la guerre en Iran et les perturbations affectant le détroit d’Ormuz.
La situation est particulièrement sensible pour l’archipel, fortement dépendant des importations de carburants. La hausse des cours internationaux se répercute sur les prix des transports, de l’électricité et des produits importés, réduisant le pouvoir d’achat des ménages.
L’inflation a ainsi atteint 7,2 % sur un an en avril. Elle est depuis redescendue à 6,2 % en juillet, mais demeure très supérieure à l’objectif de 3 % fixé par la banque centrale pour 2026.
La faiblesse du peso accentue cette pression. La monnaie philippine a atteint des plus bas historiques ces derniers mois, renchérissant davantage les importations payées en dollars.
Or la consommation des ménages représente plus de 70 % de l’économie philippine. Son ralentissement constitue donc un frein majeur à l’activité. Les dépenses des ménages ont progressé de 2,8 % sur un an entre avril et juin, contre 3 % au premier trimestre et 5,2 % à la même période en 2025.
Les investissements chutent de 9,2 %
L’autre mauvaise nouvelle vient de l’investissement, en recul de 9,2 % au deuxième trimestre.
Cette baisse s’explique notamment par le coup de frein donné aux chantiers publics après le scandale de corruption dans les infrastructures qui a éclaté en 2025. Le ministère des Travaux publics a adopté une attitude beaucoup plus prudente dans l’attribution et l’exécution des projets.
Le secrétaire à la Planification socio-économique, Arsenio Balisacan, a reconnu qu’une « forte baisse de la construction publique » avait constitué le principal facteur du recul de l’investissement.
Le gouvernement espère toutefois un redémarrage au troisième trimestre, plusieurs contrats de travaux publics ayant commencé à être déployés en juin.
Manille veut croire à un passage à vide
Malgré ces chiffres, les autorités philippines se veulent rassurantes.
« Si l’on exclut la pandémie, nous avons été pendant près de quinze ans en tête du peloton, ou parmi les économies affichant la croissance la plus rapide de notre région », a déclaré Arsenio Balisacan vendredi.
« Ce que nous connaissons actuellement est, je crois, transitoire », a-t-il ajouté, assurant que le gouvernement travaillait à ramener le pays sur une trajectoire de forte croissance.
La présidence a également qualifié le ralentissement de « temporaire », estimant que les difficultés actuelles ne remettaient pas en cause les perspectives économiques de long terme des Philippines.
L’objectif de croissance 2026 sous pression
La combinaison d’une inflation élevée, d’une consommation moins dynamique et du recul de l’investissement rend néanmoins plus difficile l’objectif de croissance fixé par le gouvernement, compris entre 3,5 % et 4,5 % pour l’ensemble de 2026.
Dans ses perspectives de mi-année, la Banque mondiale prévoit pour sa part une croissance de 3,7 % cette année, après 4,4 % en 2025. L’institution anticipe un ralentissement à la fois de la consommation privée et de l’investissement.
Pour les Philippines, la suite de l’année dépendra donc largement de l’évolution des prix mondiaux de l’énergie, mais aussi de la reprise des investissements publics. Après des années de croissance rapide, la troisième économie la plus peuplée d’Asie du Sud-Est traverse l’un de ses plus sérieux coups de frein depuis la crise financière mondiale.
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