
Et si le gouvernement tibétain en exil obtenait une place dans le système des Nations unies ? Des parlementaires démocrates et républicains veulent pousser l’administration Trump à défendre cette évolution, qui donnerait une visibilité internationale nouvelle aux représentants tibétains et provoquerait inévitablement l’hostilité de Pékin.
Selon le site Semafor, les sénateurs Jeff Merkley, démocrate de l’Oregon, et James Risch, républicain de l’Idaho, portent une initiative bipartisane destinée à renforcer la reconnaissance internationale de l’Administration centrale tibétaine.
« Les droits humains et la dignité fondamentale du peuple tibétain ne peuvent être ignorés », a déclaré Jeff Merkley.
James Risch a pour sa part estimé que cette proposition « soutient le peuple tibétain, un partenaire essentiel dans les efforts visant à contrer l’autoritarisme de la Chine », tout en permettant de lutter contre ce qu’il qualifie d’« influence néfaste » de Pékin aux Nations unies.
Installée à Dharamsala, dans le nord de l’Inde, celle-ci constitue le gouvernement tibétain en exil mis en place après la fuite du dalaï-lama du Tibet en 1959.
Le texte demanderait notamment à l’administration Trump de défendre l’octroi à l’Administration centrale tibétaine d’un statut d’observateur au sein du système des Nations unies et de favoriser sa participation à d’autres organisations internationales.
Une initiative comparable a déjà été présentée en mai à la Chambre des représentants, signe que le dossier tibétain continue de bénéficier à Washington d’un soutien dépassant les clivages entre démocrates et républicains.
Uns ligne rouge pour Pékin
Un statut d’observateur ne signifierait ni la reconnaissance de l’indépendance du Tibet ni son admission comme État membre de l’ONU. Il offrirait en revanche aux représentants tibétains en exil une visibilité et une légitimité internationales accrues.
Pour Pékin, donner ainsi une visibilité internationale accrue aux institutions tibétaines en exil constituerait un geste politique particulièrement sensible. La Chine considère le Tibet comme une partie intégrante de son territoire et rejette toute initiative étrangère susceptible de conférer une légitimité politique à ces institutions.
La question dépasse désormais celle du statut politique du Tibet. Les parlementaires américains dénoncent également les restrictions imposées à la langue, à la culture et à la pratique religieuse tibétaines.
La succession du dalaï-lama constitue en outre un autre dossier particulièrement sensible. Pékin entend jouer un rôle dans la désignation de son successeur, tandis que les responsables tibétains affirment que cette décision ne peut relever des autorités chinoises.
Trump face à un choix diplomatique
Reste une inconnue : jusqu’où l’administration Trump est-elle prête à aller ?
L’initiative vient pour l’instant du Congrès et non de la Maison-Blanche. Elle vise précisément à pousser l’exécutif américain à adopter une position plus offensive en faveur de la représentation internationale des Tibétains.
Washington a déjà renforcé son engagement sur ce dossier. En 2024, le Resolve Tibet Act, adopté avec un soutien bipartisan, avait accru la pression américaine en faveur d’un règlement négocié de la question tibétaine.
La nouvelle initiative franchirait un cap supplémentaire en portant le débat jusque dans les institutions internationales.
Si l’administration Trump décidait de reprendre cette demande à son compte, Pékin y verrait très probablement une ingérence dans ses affaires intérieures.
Après Taïwan, le commerce et les technologies, le Tibet pourrait ainsi redevenir l’un des dossiers les plus sensibles du face-à-face entre Washington et Pékin.
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