
Nous ne sommes pas, à la rédaction de Gavroche, des partisans zélés de la répression de la consommation de cannabis à des fins médicales. Nous avions même, dans un reportage réalisé à Phuket en plusieurs volets, refusé de tomber dans le panneau du « Tous trafiquants ! » lorsque nous avions rencontré de jeunes Français occupés à passer l’essentiel de leurs journées dans les boutiques spécialisées.
Nous ne voulions pas céder à la stigmatisation. Nous refusions alors, reconnaissons-le, de voir en face la réalité du danger pour les grands pays consommateurs comme la France, reliés directement par avion plusieurs fois par jour à la Thaïlande, devenue un pays pourvoyeur de résine et d’herbe…
Désormais, les chiffres imposent leur évidence. Au moins onze ressortissants Français sont aujourd’hui détenus dans le royaume ! Des jeunes dont la vie pourrait être gâchée, pulvérisée par leurs agissements. Et, d’après nos informations, un rapport précis et documenté a été présenté par les autorités françaises au Premier ministre Anutin lors de sa visite en France en mai, précédent la visite d’État du roi Maha Vajiralongkorn, qui s’est déroulée du 28 juin au 2 juillet. Combien de mules, à l’heure d’écrire ces lignes, sont assises dans les avions à destination de Paris, avec leurs bagages remplis de cannabis ?
La vérité ? Phuket est aujourd’hui un lieu d’approvisionnement majeur en cannabis à destination de la France. Un lieu prisé par des jeunes résolus à gagner de l’argent le plus rapidement possible. Un lieu où des intermédiaires sans scrupules, basés sur place, guident ces « mules », les ravitaillent et leur font courir les pires risques, avec les conséquences que l’on sait en France, où le trafic de cannabis est alimenté, on le sait, par d’autres provenances, notamment le Maroc.
C’est à Phuket, ne l’oublions pas, qu’eut lieu, au début de l’année 2023, la rixe entre les chefs des clans marseillais de narcotrafiquants Yoda et DZ Mafia. Un hasard ? Absolument pas !
Le chef du gouvernement thaïlandais porte, sur ce dossier, une responsabilité majeure. Il a été le promoteur de la libéralisation du cannabis à des fins médicales. Il se retrouve donc aujourd’hui dans le viseur de la France et des pays européens concernés.
Allons-nous revenir à une époque rappelant celle du trafic d’héroïne produite dans le Triangle d’Or dans les années 1970 et 1980 ?
Le débat sur la dépénalisation du cannabis en France mérite, dans un tel contexte, de reprendre, et la question doit être posée.
Reste une évidence : la réputation de la Thaïlande est aujourd’hui en jeu. Le pays du Sourire est aussi celui des trafics.
Conclusion : le narcotourisme est une plaie sociale de masse, ici comme en Europe. Certainement pas une solution !








