
Les attaques aériennes menées par l’armée birmane contre des zones et infrastructures civiles se sont intensifiées au cours de l’année écoulée, selon le dernier rapport du Mécanisme d’enquête indépendant pour le Myanmar (IIMM), créé par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies.
Dans son huitième rapport annuel, couvrant la période du 1er juillet 2025 au 30 juin 2026, le Mécanisme fait état d’une augmentation de la « fréquence et de l’intensité » des crimes de guerre et crimes contre l’humanité qu’il documente en Birmanie. Ses enquêtes concernent aussi bien les forces armées que différents groupes armés engagés dans le conflit.
Plus de cinq ans après le coup d’État du 1er février 2021, qui a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi, les combats opposent toujours l’armée à une mosaïque de mouvements de résistance et de groupes armés ethniques. Selon les enquêteurs, le conflit ne montre aucun signe d’apaisement.
Villages, écoles et établissements médicaux touchés
Une partie importante du rapport est consacrée aux opérations aériennes de l’armée birmane.
Le Mécanisme affirme avoir recueilli et analysé de nombreux éléments concernant des frappes indiscriminées à travers le pays. Ses investigations font également apparaître, selon lui, un schéma d’attaques visant délibérément des biens civils.
Parmi les sites touchés figurent des villages, des écoles, des établissements médicaux, des lieux religieux et culturels ainsi que des camps accueillant des personnes déplacées.
Dans plusieurs cas examinés, les enquêteurs indiquent n’avoir identifié aucune cible présentant une valeur militaire à proximité des infrastructures civiles frappées.
Le rapport constate par ailleurs une nette augmentation des attaques aériennes dans les mois précédant les élections organisées par les autorités militaires. Celles-ci se sont déroulées en plusieurs phases entre décembre 2025 et janvier 2026.
Plus de 600 attaques ayant touché des bâtiments religieux
Le Mécanisme enquête également sur les attaques contre les lieux de culte et les communautés religieuses.
Depuis le coup d’État de 2021, il relève une augmentation des frappes aériennes contre des villages abritant des minorités religieuses. Le rapport recense plus de 600 attaques aériennes ayant touché différents types de bâtiments religieux à travers le pays, plusieurs édifices pouvant être endommagés ou détruits au cours d’une même attaque.
Des incidents font notamment l’objet d’investigations dans les États Chin, Kachin et Kayah ainsi que dans la région de Sagaing.
Les enquêteurs étudient aussi des frappes contre des marchés, des sites commerciaux et des infrastructures minières. Dans la majorité des cas étudiés concernant ces objectifs économiques, le Mécanisme indique n’avoir relevé aucune cible militaire apparente à proximité. Ces attaques ont provoqué des destructions et fait des victimes civiles, notamment parmi les femmes et les enfants.
Drones et paramoteurs : de nouvelles méthodes d’attaque
Le rapport décrit également une évolution des moyens utilisés par l’armée.
Aux avions conventionnels s’ajoutent désormais davantage de drones, d’autogires et de paramoteurs motorisés. Ces appareils relativement peu coûteux permettent de mener des opérations à basse altitude et de larguer des munitions explosives non guidées.
Le Mécanisme enquête notamment sur plusieurs attaques récentes dans la région de Sagaing au cours desquelles des pilotes de paramoteurs auraient coupé leur moteur à l’approche de leur cible afin de planer silencieusement.
Selon les enquêteurs, cette méthode rend les appareils plus difficiles à détecter et réduit le temps dont disposent les personnes au sol pour fuir ou trouver un abri.
Des secondes frappes susceptibles de toucher les secours
Autre méthode examinée par l’IIMM : les attaques dites de « double frappe ».
Elles consistent à frapper une zone puis à lancer une seconde attaque peu après la première. Dans certains cas étudiés par le Mécanisme, cette deuxième frappe pourrait avoir visé des personnes venues porter secours aux blessés ou celles tentant de quitter les lieux.
Des incidents de ce type font notamment l’objet d’enquêtes dans les États Chin et Kachin ainsi que dans la région de Sagaing.
Le Mécanisme indique par ailleurs avoir identifié certaines unités militaires impliquées dans les opérations aériennes et travailler à reconstituer les chaînes de commandement afin de déterminer les responsabilités individuelles éventuelles.
Plus de 22 000 personnes toujours détenues
Le rapport ne se limite pas aux opérations militaires.
Selon les informations considérées comme crédibles par le Mécanisme, environ 30 870 personnes ont été arrêtées par les forces de sécurité depuis le coup d’État de février 2021. Quelque 22 130 d’entre elles étaient toujours emprisonnées en avril 2026.
Le rapport estime que la majorité de ces arrestations étaient arbitraires. Parmi les personnes arrêtées figurent 639 mineurs.
Le Mécanisme indique également avoir recueilli des éléments concernant des actes de torture et des violences sexuelles dans des centres de détention et d’interrogatoire contrôlés par les forces de sécurité. Les témoignages et autres preuves étudiés concernent des hommes, des femmes et des mineurs.
Le rapport revient aussi sur une loi adoptée en juillet 2025 par les autorités militaires pour réprimer certaines activités considérées comme susceptibles de perturber les élections. Les sanctions peuvent atteindre vingt ans d’emprisonnement et, dans certaines circonstances, la peine de mort.
Les enquêteurs indiquent avoir examiné des arrestations liées notamment à la publication de commentaires critiques sur les réseaux sociaux ou à la distribution de tracts hostiles au scrutin.
Les groupes armés opposés au régime également concernés
Les investigations du Mécanisme ne portent pas uniquement sur l’armée birmane.
L’IIMM examine également des crimes présumés imputés à certains groupes armés combattant les forces du régime, notamment des accusations de viols et d’agressions sexuelles impliquant des membres des Forces de défense du peuple (PDF), groupes de résistance apparus après le coup d’État, et d’autres organisations armées non étatiques.
Dans l’État Rakhine, où les affrontements entre l’armée et l’Arakan Army, puissant groupe armé issu de la minorité rakhine, se sont intensifiés, le Mécanisme recueille des informations sur des crimes présumés commis par différentes parties au conflit.
Concernant l’Arakan Army, le rapport mentionne notamment des allégations de violences sexuelles contre des femmes rohingyas, d’exécutions sommaires et de recrutement forcé d’enfants de moins de 15 ans.
Le Mécanisme précise que ses enquêtes cherchent à identifier les responsables de crimes relevant de son mandat indépendamment de leur appartenance politique, de leur religion ou de leur origine ethnique.
Un mécanisme d’enquête, pas un tribunal
Créé en 2018 par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, le Mécanisme d’enquête indépendant pour la Birmanie n’est pas un tribunal et ne prononce aucune condamnation.
Sa mission consiste à recueillir, conserver et analyser les preuves concernant les crimes internationaux les plus graves commis en Birmanie depuis 2011. Les dossiers constitués peuvent ensuite être transmis à des juridictions nationales ou internationales susceptibles d’engager des poursuites.
Depuis le début de ses activités en 2019, l’IIMM affirme avoir recueilli et traité plus de 28 millions d’éléments d’information et de preuve provenant de plus de 1 600 sources.
Le Mécanisme a notamment transmis des éléments à la Cour internationale de justice (CIJ) dans la procédure engagée par la Gambie contre la Birmanie concernant les accusations de génocide visant les Rohingyas. Il coopère également avec la Cour pénale internationale (CPI) et certaines juridictions nationales.
Son rapport 2026 ne constitue donc pas un jugement sur les responsabilités pénales individuelles. Il rassemble et analyse des éléments susceptibles d’être utilisés ultérieurement par les juridictions compétentes.
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