Corsaires du ciel

Date de publication : 19/08/2026
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Une bande dessinée raconte l’aéronavale française dans le conflit vietnamien, une chronique de François Guilbert.

 

L’engagement des forces aéronavales lors du premier conflit indochinois est un épisode rarement évoqué par les historiens et dans les mémoires des témoins de l’époque. L’intrigue concoctée par Rudolph de Patureaux et illustrée par Olivier Dauger se déroule sur quelques mois, à l’heure où s’engage la bataille décisive de Dien Bien Phu. L’Arromanches était alors déployé en mer de Chine du sud, en mer de l’Est diraient les Vietnamiens. Opérationnellement, il s’agissait à cette date du troisième engagement du porte-aéronefs dans le conflit depuis 1951, et le prêt quelques années plus tôt du navire construit au Royaume-Uni pour la marine britannique lors de la Seconde guerre mondiale.

 

Le scénario recourt aux langages des armées

 

Il évoque plusieurs temps de manœuvre, les appareils opérant sur les théâtres d’affrontements et la conduite des actions interarmées air – sol. Les dangers et le stress qu’ils recèlent sont omniprésents. La guerre est vue à hauteur d’hommes, disons pour être plus précis d’officiers intermédiaires, et non de celui du commandement suprême à Hanoï ou Paris. Les opérations mentionnées se sont réellement déroulées.

 

Les moments plus légers et de détente des personnels existent, mais ils sont rares. L’attention principale est portée sur la jeunesse des pilotes des Curtis Helldiver et des Grumman Hellcat, leurs face-à-face meurtriers avec les DCA vietminh. Tout cela nourrit une aventure plutôt bien ficelée, aux rythmes dramatiques des engagements des équipages.

 

Les tensions hiérarchiques, intergénérationnelles et celles nées des métiers, pilotes et mécaniciens, bombardiers et légionnaires, Compagnons de la Libération et ex-soldats alsaciens de la Wehrmacht, donnent du piment aux récits et à la dramaturgie. Le lecteur est plongé jusqu’au cœur des combats aéroterrestres, diurnes et nocturnes ; avec leurs lots de gamberges, de décès, de blessés et de prisonniers, mais également d’héroïsmes et de bassesses.

Les affrontements armés font une part belle aux engagements des hélicoptères

 

Les auteurs dépeignent les EVASAN terrestres et le rôle des Sikorsky H-5 lors des sauvetages en mer. Au passage, ils attirent l’attention sur le début de la féminisation des équipages. À ce titre, le manuscrit a été dédié à une disparue récente : la générale Valérie André (1922 – 2025). L’officier médecin, parachutiste, fut la première femme pilote des voilures tournantes de l’armée française. Au fond, sans en avoir l’air, cette bande-dessinée raconte tout un pan de l’histoire aéronautique française, bien que les machines employées soient alors en grande partie américaines. Il met aussi en lumière la portée et les limites des appuis feux venus du ciel, les difficultés à entretenir les machine, les avoir disponibles, elles, et les ressources humaines.

 

Ici, l’histoire et le romanesque ne cessent de s’entrecroiser

 

La géopolitique s’y invite également, ne serait ce que par les épisodes contés des coopérations franco-américaines. Celles-ci ne sont pas dépeintes au travers des enjeux globaux de la lutte contre le communisme et/ou les négociations diplomatiques entre Paris et Washington. Non, une fois encore, les auteurs se sont intéressés à leurs volets opérationnels, ceux pouvant avoir un effet démultiplicateur sur les hommes de la ligne de front, les théâtres d’opérations, même si ceux-ci n’ont pas changé le cours de la guerre française. On peut ainsi suivre la prise en mains des nouvelles plateformes Corsair sur la base aérienne d’Hutchinson dans l’État du Kansas et les espoirs que l’arrivée de cet aéronef a pu faire naître, chez les pilotes et au sein de la hiérarchie militaire.

 

Un cheminement guerrier et ses volets aériens que bon nombre d’experts de défense pourraient avoir intérêt à (ré)étudier à l’ère des opérations aériennes d’envergure des guerres internationalisées d’Ukraine et d’Iran, mais également des bombardements aériens massifs de l’armée de Nay Pyi Taw sur les positions civiles et militaires de ses ennemis ethniques et de la Génération Z.

 

Rudolph de Patureaux – Olivier Dauger : Corsaires du ciel, Paquet, 2025, 48 p, 14,90 €

 

François Guilbert

 

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