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CAMBODGE – SOCIÉTÉ : Malgré la guerre, j’ai vu un pays qui garde le sourire

Journaliste : Jean-Michel Gallet Date de publication : 11/08/2026
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Cambodge

 

Un récit cambodgien de Jean-Michel Gallet

 

Le conflit avec la Thaïlande a fragilisé l’économie et bouleversé des milliers de vies. Pourtant, au fil des routes, des villages et des pagodes, le visiteur découvre un peuple qui continue d’accueillir l’étranger avec une étonnante sérénité.

 

Un pays encore marqué par le conflit

 

Début 2026, le Cambodge sort difficilement de plusieurs mois de tensions avec la Thaïlande. Un cessez-le-feu fragile a mis fin aux combats, mais les régions frontalières demeurent sous surveillance, comme en témoignaient encore les cartes de sécurité diffusées par l’ambassade de France à Phnom Penh.

 

À Kep, un couple de retraités français rencontré au hasard d’un voyage résume le climat de l’époque : « Voilà un an que nous avons quitté la France pour un tour du monde par voie terrestre. Voilà un an que nous ne rencontrons que des guerres. »

 

La question s’impose alors : quel Cambodge retrouve-t-on après ce nouveau conflit ?

 

La magie de l’Asie opère toujours

 

Pour le voyageur qui revient régulièrement dans le royaume khmer, une évidence s’impose pourtant très vite.

 

Le soleil d’hiver éclaire toujours les campagnes. Les routes parcourues à moto procurent toujours cette impression de liberté propre à l’Asie du Sud-Est. Les scènes de vie se succèdent : marchés, rizières, pagodes, enfants jouant au bord des chemins.

 

Mais surtout, il y a ces sourires.

 

À chaque carrefour, dans chaque village, au détour d’une piste, un inconnu adresse spontanément un sourire au visiteur. Un geste simple, gratuit, qui ne débouchera probablement jamais sur une nouvelle rencontre, mais qui traduit une manière d’être profondément ancrée dans la culture cambodgienne.

 

 

Les réfugiés, première conséquence de la guerre

 

La guerre n’a pourtant rien d’abstrait.

 

À Battambang, plusieurs pagodes ont accueilli des centaines de familles ayant fui les combats. Un moine raconte qu’un mois auparavant, près de 200 familles vivaient encore dans son enceinte. Au moment du voyage, elles n’étaient plus qu’une vingtaine, mais beaucoup ne pouvaient toujours pas regagner leur village, situé dans des zones occupées ou encore considérées comme dangereuses.

 

Les réfugiés tentent malgré tout de reprendre une vie presque normale.

 

Les femmes et les jeunes filles effeuillent des branches de margousier afin d’en vendre les fleurs sur les marchés. Une activité modeste qui permet de compléter les revenus familiaux. Dans la tradition locale, cet arbre est aussi réputé pour ses nombreuses vertus médicinales.

 

Le tourisme, victime collatérale

 

Au-delà des destructions et des déplacements de population, c’est toute l’économie cambodgienne qui subit les conséquences du conflit.

 

Le tourisme figure parmi les secteurs les plus touchés. Avant la guerre, près de 40 % des visiteurs étrangers venaient de Thaïlande. La fermeture des frontières et les inquiétudes sécuritaires ont brutalement interrompu ces flux.

 

Les témoignages recueillis sur place sont éloquents.

 

À Kep, un restaurateur affirme n’avoir servi qu’une vingtaine de clients en deux mois. À Phnom Penh, un guide francophone évoque une baisse de moitié de sa clientèle. Les chiffres officiels confirment cette tendance : la fréquentation d’Angkor a chuté de plus de 30 % au premier semestre 2026 et le nombre total de visiteurs étrangers a reculé d’environ 40 % durant les premiers mois de l’année.

 

Pourquoi les Cambodgiens continuent-ils de sourire ?

 

La véritable question demeure pourtant ailleurs. Comment expliquer cette capacité à conserver le sourire malgré les épreuves ?

 

Pour Jean-Michel Gallet, la réponse se trouve dans les fondements mêmes de la société cambodgienne : le bouddhisme theravāda, la famille élargie et le respect des hiérarchies traditionnelles constituent les trois piliers d’une vision du monde qui privilégie l’acceptation plutôt que la révolte.

 

Cette culture favorise une attention portée à l’instant présent et une forme de détachement face aux événements que l’individu ne peut maîtriser.

 

Ce que certains Occidentaux qualifieraient de fatalisme est, pour beaucoup de Cambodgiens, une manière de préserver la paix intérieure.

 

Une identité qui résiste à la mondialisation

 

Contrairement à une idée répandue, l’auteur ne voit pas la mondialisation comme une menace majeure pour la culture khmère.

 

À ses yeux, celle-ci possède une remarquable capacité d’adaptation. Les influences étrangères sont accueillies sans remettre en cause les fondements de l’identité nationale. Cette plasticité culturelle explique à la fois l’ouverture du Cambodge aux visiteurs et la permanence de ses traditions.

 

Comme le rappelait le père François Ponchaud : « Même baptisé, un Khmer restera toujours un Khmer. »

 

 

Le sourire comme résistance

 

Le Cambodge de 2026 porte encore les stigmates de la guerre. Les réfugiés restent nombreux. Le tourisme peine à retrouver son niveau d’avant-crise. Les plus modestes s’appauvrissent.

 

Pourtant, derrière ces difficultés demeure ce qui frappe tous ceux qui parcourent le pays : un peuple qui continue d’accueillir l’autre avec simplicité et bienveillance.

 

Dans un monde où les conflits semblent désormais omniprésents, ce sourire n’est peut-être pas une marque d’insouciance. Il est, au contraire, une forme silencieuse de résistance.

 

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